La Révolution Française et « Assassin’s Creed – Unity » – Troisième partie : chronologie de la Révolution (1793-1794)

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Historique de la Révolution Française : troisième partie

1793

Jusqu’à présent, la Révolution avait réussi à épargner (plus ou moins) la popularité du roi. Ou tout du moins sa légitimité en tant que souverain. Malheureusement pour lui, ses plus récents agissements n’ont fait que définitivement dresser le peuple contre lui. Débuté le 11 Décembre 1792, le procès de Louis XVI est un événement majeur dans l’histoire de la monarchie en général, qu’elle soit en France ou ailleurs : un roi absolutiste est jugé et va être condamné par son propre peuple. Rien que ça, c’est un signal extrêmement fort envoyé aux autres souverains européens. Le procès durera un mois au cours duquel un homme en particulier se démarquera parmi les députés : Louis Antoine de Saint-Just. On en reparlera plus tard mais le jeune homme (24 ans seulement) se fera alors brillant orateur et sera le plus fervent accusateur du roi et le premier à le vouloir guillotiné. « Un roi doit régner…ou mourir » dira-t-il à ses confrères députés. Le 15 Janvier 1793, Louis XVI est reconnu coupable des 42 chefs d’accusation dont il fait l’objet. Deux jours plus tard, il est condamné mort. Si le jugement le rendant coupable a été adopté à une écrasante majorité (seuls 28 députés n’ont pas voté pour), sa condamnation à la guillotine fut plus serrée : 387 voix pour et 334 contre. Ce n’est pas important pour Assassin’s Creed – Unity mais cela vous permettra juste de vous souvenir que non, la mort du roi n’était pas unanimement souhaitée. Les Girondins notamment (Condorcet, Brissot…) ont demandé le sursis et l’appel au peuple mais cela leur fut refusé. En attendant, nul doute que le jeu mettra en scène les différents grands protagonistes de cet événement, dont le jeune Saint-Just, qui entame alors une carrière révolutionnaire des plus marquantes, notamment aux côtés de Robespierre. Mais bien évidemment, c’est à la date du 21 Janvier que nous assisterons avec une certitude totale. C’est ce jour-là que Louis XVI est exécuté, place de la Révolution (pour ceux qui l’ignorent encore, il s’agit de l’actuelle place de la Concorde, au pied des Champs-Elysées). Sans doute l’entendrons-nous affirmer ces phrases restées célèbres : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France.« 

La tête de Louis XVI montrée au peuple après son exécution.

La tête de Louis XVI montrée au peuple après son exécution.

En exécutant son propre roi, la France révolutionnaire envoie une menace très claire aux autres monarchies européennes. Une menace qui trouvera d’ailleurs sa concrétisation dans la déclaration de guerre du 1er Février. Cette fois-ci, la France combat la Grande-Bretagne et les Provinces Unies (actuels Pays-Bas). Il faut donc poursuivre le combat extérieur mais veiller au grain à l’intérieur des frontières également. Sinon, on se prend une révolte dans la Révolution, comme ce fut le cas avec l’insurrection vendéenne qui a débuté le 3 Mars 1793. Pendant trois ans, il va falloir faire face à un mouvement contre-révolutionnaire né d’une révolte paysanne proche de la Chouannerie. La Guerre de Vendée fera près de 170 000 morts côté vendéen contre environ 30 000 du côté des républicains. Il s’agit là d’une des plus grosses remises en cause de la Révolution par le peuple lui-même. Or, la remise en question étant quelque chose de récurrent dans la saga Assassin’s Creed (on se souvient des doutes d’Altaïr ou des désillusions de Connor), on aimagine assez bien qu’Arno sera mis en scène face à cette révolte dans Unity. C’est aussi avec la Vendée que la Terreur va commencer à se mettre en place, d’autant qu’elle permettra également de répondre aux émeutes que Paris voit encore fleurir alors. Le 10 Mars (en particulier sous l’impulsion de Danton) est créé le Tribunal Révolutionnaire, dont la fonction principale pendant la Révolution aura été de condamner et de faire exécuter à la chaîne. Le 19 Mars, la Convention adopte une loi permettant d’exécuter sans autre forme de procès tout rebelle pris les armes à la main. La France entre alors dans la phase de la Terreur, qui porte bien son nom puisque ce sera une période où le peuple n’aura plus qu’à craindre la justice révolutionnaire, devenue aussi dangereuse que la justice royale. La guillotine s’apprête à tourner à plein régime et les prisons à se remplir. Parmi les premiers illustres guillotinés, citons le groupe des députés Girondins (ils portent ce nom parce qu’ils viennent principalement de la région bordelaise), victimes des journées révolutionnaires des 31 Mai et 2 Juin 1793 avec parmi eux leur principal leader, Brissot.

