3h10 pour Yuma, James Mangold, 2007

3h10 pour Yuma, western de James Mangold. Avec Christian Bale, Russell Crowe, Ben Foster, Logan Lerman…
La note du Koala : 4/5

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Le pitch : Dan Evans (C. Bale) est un fermier éclopé qui, entre la sécheresse et les hommes de main d’un de ses créanciers, a du mal à subsister. Aussi, quand le bandit Ben Wade (R. Crowe) est capturé en ville, il saute sur l’occasion : 200$ sont promis pour chacun de ceux qui permettront de l’amener à Contention pour prendre le train de 3h10 pour Yuma, où il ira en prison. Mais Wade n’est pas seul et sa bande, menée en son absence par Charlie Prince (B. Foster), n’a qu’un objectif : libérer son chef, coûte que coûte.

La critique : Je me souviens de la sortie de 3h10 pour Yuma au cinéma. Je n’étais pas allé le voir mais c’était justement dans la période où je me disais que le cinéma actuel manquait de bons westerns. Un an plus tard sortait d’ailleurs Appaloosa (avec Viggo Mortensen et Ed Harris). Comme quoi, je devrais penser aux genres qui manquent plus souvent…

Mais si l’on sort de nouveaux westerns, encore faut-il que ceux-ci soient bons. On pense alors automatiquement à nos grands classiques : Il Etait une Fois dans l’OuestLe Bon, La Brute et le TruandPour une Poignée de Dollars… On se remémore avec plaisir les grandes scènes de ces œuvres, les plans les plus fameux, les répliques les plus cultes… Et puis on remet les pieds sur la terre ferme et on se dit bien que le cinéma a évolué depuis tout de temps. Peut-on encore s’attendre à voir un western qui serait dans les codes de la « vieille école » ? Le doit-on, même ? Difficile à dire tant le western reste un genre particulier, avec ses codes précis. Avec 3h10 pour Yuma, James Mangold me semble vouloir faire de son film un western pur jus qui tâche cependant de coller aux registres cinématographiques actuels. Sans compter qu’on n’est pas dans le western spaghetti. Point donc d’extrêmes gros plans et autre figures de style largement rendues célèbres par l’indémodable Sergio Leone. Le western par Mangold se veut être autre chose, un cinéma plus brutal que les films de cow-boys auxquels nous avaient habitués les années 1950 et 1960. On ne retrouve pas grand-chose de ce qui faisait les grandes œuvres de John Wayne ou de Clint Eastwood dans 3h10 pour Yuma. Enfin pour Clint Eastwood, il prendre la question dans le bon sens : si l’on ne peut pas faire de réel lien entre le film de Mangold et un Et Pour Quelques Dollars de Plus par exemple, on pourra cependant envisager quelques ressemblances avec Impitoyable par exemple qui, déjà, cherchait à donner un autre souffle au western. En bref, 3h10 pour Yuma n’est pas un western « classique ». Plus moderne, plus contemporain, il tâche de donner une nouvelle vision de ce genre en l’adaptant plus ou moins aux standards du film d’aventure d’aujourd’hui. On ne pourra cependant pas nier que Mangold a fait ce qu’il fallait pour qu’on se sente comme dans de vieux (mais bons) chaussons avec son film. Entre la musique de Marco Beltrami, les costumes d’Arianne Phillips et les décors de Jay Hart, 3h10 pour Yuma se voudrait presque être une madeleine de Proust tant on y retrouve les éléments qui ont fait la saveur des westerns d’autrefois.

L'attaque de la diligence remise au goût du jour.

L’attaque de la diligence remise au goût du jour.

