Un jour, un album n°12 : All Things Must Pass – George Harrison

La dernière fois que j’ai fait un post dans cette série, nous étions en Californie en compagnie des Eagles of Death Metal. Retour en Europe cette fois-ci et plus précisément en Grande-Bretagne où nous allons pouvoir retrouver George Harrison et un des plus fameux albums composés par un ex-Beatle.

All Things Must Pass

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Cela semble toujours inutile de présenter George Harrison mais, à l’instar du roi mage Gaspard, c’est souvent le nom que l’on oublie de citer quand on parle des Beatles. Alors bon, une petite piqure de rappel, ça ne fait jamais de mal. George est né à Liverpool en 1943, la ville où il débutera aux côtés non pas des Beatles et mais des Rebels, groupe qu’il a fondé avec son frangin Peter et un ami des deux Harrison. Mais le groupe, qui ne compte finalement qu’un seul concert à son actif, ne fait pas long feu et c’est bientôt au sein des Quarrymen (où il fut intégré par son ami Paul McCartney après que ce dernier l’ait proposé à John Lennon) qu’il entame réellement sa carrière. L’histoire des Beatles, tout le monde la connaît. Le Cavern Club, Hambourg, l’Angleterre, l’Europe, le monde entier, la beatlemania, les tumultes et le split final. Je préfère ne pas y revenir (sans compter qu’on a déjà parlé des Fab Four précédemment) et attaquer directement sa carrière solo. D’ailleurs, celle-ci n’a pas commencé après la fin des Beatles mais bel et bien avant cette rupture. En 1968, il sort Wonderwall Music, bande originale du film Wonderwall de Joe Massot puis, en 1969, arrive le très particulier Electronic Sound publié chez Zapple, sous-label d’Apple Records qui ne compte que deux albums à son actif (le second, c’était Unfinished Music No.2 : Life with the Lion de John Lennon et Yoko Ono). Mais, pour la plupart des gens, la carrière solo de George Harrison ne commence réellement qu’en 1970, quand il publie All Things Must Pass, dont nous allons parler aujourd’hui. L’année suivante, l’engagement du plus hippie des Beatles le conduit à organiser l’illustre Concert for Bengladesh, auquel ont participé son ami Eric Clapton, Bob Dylan, Ringo Starr ou encore Billy Preston et qui fut organisé afin de lever des fonds en faveur des victimes de la Guerre de libération du Bangladesh qui conduisit à l’indépendance de ce pays. La participation de Ringo au concert montre que George n’a pas totalement coupé les ponts avec ses ex-camarades. Il participe d’ailleurs au Imagine de John Lennon la même année. Ringo participera également, en 1973, au nouvel album de Harrison, Living in the Material World, et ce dernier lui rendra la pareille en travaillant avec le batteur sur l’album solo de ce dernier, sobrement intitulé Ringo (et auquel ont également participé Lennon et McCartney bien qu’aucun des trois Beatles ne se soient croisés à un quelconque moment…). Fort de son succès, Harrison crée son label Dark Horse en 1974, lorsqu’il sort l’album du même nom. Dès 1977 cependant, ledit label ne publiera d’ailleurs plus que le travail de George, dont Extra Texture (Read All About It) en 1975, Thirty Three & 1/3 en 1976 et George Harrison en 1979. Il s’agit d’une période assez faste pour Harrison, en bien comme en mal. D’un côté, il quitte son épouse Pattie (qui part avec Clapton) et certains travaux comme Dark Horse sont des échecs. D’un autre côté, il devient père de Dhani en 1978 et épouse Olivia Trinidad Arias la même année. Mais le début des années 1980 commence mal avec la mort de John Lennon. La tragédie est d’autant plus grande pour George Harrison qu’il n’avait pas eu le temps de se réconcilier avec son ami. Les deux hommes s’étaient en effet brouillés suite à la publication de l’autobiographe de Harrison (I, Me, Mine) et dans laquelle le nom de Lennon n’est jamais cité. En hommage, Harrison compose et écrit All Those Years Ago, à laquelle participent également Starr et McCartney et qui sera publiée sur l’album Somewhere in England en 1981. Simili-échec, il précède Gone Troppo (1982), sans doute le plus gros four de George Harrison. Le succès ne reviendra qu’avec son ultime album, Cloud Nine en 1987, sur lequel figure la chanson culte Got my Mind Set on You. La carrière solo de George Harrison s’arrête là, le chanteur/guitariste rejoignant en 1988 le supergroupe Traveling Wilburys avec Roy Orbison, Tom Petty, Jeff Lynne et Bob Dylan (rien que ça). Ce nouveau combo sortira seulement deux albums entre 1988 et 1990, année qui marque en quelque sorte de la retraite de George Harrison. En 1997, il apprend qu’il est atteint d’un cancer de la gorge, qu’il combat et vainc l’année suivante. En 1999,  le déséquilibré Michael Abram pénètre dans le domicile du chanteur et lui assène cinq coups de couteau, lui perforant un poumon. Le chanteur s’en sort finalement relativement indemne malgré tout et, quelque temps après, reprend périodiquement le travail autour d’un éventuel nouvel album intitulé Brainwashed. Mais en 2001, il est opéré pour un tumeur au poumon. Malheureusement, la maladie ne le quitte pas pour autant et il décède de ses suites le 29 Novembre de la même année. Quelques jours avant, Paul McCartney lui avait rendu visite à l’hôpital et les deux amis avaient eu une longue conversation sur leur passé commun.

