Note de lecture n°11 – « Batman & Robin – 1. Tueur Né », Peter J. Tomasi & Patrick Gleason

C’est depuis Septembre 2011 que Peter J.Tomasi et Patrick Gleason construisent leur série Batman & Robin. Loin du cataclysme de Schumacher, cette série de comics nous narre les aventures communes de Batman (dont le costume est revenu à Bruce Wayne après la période où Dick Grayson l’a remplacé) et Robin, campé par un Damian Wayne des plus…turbulents. Juste histoire de caler ça dans les esprits des plus néophytes d’entre nous, Damian est le fils que Bruce à eu avec Talia al Guhl par le passé. Cette dernière l’a finalement confié à Bruce et celui-ci n’a qu’une idée : le ramener dans le droit chemin duquel il a été écarté par son entraînement au sein de la Ligue des Assassins. Gros programme.

album-cover-large-23782De manière globale, cette série éditée par Urban Comics s’inscrit dans l’arc général Batman & Robin lancé en 2009 par Grant Morisson (le fameux run de Morrison édité sous le titre Grant Morrison présente par chez nous) et prend plus exactement place juste après les événements Flashpoint. Dès lors, la série repart sur un nouveau n°1 pour lequel vont être appelés Peter J. Tomasi et Patrick Gleason. Les deux auteurs se sont alors déjà fait un nom en travaillant ensemble sur Green Lantern Corps. Hormis cette collaboration qui nous laisse déjà penser que le duo fonctionne bien et que, par conséquent, ce run sur Batman & Robin sera bon, Tomasi a écrit pour Nightwing, Final Crisis ou encore Blackest Night tandis que Gleason a dessiné des planches pour JLA : Welcome to the Working Week, Aquaman et X-Men Ulimited (entre autres). Les deux hommes sont donc des habitués des univers super-héroïques et l’on s’attend à ce que leur travail soit ici à la hauteur du challenge.

Peter J. Tomasi à gauche et Patrick Gleason à droite.

Peter J. Tomasi à gauche et Patrick Gleason à droite.

N’ayant pas lu les runs précédents, je ne me hasarderai pas à une comparaison de cette mouture de Batman & Robin avec les autres et me contenterai donc de parler de celle-ci telle que je l’ai prise : comme une découverte. Car c’en est une. Si j’avais déjà croisé le personnage de Damian Wayne dans La Cour des Hiboux, La Nuit des Hiboux, Le Deuil de la Famille et Les Portes de Gotham, ce n’était finalement qu’anecdotique bien que suffisant pour me le rendre insupportable. Pourquoi ? Nous le savons tous : parce qu’il est arrogant, fier, individualiste là où la Bat-family demande de jouer le collectif, violent au point de vouloir briser les codes que Batman s’est fixés et auxquels lui comme nous sommes tant attachés. Aussi, moins je vois Damian, mieux de je me porte. Et me voilà pourtant à entamer cette série centrée sur la relation de ce nouveau Robin avec son Batman de père. Si l’entreprise a sans doute un côté un peu paradoxal, elle est pourtant simple à justifier : j’ai envie de savoir comment peut évoluer un garçon comme celui-ci sur le long terme et, surtout, je veux voir si Batman réussira à le changer, à le rendre plus conforme à ses idéaux. Et puis c’est intéressant aussi de voir comment ces derniers peuvent être (enfin) remis en cause. Et sur ce plan-là, le scénario de Peter J. Tomasi se révèle tout à fait satisfaisant. L’auteur construit son Dynamic Duo d’une manière à la fois très efficace et originale. En effet, on a rarement vu Batman être autant en difficulté avec son sidekick. Constamment en train de se disputer sur le bien-fondé de leurs méthodes respectives, les deux personnages permettent de construire tout un schéma de réflexion autour de celles-ci. Et si, finalement, Batman avait tort ? Après tout, comme le dit Damian, s’il veut réellement éradiquer le crime à Gotham, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de ses actes et tuer ses ennemis ? Mais d’un autre coté, comment Batman pourrait-il être légitime dans son costume de justicier masqué s’il devenait lui-même un meurtrier ? Tout ceci, sans vraiment jeter un doute sur les convictions du lecteur quant à la façon de faire de l’Homme Chauve-souris, permet au moins de créer un sujet intéressant.

Ce genre de discussion entre Batman et Robin est fréquent dans ce tome.

Ce genre de discussion entre Batman et Robin est fréquent dans ce tome.

