The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2014

The Grand Budapest Hotel, comédie dramatique de Wes Anderson. Avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, Adrien Brody, Saoirse Ronan…
La note du Koala : 5/5

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Le pitch : En 1968, le propriétaire du Grand Budapest Hotel raconte à un jeune auteur (J. Law) comment il est entré en possession de ce qui fut autrefois un des plus célèbres palaces d’Occident. L’histoire nous ramène alors en 1932 quand le jeune Zero Moustafa (T. Revolori) entre au Grand Budapest Hotel en tant que lobby boy sous les ordres du concierge, monsieur Gustave (R. Fiennes). Mais lorsque ce dernier est nommé dans le testament de madame D, (T. Swinton), une fidèle cliente de l’hôtel, Gustave et Zero se retrouvent mêlés à une lutte âpre contre la famille de la défunte.

La critique : Régulièrement, je donne à mes lecteurs des raisons de me lyncher et/ou de souligner mes lacunes. Cet article en est une nouvelle occasion puisque, je l’avoue, j’ai regardé avec The Grand Budapest Hotel mon premier Wes Anderson… Mais bon dieu, quelle découverte !

Comme souvent avec les films de réalisateur que je ne connais pas, je ne savais pas à quoi m’attendre en lançant The Grand Budapest Hotel, trouvé complètement par hasard à la médiathèque de mon patelin. Et n’est-ce pas là une bonne chose finalement ? Aucun a priori, aucune attente… Juste l’envie de voir de quoi il en retourne. Et malgré les nombreux éloges que j’ai pu lire ici et là sur internet et dans la presse papier, je m’étais fait la promesse de ne pas espérer quoi que ce soit (trop de hype tuant la hype). C’est ainsi en parfait néophyte que je suis entré dans le cinéma de Wes Anderson. Et quel choc. Dès les premiers instants, on comprend que The Grand Budapest Hotel sera un régal, ne serait-ce que pas ses indéniables qualités esthétiques. Alors oui, cela peut troubler un peu au départ mais, rapidement, l’originalité flagrante de la chose nous interpelle et nous invite à poursuivre la découverte de ce film qui s’annonce donc dès lors comme quelque chose sans réel semblable. Au moins dans la forme. C’est ainsi de A à Z que Wes Anderson a su créer un univers certes rose bonbon mais auquel je me suis très vite attaché. Sans doute était-ce cosy, un peu comme ces gros poufs bariolés et un peu ridicules sur lesquels on est en fait si bien assis. The Grand Budapest Hotel nous ouvre donc ses portes afin que nous entrions avec bonheur dans une ambiance très sucrée mais pas encore édulcorée, certains éléments (parfois des détails) venant parfois rompre avec le charme de façade. Et c’est sur cette dualité que repose grandement le film de Wes Anderson, passant assez facilement du confort d’un train à un contrôle en règle à la frontière, d’une chambre d’hôtel rose à une prison sordide où d’un hôtel à un ersatz de kommandantur… Le cinéaste oscille alors constamment entre ces deux aspects en totale opposition, le tout dans une mise en scène qui, sans non plus frôler le génie, reste remarquable. Par certains aspects, ce film m’a fait penser à du Tim Burton mais ce serait réducteur de ne considérer The Grand Budapest Hotel qu’à travers cette familiarité que tout le monde n’observera pas en plus. Mais j’avais ainsi parfois l’impression de regarder un livre pop-up ou une maison de poupées, un peu comme je l’avais ressenti avec Edward aux Mains d’Argent à l’époque, sans pouvoir mettre des mots sur ce ressenti. C’était très agréable en tous cas. On aurait pu craindre de la mièvrerie mais il n’en est rien, jamais, que nenni et Wes Anderson nous berce doucement dans cet univers aussi bipolaire que surprenant.

Voilà qui illustre plutôt bien ce que je voulais dire quand je vous parlais de dualité.

Voilà qui illustre plutôt bien ce que je voulais dire quand je vous parlais de dualité.

