La Planète des Singes : L’Affrontement, Matt Reeves, 2014

La Planète des Singes : L’Affrontement, film de science-fiction de Matt Reeves. Avec Jason Clarke, Andy Serkis, Gary Oldman, Keri Russell…
La note du Koala : 3,5/5

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Ce film est la suite de La Planète des Singes : Les Origines (Rupert Wyatt, 2011).

Le pitch : Dix ans après les événements qui ont mené à la révolte des singes à San Francisco, ces derniers vivent en paix dans la forêt sous la houlette de leur chef César (A. Serkis). Cela fait deux ans maintenant que les humains n’ont pas reparu, sans doute éteints par l’épidémie qui les a frappés et par les émeutes qui ont suivies. Pourtant, un jour, un groupe d’humains refait son apparition et révèlent alors malgré eux l’existence d’une colonie non loin du village des singes.

La critique : Avec La Planète des Singes : Les Origines, Hollywood avait réussi à prouver que tous les reboots actuels qui inondent les cinémas ne sont pas nécessairement à jeter. Rupert Wyatt avait en effet su proposer quelque chose de nouveau qui dépoussiérait un mythe de la littérature SF (laissé en sale état par Tim Burton) tout en sachant en faire un film à grand spectacle. Cette suite directe se devait donc de répondre à des attentes élevées en raison du succès de son prédécesseur.

Avant ce film, Matt Reeves était essentiellement connu pour son Cloverfield, film aux atouts originaux qui osait proposer quelque chose de différent. Le savoir arrivé aux commandes de L’Affrontement laissait alors le fan et le spectateur curieux face à une hésitation : Reeves va-t-il à nouveau faire preuve d’audace ? Ou bien va-t-il au contraire rentrer dans le moule qu’on imagine issu d’un cahier des charges volontiers costaud pour un blockbuster de ce genre ? A l’évidence, le résultat final laisse plus largement pencher pour la seconde option. Qu’on se le dise, cet Affrontement ressemble beaucoup aux Origines dessinées par Wyatt en son temps. Dans la photographie, dans la mise en scène, dans les couleurs et les lumières, dans les thèmes… Tout est fait pour créer une continuité bienvenue entre les deux épisodes. Du coup, si l’on apprécie cette filiation qui se tisse peu à peu et qu’on imagine se prolonger avec le prochain opus de la série, on regrettera peut-être que Matt Reeves n’aille pas plus dans la recherche d’un apport personnel qui aurait, tout en laissant les liens se faire naturellement, permis de développer de choses différentes qui auraient donné à cet Affrontement une saveur plus particulière. Au lieu de cela, le réalisateur s’approprie le travail développé par Rupert Wyatt sur le film précédent et applique la recette sans aucune modification ou presque à son propre épisode. Ce n’est pas si mal mais j’espérais plus du réalisateur de Cloverfield. Enfin bref, ce n’est pas mauvais pour autant, loin de là. A l’image de son prédécesseur, La Planète des Singes : L’Affrontement se veut un blockbuster efficace tout en se donnant quelques points forts du côté de l’histoire et du développement des personnages. Rappelons que l’un des intérêts de la série La Planète des Singes (que ce soit le roman ou les multiples films précédents) réside dans une recherche de non-manichéisme. On n’en est jamais bien loin mais il n’est jamais posé comme un postulat de départ et ce film-ci répond à cette « tradition ». Ainsi, le spectateur a du mal à déterminer de quel côté il devrait être. De celui de singes, espèce opprimée et libérée du joug humain qui le mettait en cage ? Ou de celui des humains justement, de ceux de sa propre espèce dont l’extinction semble inéluctable ? La construction autour de ce questionnement étant relativement bien fait, on a du mal à faire son choix et c’est bien là l’un des secrets de la réussite du film et de la saga en général. Il faut s’interroger et c’est loin d’être une mauvaise chose. Alors évidemment, il y a toujours les gentils et les méchants, comme dans tout blockbuster qui se respecte, mais aucun n’est foncièrement mauvais. Après tout, si Koba lutte comme il le fait ici, n’est-ce pas pour assurer l’avenir de son peuple ? Et ne peut-on pas en dire autant de Dreyfus (Gary Oldman, impeccable) ? Sans bousculer les présupposés, L’Affrontement évite de répondre à un schéma trop simpliste ou il y aurait d’un côté les gentils et de l’autre les méchants.

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Observer toute la logique qui régit la société des singes, et la manière dont ils fonctionnent en groupe, est indispensable.

Le scénario quant à lui se divise en deux temps et reprend encore une fois les mêmes formes que Les Origines. D’abord, le film se concentre sur des questionnements qui tournent autour de la situation actuelle des civilisations, de la vie en société des singes, des rapports de ces derniers avec les rares humains rescapés de la grippe simienne… C’est parfois fait un peu grossièrement, avec de gros crayons qui laissent peu de place à la subtilité, mais c’est toujours plutôt bien pensé. Le scénario n’oublie pas de se poser les bonnes questions quant aux thèmes de la coexistence et de la cohabitation, de la rivalité et de la rancœur (justifiée ou non), de la place de l’homme sur Terre… Puis, dans une seconde partie, le film donne tout son sens à son sous-titre en mettant en scène la lutte entre les singes et les humains. Là, si l’on ne fait pas totalement fi de la psychologie, on se concentre davantage sur l’action, le tout dans une débauche d’effets spéciaux maîtrisés et utilisés à assez bon escient dans une mise en scène qui se veut être une régal visuel. Et si c’est parfois un peu trop chargé à l’écran, ça reste presque époustouflant. On regrettera cependant cette rupture trop brutale, bien que progressivement amenée via un fil rouge assez visible, entre les deux phases du long-métrage. D’autant que l’affrontement à proprement parler se veut un peu trop longuet parfois, quitte à perturber un rythme que l’on aurait voulu plus soutenu dans ces instants de conflit. Il n’en demeure pas moins que ce film nous livre là une histoire bien calibrée, riche et touchante. Et même si certaines choses (en particulier dans la relation entre certains singes et certains humains) sont prévisibles, on s’entiche de ces personnages dont l’inégale importance au regard du scénario n’a d’égale que leur capacité à construire toute la dimension dramatique de l’oeuvre. Ce n’est pas aussi prenant que le duo César/Will du premier volet mais ça fonctionne tout de même assez bien.