Ce tome 1 se construit donc sur cet échange houleux à la fois entre Batman et Robin mais aussi entre Bruce et Damian. Car ce n’est pas que la relation héros/sidekick qui compte ici et la relation père/fils est elle aussi assez bien traitée bien que laissée au second plan. Les quelques discussions qu’ont nos deux personnages lorsqu’ils ne sont pas costumés sont plutôt « amusants » à suivre et révèlent bien qu’on a beau être Batman, on est un père comme les autres et, avec un fils pas comme les autres justement, c’est toujours difficile de remplir ce rôle. Car Bruce n’a jamais connu ça auparavant. Il a bien été une sorte de père de substitution pour les Dick Grayson et autres Jason Todd mais jamais il n’aura eu à tant remplir le rôle de figure paternelle qu’avec Damian. Aussi, cela augure d’une nouvelle façon de traiter ces questions qui ne saura être bien développée que sur le long terme, l’essentiel à travers ce premier tome étant de poser les bases, ce qui est chose faite. Et c’est d’ailleurs cela qui accapare le plus l’attention du lecteur dans Tueur Né. Tomasi a en effet construit son récit de façon à faire de cette thématique relationnelle le cœur du propos. Aussi, toute l’intrigue autour du méchant Personne/Morgan Ducard se révèle moins palpitante. Il y a pourtant quelques passages de tension palpable, en particulier ceux où l’on découvre la cruauté dont peut faire preuve cet antagoniste avec ses bassins d’acide. Il est également intelligent de construire cette forme de tentative de récupération de Damian par Ducard afin de rendre la relation entre Batman et son fils d’autant plus importante qu’elle se trouve alors menacée par cette intrusion. Tomasi développe alors un shéma simple qui est celui de Star Wars avec un bon et un mauvais côté qui imposent un choix qui est ici celui de Damian. Tout ceci se trouve ponctué de phases d’action et de tension mais aussi de doutes, ce qui offre un mélange agréable pour une aventure du Chevalier Noir. Il n’y a finalement guère que le flashback sur la rencontre entre Bruce et Ducard qui m’a un peu moins emballé mais celui ne nuit en rien à la qualité générale de l’ouvrage.

Morgan Ducard/Personne n'est pas le méchant le plus mémorable de l'univers Batman mais il a au moins le mérite de faire jouer le scénario sur les relations entre Bruce et Damian.

Morgan Ducard/Personne n’est pas le méchant le plus mémorable de l’univers Batman mais il a au moins le mérite de faire jouer le scénario sur les relations entre Bruce et Damian.

Concernant enfin l’aspect graphique de ce premier volume, je considère que le travail de Patrick Gleason est tout ce qu’il y a de plus respectable. S’il s’ancre un peu dans les codes habituels du dessin de Batman, Gleason arrive à lui donner une dynamique particulière qui fait parfois très bien écho avec la précipitation dans laquelle semble se dérouler les événements. Assez classique, le dessin de Gleason ne manque pas de classe et permet au néophyte de découvrir un certain confort devenu caractéristique des aventures de Batman depuis un moment et à l’habitué de rechausser ses pantoufles les plus chaudes. Alors oui, on pourra toujours dire que ces traits manquent d’originalité mais là n’est pas l’objecti de cette série. Si c’est un dessin en décalage par rapport aux autres que vous recherchez, c’est sans doute dans Arkham Asylum (le comic, pas le jeu) que vous trouverez votre bonheur. Mais restons sur cette note positive en rappelant encore une fois que le dessin de Patrick Gleason, dont le talent n’était de toute façon plus à prouver, est très bien composé, y compris dans la mise en page des planches.

Le duo Tomasi/Gleason composent donc ici une première aventure digne d’intérêt. Si j’ai toujours un peu de mal à me faire au personnage de Damian (mais ce n’est pas leur faute ça), je ne doute cependant pas que leur traitement de ce dernier me permettra de faire évoluer mon point de vue à son sujet. Cette histoire-ci en tous cas est plutôt bien construite avec une intrigue mettant principalement l’accent sur les difficultés relationnelles que rencontrent Batman et Robin (avec et sans le costume), quitte à reléguer au second plan les motivations criminelles de Personne, dont l’intérêt se développera essentiellement dans ces questions de relations. J’attends le prochain tome avec impatience.

Batman & Robin – T.1 Tueur Né, Peter J. Tomasi & Patrick Gleason, Urban Comics, 192 pages (17,50€).

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7 réflexions sur “Note de lecture n°11 – « Batman & Robin – 1. Tueur Né », Peter J. Tomasi & Patrick Gleason

  1. Pour compléter ta lecture, n’hésite pas à te pencher sur les Grant Morrison présente Batman, en particulier les 2 derniers volumes pour comprendre les événements qui se dérouleront dans les prochains tomes de Batman & Robin 😉

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