Le tout est en plus fondé sur des bases solides grâce à ce scénario pas totalement béton mais déjà bien renforcé. Sans jamais chercher à complexifier son propos outre mesure, le film dresse là une sorte de fresque nous narrant habilement quelques grandes étapes de la vie de Zero Moustafa. J’ai lu par endroits que l’hôtel lui-même est le personnage principal du film, à l’image de la Gotham chez Batman mais je dois bien avouer ne pas avoir eu la même impression. L’hôtel fait plutôt à mon sens figure de nœud, celui par lequel tout passe et tout arrive, à la fois point de départ et ligne d’arrivée d’un parcours ponctué d’obstacles ramenant inlassablement à cette immense bâtisse. Au-delà de cela, il est amusant de noter la non-linéarité avec laquelle s’amuse Wes Anderson, voyageant tranquillement entre les époques (années 1930, 1960, 1980 et ce qui semble être nos jours) sans pour autant passer trop souvent d’une ligne temporelle à l’autre. La clarté du récit n’est ainsi en rien altérée par des allées et venues incessantes entre les différents moments par lesquels passent la narration. A titre personnel, j’ai trouvé, sinon pertinent, au moins amusant cette idée d’associer un format d’image à chaque décennie visitée. L’idée est d’ailleurs tellement bien intégrée dans l’ensemble du film qu’elle passerait presque inaperçue. Mais revenons-en à ce scénario, sur lequel je n’ai finalement encore rien dit. Je dois avouer que j’ai particulièrement apprécié le déroulement de cette histoire qui, à l’image du film dans sa forme, se balance tranquillement entre le sucré et le salé, de joies en peines, de l’apaisement à la tension… Loin d’être monotone, ce récit se veut plutôt bien rythmé, saisissant chaque ralentissement dans l’intensité des événements pour mieux proposer un nouvel événement qui relance la machine. Alors oui, il y a bien deux ou trois banalités mais on pardonnera cela à un film qui aura réussi à en avoir si peu.

Jason Schwartzman et Jude Law n'ont pas des rôles réellement conséquents mais paraissent néanmoins indispensables.

Jason Schwartzman et Jude Law n’ont pas des rôles réellement conséquents mais paraissent néanmoins indispensables.

Concernant enfin le casting…quelle équipe sur cette affiche ! Ralph Fiennes, Jude Law, Bill Murray, Jeff Goldblum, Tom Wilkinson et j’en passe ! Mais il fallait s’en douter, la plupart se contentera de brèves apparitions qui ne seront pas pour autant toujours sans intérêt. Ainsi, là où les rôles tenus par Léa Seydoux ou Jason Schwartzman se veulent assez peu développés, d’autres comme Jeff Goldblum ou Bill Murray sauront se satisfaire de ces petits rôles et offrir malgré leur court temps d’apparition à l’écran une prestation somme toute très convenable. Mais, finalement, mieux vaut encore parler plus en détail des acteurs principaux de The Grand Budapest Hotel. Ralph Fiennes, pour commencer, m’a semblé parfaitement à l’aise et en a profité pour me rappeler quel acteur il est. Composant une véritable figure dans cette galerie de personnages tous plus ou moins timbrés, Fiennes réussit à donner du corps à ce personnage de M. Gustave et l’emmène parfois dans une sorte de délire doux auquel on adore assister. Le jeune Tony Revolori quant à lui est une vraie découverte. S’il avait déjà joué dans The Perfect Game en 2008, il s’agit bien là de son premier véritable grand rôle. Et l’on ose espérer que d’autres lui seront prochainement proposés tant sa prestation était bonne. Alors non, ce n’était pas non plus excellent, mais il arrive tout de même à faire jeu égal avec Ralph Fiennes, ce qui n’est pas un mince exploit. Revolori s’offre alors l’opportunité de mettre un pied dans la cour des grands et réussit ce premier pas avec talent. Il reste des choses à corriger, mais le plus gros du travail est largement assuré. De leur côté, Willem Dafoe et Adrien Brody composent un duo aussi loufoque que ténébreux. Les deux font la paire et participent ainsi au développement de cette part sombre du film.

Voilà donc pour ce séjour au Grand Budapest Hotel. Wes Anderson nous y accueille avec chaleur et nous invite alors à plonger dans son univers, invitation à laquelle on ne peut que répondre avec plaisir. Véritable découverte pour moi, ce film me conforte plus encore dans ma volonté de découvrir la filmographie de ce réalisateur talentueux.

Le « Oh, au fait ! » :
Le rôle de M. Gustave était à l’origine destiné à Johnny Depp. Quand à Mme D., le rôle devait initialement revenir à Angela Lansbury.

Bill Murray et Owen Wilson sont des acteurs fétiches de Wes Anderson. Les deux comédiens travaillent ici tous les deux pour la septième fois aux côtés du cinéaste.

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8 réflexions sur “The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2014

  1. Film vu avec des potes dans le cadre du Printemps du cinéma (si ma mémoire est bonne). Et un énorme plaisir à le voir (et le revoir avec ma copine confortablement installé dans mon canapé).

    Je n’avais pas vu de Wes Anderson en entier et ce film m’a donné envie de voir ses autres films (ce que je n’ai toujours pas fait par contre xD)

    C’est simple, ce film était pour moi, mon film de l’année 2014 (bon y a eu Tel père, tel fils qui m’a marqué même s’il est sorti en 2013 officiellement). Et il a fallu que j’aille voir Interstellar pour qu’il tombe à la seconde place de mes films de l’année ^^

    Un très bon moment passé devant The Grand Budapest Hotel, un film que je ne saurais conseiller à tous 😀

    Excellente critique au demeurant 😉

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