Le Tombeau des Lucioles, Isao Takahata, 1988

Le Tombeau des Lucioles, film d’animation de Isao Takahata. Avec les voix (VO) de Tsutomu Tatsumi, Ayano Shiraishi, Akemi Yagamuchi, Yoshiko Shinohara…
La note du Koala : 5/5

AfficheLe pitch : En 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale s’achève en Europe, le Japon est la cible des bombardements américains. Dans Kobe incendié, Seita et sa petite sœur Setsuko se trouvent livrés à eux-mêmes suite à la mort de leur mère. Ils se réfugient d’abord chez leur tante qui, après les avoir accueillis, se montre cruelle envers eux. Seita et Setsuko doivent alors faire face à l’indifférence et apprendre à survivre par leurs propres moyens.

La critique : Le Tombeau des Lucioles fait partie de ces films d’animation légendaires dont on a forcément entendu parler avant de le voir (sauf si on l’a vu quand il est sorti). Objet des commentaires les plus élogieux, ce film de Isao Takahata est à voir absolument.

Adapté de la nouvelle semi-autobiographique de Akiyuki Nosaka (La Tombe des Lucioles), ce film a tout pour lui. Que ce soit dans le fond ou dans la forme, rien n’est laissé au hasard et l’ensemble fait preuve d’une maîtrise à laquelle les studios Ghibli nous ont de toute façon habitués. Mais reprenons les choses dans l’ordre. Concernant la forme pour commencer, Le Tombeau des Lucioles est une merveille. Pouvait-on en attendre moins du cofondateur de Ghibli ? Pour son premier film réalisé pour ce studio, Takahata réalise un travail formidable sur l’apparence. Si les personnages correspondent peu ou prou à ce que l’on a l’habitude de voir dans les films d’animation nippons, et en particulier ceux de Ghibli encore une fois, les décors ont quant à eux été l’objet d’une attention qui semble avoir été toute particulière. Détaillés, ceux-ci ont preuve d’une précision époustouflante et d’une beauté qui l’est évidement tout autant. Le dessin est incroyable, au moins autant que les couleurs sont belles. Sans compter qu’elles sont judicieusement choisies, certaines étant associées à une symbolique donnée. Ainsi en va-t-il du rouge qui se retrouve associé à la mort par exemple. Mais disons les choses comme elles sont : Le Tombeau des Lucioles est une perle. Un dessin animé qu’on se plairait presque à regarder comme on admire un tableau. Certains plans méritent presque un arrêt sur image pour profiter pleinement de ce qu’ils ont à nous montrer. Bref, c’est une pépite, un régal pour le mirettes ébahies qui sont les nôtres dès le début du film. Habitué que je suis des studios Ghibli, fan de Porco Rosso ou de Mon Voisin Totoro (pour ne citer que ceux-là), je découvre avec Le Tombeau des Lucioles un film unique dont la charte graphique, l’esthétique générale sont parmi les plus ahurissantes que j’ai vues. Clairement, ce film reste dans les mémoires ne serait-ce que grâce à son visuel, parmi les meilleurs des meilleurs avec mention.

La beauté des décors contraste avec la difficulté de événements.

La beauté des décors contraste avec la difficulté de événements.