Le 13 Juillet 1793, à la veille du quatrième anniversaire de la prise de la Bastille, la Convention et la Révolution toute entière sont secouées par la perte d’un de leurs plus farouches hommes : Jean-Paul Marat. Ce dernier aura marqué la Révolution par sa très forte personnalité. Auteur virulent de L’Ami du Peuple, un de ces très nombreux journaux créés grâce à la liberté de la presse accordée lors de la Révolution, il fut même convoqué devant le Tribunal Révolutionnaire en 1793 pour avoir publié en Avril de la même année un manifeste appelant à la prise des armes, à l’insurrection et même au coup d’Etat pour empêcher une contre-révolution. Il sera néanmoins acquitté le 24 Avril. Malade, il s’était retiré de la Convention au début du mois de Juin et, le 13 Juillet, il est assassiné dans son bain par Charlotte Corday. La jeune femme n’était pas anti-révolutionnaire, comme certains peuvent encore le croire en raison de cet assassinat. Au contraire, c’est une femme ouverte aux idées nouvelles que porte la Révolution mais elle en regrette les excès, dont elle considère Marat comme un des principaux instigateurs. A la lumière de cela, on peut envisager Charlotte Corday de deux façons différentes dans Unity. La première consisterait « simplement » à en faire une Templière qui aurait tué Marat pour affaiblir la Révolution. La seconde, plus alléchante à mon goût, reposerait sur l’idée d’une Charlotte Corday membre des Assassins et qui aurait reçu pour mission de tuer Marat en raison des excès auxquels il a contribué à mener la Révolution. Une troisième option cependant consisterait à se baser tout bêtement sur les faits, sans plus de fantaisie. Mais justement, un peu de fantaisie, c’est ce qu’on attend du traitement de l’Histoire dans un jeu Assassin’s Creed, non ?

L'assassinat de Marat tel qu'immortalisé par Jean Joseph Weerts.

L’assassinat de Marat tel qu’immortalisé par Jean Joseph Weerts.

La fin d’année 1793 est enfin marquée par le procès de Marie-Antoinette. Entre temps, la Terreur s’est renforcée, en particulier avec l’arrivée de Robespierre au Comité de Salut public (créé le 6 Avril) tandis que Danton, jugé trop modéré, est écarté. En parallèle, le Comité de Sûreté Générale (créé le 2 Octobre 1792) devient un organe fort de la Terreur en se voyant en particulier octroyer des droits concernant les enquêtes, les arrestations, les prisons… Tout ceci se cumule à l’action du Tribunal Révolutionnaire, déjà tout ce qu’il y a de plus efficace dans son genre et paré à s’occuper de la reine déchue. Le procès de Marie-Antoinette débute le 14 Octobre. Auparavant, le 6, un interrogatoire est mené avec le Dauphin afin qu’il répète les accusations d’inceste dont il avait déjà fait part. Le 12, c’est avec Marie-Antoinette qu’un interrogatoire secret est mené. Ses avocats (commis d’office puisque la reine ne prétend en connaître aucun) ne sont prévenus de l’approche du procès que le 13, soit la veille pour le lendemain. Le procès durera deux jours seulement et, le 16 Octobre, Marie-Antoinette sera non seulement condamnée à mort mais également guillotinée sans plus attendre. L’exécution a eu lieu, comme pour Louis XVI, place de la Révolution.

L'exécution de Marie-Antoinette était nécessaire après celle de Louis XVI, la reine étant bien plus haïe que le roi.

L’exécution de Marie-Antoinette était nécessaire après celle de Louis XVI, la reine étant bien plus haïe que le roi.

1794

Avec 1794, nous arrivons à une année funeste de la Révolution. Certes, le roi et la reine sont morts mais les grandes figures ne vont pas cesser de tomber. L’hiver 1793-1794 fut particulièrement rude à son tour et encouragera les ultra-révolutionnaires comme Hébert à inciter le peuple à la violence et au soulèvement populaire. En réponse, les 26 Février et 3 Mars 1794, la Convention adopte deux décrets dont je vous passe le détail mais qui ont pour objectif de réduire l’influence des ultras comme Hébert sur les sans-culottes. Dans le même temps, Hébert fait l’objet de soupçons concernant une possible alliance avec l’étranger pour renverser la République naissante. La nuit du 13 au 14 Mars, en particulier suite à un rapport de Saint-Just, les principaux chefs hébertistes (Hébert, Momoro, Ronsin…) sont arrêtés et conduits devant le Tribunal Révolutionnaire. Le 24 Mars, ils sont reconnus coupables, condamnés et exécutés sans plus de délais. Mais le plus gros coup reste à venir. L’une des cibles des hébertistes étaient les Indulgents, ce groupe mené par Danton et Desmoulins et qui posait dès 1793 la question de l’utilité de la Terreur. Après la suppression d’Hébert et de ses camarades, Robespierre et Saint-Just reprennent cette cible à leur compte, bien que Robespierre n’ait pas réellement envie de laisser accuser Danton. Les deux hommes se rencontreront plusieurs fois pour discuter de la situation mais, faute d’accord, Robespierre devra céder : Danton et ses proches amis seront tous arrêtés dans la nuit du 29 au 30 Mars. Danton, Desmoulins, Fabre d’Eglantine et treize autres soutiens des Indulgents sont alors mis en accusation. Leur procès débute le 2 Avril et sera largement décrié, reconnu comme truqué, à l’image du procès des hébertistes quelques jours plus tôt. Au cours de ce procès, Camille Desmoulins apprendra l’arrestation de sa femme, mise en cause dans une conspiration dont on ignore si elle existait vraiment, et aura cette célèbre phrase : « Non contents de m’assassiner, ils veulent encore assassiner ma femme !« . Les dantonistes se défendront vigoureusement mais leur condamnation à mort est prononcée le 5 Avril. Ils passeront tous à la guillotine le jour-même. Cette période, qu’on appelle communément « la purge de Germinal », aura vu pas moins de 60 têtes tomber. Si Arno s’est lié à Danton et à ses alliés, il y a fort à parier que cette partie de l’Histoire soit un segment scénaristique fort pour Unity.