George Harrison à l'époque de All Things Must Pass.

George Harrison à l’époque de All Things Must Pass.

Pour en revenir à All Things Must Pass, il s’agit donc d’un album sorti en 1970 et qui fut l’un des plus grands succès de George Harrison en solo (sinon le plus grand). L’ex-Beatle marque d’ailleurs le coup à l’époque puisqu’il s’agit de la toute première qu’un artiste en solo sort un triple album. En effet, contrairement à la réédition de 2001, le All Things Must Pass original comprenait trois disques : deux avec des chansons originales et un troisième composé de plusieurs jam sessions. Pour Harrison, cet album est un vrai bonheur, lui qui a longtemps souffert de la primauté du travail de Lennon et McCartney au sein des Beatles. Il affirmera même la chose suivante : « Je me suis senti comme un homme constipé pendant des années, et qui aurait subitement eu la diarrhée » , ce qui n’est pas sans nous rappeler que le brave garçon avait un certain sens de l’humour. Il est à noter que le travail présent sur cet album ne s’est pas fait en un jour et nombre de pistes sont en fait des chansons qui ont été écrites/composées/ébauchées alors que les Beatles existaient toujours. Certaines ont même été proposées au groupe mais refusées comme All Things Must PassHear Me Lord ou Let it Down… Produit par Phil Spector, All Things Must Pass se veut révélateur du talent dont faisait preuve Harrison, tant en termes de composition que d’écriture. Plusieurs des chansons de cet album, dont My Sweet Lord notamment, sont encore reconnues pour leur excellence aujourd’hui. L’album compte par ailleurs 23 titres que voici :

Disque 1
1- I’d Have You Anytime
2- My Sweet Lord
3- Wah-Wah
4- Isn’t It a Pity (Version One)
5- What is Life
6- If Not for You
7- Behind that Locked Door
8- Let it Down
9- Run of the Mill

Disque 2
10- Beware of Darkness
11- Apple Scruffs
12- Ballad of Sir Frankie Crisp (Let it Roll)
13- Awaiting on You All
14- All Things Must Pass
15- I Dig Love
16- Art of Dying
17- Isn’t It a Pity (Version Two)
18- Hear Me Lord