Mais un western, si agréable à l’œil soit-il, se doit d’avoir un scénario correct. Sans quoi, il y aura beau y avoir des cow-boys et des cavalcades, on finira par s’ennuyer. Ce film-là nous raconte donc (en gros) l’histoire d’un fermier à la limite d’être désœuvré qui s’engage dans l’escorte d’un fameux prisonnier pour non seulement gagner de l’argent mais aussi l’estime des siens. Le scénario repose alors sur des thèmes assez classiques : le rapport père-fils, la question de l’honnêteté, le méchant admiré… Sachant cela, on pourrait craindre que le tout soit finalement assez indigeste mais on sera surpris par la qualité de l’ensemble. Si le film souffre de quelques longueurs par instants ou de passages sans grand intérêt, il reste bon dans sa globalité et offre non pas une épopée mais plutôt une chevauchée certes sans grand spectacle mais rythmée et efficace malgré son apparente simplicité. Les personnages sont par ailleurs plutôt bien composés bien que quelques uns soient un peu clichés. Là je pense en particulier à celui du médecin qui rentre parfaitement dans la catégorie des protagonistes héros malgré eux (et tout ce qui va avec). Mais l’essentiel est là : 3h10 pour Yuma est divertissant, pas 100 % haletant mais habilement construit.

Les séquences à l'hôtel de Contention font progressivement monter la tension vers un climax qui s'avère finalement un chouïa en dessous des attentes.

Les séquences à l’hôtel de Contention font progressivement monter la tension vers un climax qui s’avère finalement un chouïa en dessous des attentes.

Un mot enfin sur le casting pour dire que les deux têtes d’affiche, à savoir Christian Bale et Russell Crowe, font un excellent boulot. Si Bale a tendance à se cantonner à un registre plus ou moins académique, il n’en demeure pas moins qu’il donne du corps à ce personnage de Dan Evans, dont l’apparent manque d’intérêt se retrouve peu à peu compensé par son évolution au cours de l’aventure. Le jeu de l’acteur aide grandement à cette construction, pas toujours très fine mais tout de même intéressante. Mon favori reste néanmoins Russell Crowe, parfait en bandit de l’Ouest. Sans trop être dans le stéréotype des antagonistes de western (bien qu’il joue sur la limite parfois), il fait de son Ben Wade un méchant assez ambivalent (un peu trop parfois peut-être), ce qui lui vaut d’être aussi facilement détestable qu’appréciable. C’est un criminel mais il est classe. Et puis Russell Crowe quoi. A leurs côtés, nous retrouvons Logan Lerman dans ce qui fut un de ses premiers « grands » rôles avant d’être révélé mondialement par Percy Jackson. Le jeune homme offre une prestation équilibrée mais un peu trop uniforme. Entendons nous : son jeu est relativement bon mais il pêche dans certains aspects de son interprétation, qu’il rend parfois trop rigide. Le personnage veut cela sur le papier, c’est indéniable, mais l’acteur aurait pu chercher à le développer un peu plus afin de ne pas le rendre trop monolithique. Un dernier mot enfin sur Ben Foster, qui serait tout simplement impeccable s’il n’était pas aussi répétitif. Son personnage est intéressant au prime abord et la façon dont il l’incarne rend grâce au travail des auteurs. Mais on regrette cependant qu’il ne joue que sur un étroit panel d’émotions. A ça près, on touchait à quelque chose de brillant.

James Mangold a donc réussi, selon moi, à donner au western un nouveau souffle avec son 3h10 pour Yuma. Inspiré, il puise sa construction dans les classiques du genre mais réussit cependant à s’en affranchir pour offrir un spectacle moderne qui corresponde au public contemporain. Les amateurs de films de cow-boys y trouveront néanmoins leur compte.

Le « Oh, au fait ! » :
Ce film est un remake de celui réalisé en 1957 par Delmer Daves, lui-même adaptation de la nouvelle Three-Ten to Yuma d’Elmore Leonard (1953).

A l’origine, le rôle de Dan Evans devait revenir à Eric Bana et celui de Ben Wade à Tom Cruise.

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5 réflexions sur “3h10 pour Yuma, James Mangold, 2007

  1. Ha ce film ❤
    Je l'ai vu pour la première fois il y a +/- 1 an je crois et j'en garde un excellent souvenir.
    Il faut dire que je suis ultra fan de Christian Bale et que les films dans lesquels il joue me décoivent rarement.
    Celui-ci ne déroge pas à la règle. Un très bon film et un très bon article.

  2. Pingback: Ciné Sounds n°42 – « Louie Louie  par The Kingsmen | «Dans mon Eucalyptus perché

  3. Pingback: Logan, James Mangold, 2017 | Dans mon Eucalyptus perché

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