En faisant guillotiner Danton et Desmoulins, Robespierre sacrifie ses amis les plus proches sur l'autel de son idéal révolutionnaire.

En faisant guillotiner Danton et Desmoulins, Robespierre sacrifie ses amis les plus proches sur l’autel de son idéal révolutionnaire.

Les hébertistes et les dantonistes supprimés, Robespierre et Saint-Just ont le champ libre comme jamais auparavant. La Terreur va prendre un tournant ultra-mécanique et le Tribunal Révolutionnaire condamnera à la chaîne. Il faut dire aussi que la suppression des avocats et l’écoute des témoins à charge seulement facilite le travail des juges. Ces changements interviennent grâce à la loi de Prairial, qui donne naissance à la Grande Terreur. En quelques semaines seulement après l’adoption de cette loi, 1 400 personnes sont condamnées à mort et guillotinées dans la seule ville de Paris. Parallèlement, l’influence de Robespierre ne cesse de croître et lui permet même d’organiser et de présider la Fête de l’Etre Suprême le 8 Juin. Cette célébration est celle d’un culte instauré par Robespierre lui-même et qui s’oppose au culte de la Raison que les ultra-révolutionnaires (dont les Hébertistes) se réclamaient. Ce culte-ci est déiste (reconnaissance qu’un dieu existe mais sans s’appuyer sur les textes sacrés) et s’associe avec le culte rationnel que Robespierre souhaite instaurer en instituant diverses fêtes liées aux vertus civiques (le stoïcisme, la haine des tyrans et des traitres, l’amitié, le courage et tant d’autres). Si la célébration du 8 Juin connaît un certain succès, il n’en demeure pas moins qu’elle crée des doutes. Moqué par certains, Robespierre est surtout soupçonné de vouloir s’accaparer le pouvoir. Sans compter qu’il s’était quelque peu retiré de la vie politique, laissant le champ libre à ses adversaires au sein du Comité de Sûreté Générale pour s’organiser. Et puis il commettra l’acte de trop. De retour à la Convention en Juillet, il lève le poing, frappe la table et menace sans pour autant nommer les députés qu’il vise. Le 27 Juillet, l’Assemblée décide qu’il faut intervenir et le met en état d’arrestation. Quelques fidèles le feront amener à l’Hôtel de Ville pour le libérer mais le bâtiment sera bien vite pris d’assaut par les troupes de la Convention. Là, Robespierre est repris, la joue trouée par une balle. On ne sait pas vraiment aujourd’hui encore s’il a été victime d’une balle perdue, de sa maladresse ou s’il a tenté de se suicider. Le lendemain, il est guillotiné avec Saint-Just. Avec la mort de Robespierre, la Terreur prend fin et, pour certains, la Révolution aussi.

L'exécution de Robespirre illustre la crainte du peuple de voir un tyran remplacer un tyran.

L’exécution de Robespierre illustre la crainte du peuple de voir un tyran remplacer un tyran.

Avec 1793 et 1794, les révolutionnaires ont atteint ce qui était peu à peu devenu leur objectif : renverser la monarchie. Tous ne le voulaient pas et certains le refusaient encore lorsque les députés de la Convention montèrent tour à tour à la tribune pour exprimer leur jugement mais le roi est bien mort, la reine le suivant bien vite sur l’échafaud. Arrivée à un point de non-retour, la Révolution Française s’est engagée dans une voie sanguinaire et terrible, marquée par la violence et la Terreur, celle-là même qui ira faire tomber les têtes des principaux leaders de la révolution. Danton, Desmoulins, Robespierre… Tous sont morts à la fin 1794, année qui révèle toute l’intransigeance de la Révolution Française. Il y a fort à parier que ces deux années seront intenses pour les Assassins et surtout pour Arno qui verra sûrement ses convictions bouleversées par les événements.

La quatrième partie est disponible.

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2 réflexions sur “La Révolution Française et « Assassin’s Creed – Unity » – Troisième partie : chronologie de la Révolution (1793-1794)

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