Disque 3
20- Out of the Blue
21- It’s Johnny’s Birthday
22- Plug Me In
23- I Remember Jeep
24- Thanks for the Pepperoni

Deux de ces chansons sont des contributions de Bob Dylan : I’d Have You Anytime et If Not for You. Dylan enregistrera sa propre version de la chanson et la publiera un peu plus tard dans l’année 1970 sur son album New Morning. Concernant l’ensemble, All Things Must Pass ne peut être considéré que comme du pur Harrison. Certains morceaux rappellent aisément des titres qu’il aura composés et écrits pour les Beatles comme les inoubliables Something, ou While My Guitar Gently Weeps ou Here Comes the Sun. Avec quelques résonances importées d’Inde, George Harrison en profite pour nous rappeler toute l’influence que la culture indienne aura eue sur son travail.

Mais passons maintenant aux trois morceaux sélectionnés pour cet article.

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Premier titre My Sweet Lord
Deuxième titre de All Things Must PassMy Sweet Lord est également son plus grand succès, le morceau atteignant très facilement la première place des charts dans plusieurs pays. Il s’agit ici d’une des chansons dans lesquelles Harrison laisse le plus parler ses influences indiennes, toutes issues de la musique de Ravi Shankar, des préceptes du Maharishi Mahesh Yogi et du courant Hare Krishna, dont l’ensemble du maha-mantra est présent dans les paroles du titres. Au-delà de ces aspects culturels, My Sweet Lord est une chanson qui sent bon l’été mais aussi qui fait un très bon écho (à mon sens) à la fin des Beatles. George Harrison s’y exprime avec joie et semble profiter pleinement de son émancipation vis-à-vis du groupe qui l’aura rendu célèbre.

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Deuxième titre Wah-Wah
Wah-Wah est le troisième morceau de All Things Must Pass et tire son titre non seulement de la fameuse pédale wah-wah, que les guitaristes connaissent bien, mais aussi d’un « mal de tête » d’après George Harrison. Cela renvoie en fait aux tensions omniprésentes qui régnaient lors des Get Back Sessions. C’est en effet à cette époque que Harrison écrit et compose la chanson après avoir quitté le studio suite à une dispute avec Paul McCartney, devenu beaucoup trop dirigiste pour son ami. Lennon ne s’intéressant que peu aux Beatles à l’époque, cela finit d’exaspérer George, qui décide de rentrer chez lui au lieu de travailler sur leur projet.  Au final, la chanson s’apparente surtout à une critique du comportement de McCartney pendant ces sessions.

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Troisième titre Isn’t It a Pity (Version One)
Isn’t It a Pity, qui constitue la quatrième piste de l’album, fait partie de ces chansons que les Beatles ont refusées à George Harrison. Celle-ci en particulier date de 1966 et fut proposée par le guitariste à ses camarades en 1969 lors des Get Back Sessions qui donnèrent naissance à l’album Let It Be. Néanmoins, les sources varient et certains affirment qu’elle fut proposée à l’époque de Sgt. Pepper’s et d’autres au moment d’enregistrer Revolver… Face au refus, Harrison envisagea même d’offrir sa chanson à Frank Sinatra. Il n’en demeure pas moins qu’il la conserva pour lui et que ce fut une très bonne chose. Pièce maîtresse de All Things Must Pass, ce morceau est l’un des plus beaux que George Harrison ait pu composer et écrire. D’une musicalité mélancolique mais parfaite, Isn’t It a Pity (Version One) est sans aucun doute le morceau solo de Harrison que je préfère entre tous.

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10 réflexions sur “Un jour, un album n°12 : All Things Must Pass – George Harrison

  1. Cet album est juste incroyable, et tu en parles admirablement bien! Il fait parti de ces oeuvres qui influencent mon groupe et qui nous permettent de nous réunir autour d’un consensus alors même que nous avons tous 4 des influences personnelles assez éloignées. Un monument comme le dit Magic ❤

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