Les rapports qui se tissent entre César et Malcolm permettent de mettre en avant les difficultés d'une coexistence entre singes et humains.

Les rapports qui se tissent entre César et Malcolm permettent de mettre en avant les difficultés d’une coexistence entre singes et humains.

Enfin, comme à l’époque de La Planète des Singes : Les Origines, il convient de saluer le travail d’Andy Serkis dans le rôle de César. Beaucoup omettent encore souvent de souligner la qualité du travail d’un acteur lorsqu’il s’agit de motion capture mais ceux-là sont les mêmes qui oublient que le résultat final tel que vu à l’écran est conditionné par un travail d’acteur aussi important que pour n’importe quel autre film. Il s’agit de trouver le jeu le plus fin possible et, en particulier ici, de donner à son personnage les expressions les plus justes possibles. Andy Serkis est incontestablement passé maître dans ce domaine et ce film en est une nouvelle preuve. Son César est terriblement bon dans la gestuelle et l’expressivité et l’on pourra d’ailleurs en dire tout autant du presque terrifiant Koba, incarné par Toby Kebbell. A leurs côtés, Jason Clarke livre une prestation somme toute de bonne facture. Sans trop de chichis, il donne à son Malcolm les allures d’un chef mesuré mais déterminé, un peu comme le Rick de Walking Dead (les comics, je connais trop peu la série télé). Il constitue un bon contre-poids face à Andy Serkis et les deux servent alors un échange intéressant. Un dernier mot rapide enfin sur Gary Oldman, de toute évidence très bon dans le rôle de Dreyfus, l’homme à la tête de la colonie humaine de San Francisco. Il réussit avec son seul personnage à illustrer ce que j’évoquais plus haut, à savoir ce non-manichéisme dans lequel se confrontent bonnes et mauvaises actions ou décisions. Oldman compose alors autour de cette idée en faisant de son  Dreyfus un homme fort mais en même temps dévasté comme tous les autres par la catastrophe que l’humanité vient de connaître.

Au final, je crois que Matt Reeves a su assez habilement reprendre le flambeau laissé par Rupert Wyatt. Si je préfère tout de même le premier épisode de ce reboot à celui-ci, je lui reconnais néanmoins d’indéniables qualités tant dans le fond que dans la forme. L’Affrontement se pose alors idéalement dans le prolongement du travail initié par Les Origines et laisse supposer, sauf catastrophe, un avenir plutôt radieux pour la saga.

Le « Oh, au fait ! » :
Si son personnage ne fait plus partie de l’intrigue, James Franco fait tout de même une rapide apparition dans le film via un caméo proposé avec l’utilisation d’une scène non utilisée du film de Rupert Wyatt. L’acteur n’était cependant pas au courant de ce choix et a affirmé qu’on ne lui avait jamais demandé l’autorisation d’utiliser ces images. On suppose néanmoins qu’il n’a pas du faire de difficultés étant donné que ledit caméo est tout de même bel et bien là.

Afin de combler le vide scénaristique qui sépare Les Origines de L’Affrontement, un roman écrit par Greg Keyes a été édité par Titan Books début 2014 sous le titre Dawn of the Planet of the Apes : Firestorm.

Une suite est d’ores et déjà prévue pour Juillet 2016, toujours avec Matt Reeves aux commandes.

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11 réflexions sur “La Planète des Singes : L’Affrontement, Matt Reeves, 2014

    • Merci mec. 🙂

      Théoriquement, quoi qu’il advienne à la fin du premier épisode, Franco ne devait pas revenir car son personnage devait mourir si l’on en croit le script.
      Ça n’est pas arrivé dans le film parce qu’ils ont réécrit la fin je ne sais combien de fois mais son personnage n’était pas programmé pour la suite malgré tout.

  1. Très bonne critique pour un film que j’ai beaucoup apprécié.
    Personnellement, j’ai préféré celui-ci au 1er, bien que ce dernier était excellent.
    J’ai beaucoup apprécié le côté touchant du film, je pense t’en avoir touché un mot sur Twitter d’ailleurs 🙂
    Malgré la complicité de César et Will, ce côté est beaucoup mieux mis en avant dans L’affrontement. L’histoire s’y prête sans doute mieux.

    En tout cas, je suis assez content de ce reboot. On sent que le film est travaillé à tous les niveaux et c’est assez rare pour être souligné.

    • Oui je me souviens que tu avais dit sur Twitter avoir préféré le 2ème au 1er, pour les raisons que tu évoques. 🙂

      Et je suis d’accord, la qualité de ce reboot prouve enfin qu’on peut renouveler une licence sans en faire un carnage ! \o/

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