Mais s’il n’y avait que ça. Je parlais plus haut de la précision des décors. Celle-ci est en fait mise au service d’un réalisme qu’on retrouve assez rarement dans le cinéma d’animation. Or, ce réalisme est la base-même du propos du Tombeau des Lucioles. L’objectif est de nous raconter un épisode dramatique de l’Histoire du Japon et de l’histoire de deux personnes avec le plus de fidélité possible par rapport aux événements réels. Takahata a alors décidé de servir ce réalisme par la précision de son dessin. Le fil rouge du film se veut ainsi le plus saisissant possible par cet ancrage dans la réalité. Et cela conduit d’ailleurs Le Tombeau des Lucioles à être dur parfois dans les images qu’il propose. Je pense notamment au tout début du film et aux suites de l’incendie de Kobe par les Américains. Mais au-delà de ça, le film se veut bouleversant. S’il l’est, c’est grâce aux thèmes qu’il développe et au fait qu’il les impose à deux enfants. Le plus vieux n’a que 14 ans et le conduire à faire face à l’indifférence du monde adulte, aux responsabilités, à la survie ou encore à la mort constitue une épreuve, tant pour lui que pour le spectateur qui le regarde lutter pour surmonter les épreuves qui s’accumulent. C’est d’autant plus dur qu’il a à ses cotés la petite Setsuko, dont la candeur n’a d’égal que l’incommensurable dureté de sa situation et qui est certainement un des personnages de film qui m’auront le plus marqué. Ces deux personnages servent finalement très bien le film. Ils en sont les protagonistes principaux évidemment mais leur façon d’être est tellement en rupture avec l’impossible survie qu’ils doivent tenter de mener coûte que coûte qu’on ne peut rester sans empathie pour eux. Au final, on ne peut être que bouleversé par leur histoire. Sans compter que le film, dramatique dès le départ, emprunte un chemin qui va crescendo et nous amène progressivement vers des événements de plus en plus durs. La scène du phonographe à la toute fin du film est d’ailleurs l’un des scènes les plus tristes que j’ai pu voir.

Le lien qui unit Setsuko et Seita les rend encore plus touchants, ce qui ne fait qu'accroître notre empathie à leur égard, renforçant ainsi l'émotion du film.

Le lien qui unit Setsuko et Seita les rend encore plus touchants, ce qui ne fait qu’accroître notre empathie à leur égard, renforçant ainsi l’émotion du film.

A travers cette progression, le scénario se révèle très bien écrit. Il évite l’écueil qui consiste à tomber dans un pathos lourdaud et compose au contraire selon un schéma qui, sans être très élaboré, amène le spectateur à le suivre facilement et à s’immerger complètement dans l’histoire, de façon à le toucher inévitablement. Le déroulement des péripéties se fait selon un rythme qui s’installe tranquillement mais qui correspond très bien à ce film. Il aurait en effet été inutile de tomber dans la précipitation ou, au contraire, dans la lenteur. L’émotion que dégage le scénario n’est alors en rien desservie par un rythme qui n’aurait pas été adéquat. Heureusement d’ailleurs car cela lui confère finalement un équilibre bienvenu. Je ne saurais pas trop m’étendre davantage sur ce film en fait. Sachez simplement qu’il est beau, sans doute l’un des plus beaux qu’on ait pu faire. C’est un immense film d’animation, servi par une esthétique incroyable. Son histoire est à la fois l’une des plus belle et l’une des plus touchantes que j’ai vues. C’est la plus triste en tous cas, définitivement.

Le Tombeau des Lucioles est sans aucun doute une œuvre qu’on ne peut pas oublier. Quand vous le voyez, ce film vous touche tellement qu’il reste gravé et je ne crois pas qu’il puisse en être autrement.

Le « Oh, au fait ! » :
En 2005 est sorti un téléfilm adapté lui aussi de La Tombe des Lucioles d’Akiyuki Nosaka.

C’est en 2005 aussi qu’ont été commercialisées pour la première fois des boites de bonbons identiques à celle que l’on voit dans le film et à laquelle Setsuko attache tant d’importance.

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2 réflexions sur “Le Tombeau des Lucioles, Isao Takahata, 1988

  1. Je n’ai pas encore vu ce film (honte sur moi), mais d’après ton pitch, ça me fait énormément penser au roman Le Grand Cahier d’Agota Kristof, où on y suit deux jumeaux livrés à eux-mêmes pendant qu’une guerre ravage leur pays. Sinon, tu m’as donné envie de le voir du coup 🙂

    • Je ne connais pas ce roman, je m’y intéresserai sans doute du coup.

      Quant à ce qui est de ne pas encore avoir vu « Le Tombeau des Lucioles », dis-toi bien que c’était mon premier visionnage aussi.

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