The Truman Show, Peter Weir, 1998

The Truman Show, drame de Peter Weir. Avec Jim Carrey, Ed Harris, Laura Linney, Noah Emmerich…
La note du Koala : 5/5

28851Le pitch : Truman Burbank (J. Carrey) mène une vie paisible dans la petite île quasi-paradisiaque de Seahaven. Il est marié, a un emploi stable mais il ne rêve que d’une chose : partir à l’aventure. Seulement, ce que Truman ne sait pas, c’est qu’il est depuis sa naissance le personnage principal d’une émission de télé-réalité dont le but est de le suivre dans sa vie au quotidien et que toutes les personnes autour de lui – sa femme, ses amis, ses collègues…- sont des acteurs. Prisonnier du plus grand studio de télé de tous les temps, partir lui imposerait de découvrir que sa vie toute entière est une vaste supercherie.

La critique : Les amis, je suis de retour. Après une petite semaine de vacances passées sous le soleil d’Avignon, je compte bien reprendre les affaires sans plus attendre (et j’ai quelques trucs à vous écrire). Cette semaine n’a pas été très riche en cinéma (dans le Sud, mieux vaut sortir que rester devant sa télé) mais j’ai quand même eu l’occasion de revoir l’un des films les plus marquants et bouleversantes qu’il m’ait été donné de voir : The Truman Show.

Je ne sais plus quel est le premier film de Peter Weir que j’ai vu. Etait-ce The Truman Show ou Le Cercle des Poètes Disparus ? Sans doute sont-ils tombés à peu près au même moment dans ma vie. Et quel choc ça a été. C’est avec ces films là, découverts alors que je n’étais qu’un minot, que j’ai compris que le cinéma peut te choper les tripes à mains nues et te dire : « Tu vois comme je suis puissant maintenant ?« . Ceci dit, j’ai connu des gens qui m’ont dit que Weir n’était qu’un pseudo poète prétentieux et sans grande saveur. Si ce jugement me paraît hautement excessif, on peut le rejoindre par certains moyens. Par exemple quand on se penche sur quelques aspects de mise en scène. Dans The Truman Show, le cinéaste travaille sur une symbolique très forte, concernant la toute-puissance de la télévision à l’orée du XXIème siècle et l’acceptation de ses dérives par le commun des mortels. Cela, Weir l’expose via quelques « astuces » comme l’aura divine qu’il donne au personnage de Christof, en particulier lorsqu’il va (enfin) s’adresser de lui-même à Truman : le réalisateur propose alors une image des plus parlantes, la voix de Christof raisonnant dans le monde de Truman comme celle d’un dieu, d’un être supérieur omniscient et maître de la destinée de ce pauvre cobaye. Peter Weir associe cela à une image du Soleil se dévoilant un peu derrière un gros nuage, donnant alors naissance à de grands rayons aussi aveuglants que devrait l’être l’apparition d’une divinité pour un humain lambda. Alors oui, c’est presque trop gros pour être réellement efficace mais il n’en demeure pas moins que ça l’est. Et c’est d’autant plus efficace et fort que c’est le résultat final d’une accumulation de signes et de symboles qui contribuent à construire cette imagerie et, au-delà de ça, le propos qu’elle soutient, à savoir les excès potentiels d’une télé-réalité encore naissante à l’époque où le film est sorti. Weir ne fait pas que dire quelque chose, il l’accompagne d’un sens de l’esthétique et de la mise en scène qui fait mouche. Il a composé son Truman Show en lui appliquant divers codes qu’on pourrait trouver grossiers mais qui sont essentiels pour tourner la chose en ridicule. Je pense notamment à cette façon de faire de la pub via les répliques des personnages, comme lorsque Meryl parle de son cacao ou de la tondeuse que Truman devrait acheter. C’est gros, ça vous pique presque les oreilles mais c’est génial. Surtout que tout ça vient en parfaite contradiction avec ce que dit Christof à Truman à la fin du film sur le monde extérieur.

Christof tout puissant

Christof tout puissant

Scénaristiquement, Peter Weir construit l’histoire de Truman en allant crescendo. Ce récit, avant d’être celui d’un prisonnier et d’une télé immonde, c’est aussi celui d’une quête pour la liberté et, plus largement, le libre-arbitre. Truman veut s’émanciper de ce monde dont il ne sait pourtant même pas qu’il est entièrement déterministe. Le message se veut alors le plus universel possible. N’avons-nous pas tous envie d’aller voir ailleurs, de prendre notre envol et de faire les choses telles que nous l’entendons ? Cette recherche, Peter Weir lui donne une ampleur de plus en plus grande au cours du film et la propose au final comme une de ces quêtes épiques dignes de celle du Graal. C’est l’aventure d’un héros solitaire qui cherche quelque chose qui le dépasse et qui s’enfonce dans les méandres d’un univers qui se révélera peu à peu sous son vrai jour. De multiples péripéties arrivent pour lui faire obstacle, chacune étant plus grande que la précédente, jusqu’à cet ultime affrontement dans lequel Christof prend lui-même les commandes, comme s’il s’agissait du boss final d’un jeu vidéo ou du dragon que le prince doit affronter pour atteindre enfin le fabuleux trésor qu’il garde précieusement. Bref, on aurait pu avoir l’impression que ce scénario ne casse pas trois pattes à un canard mais il s’agit d’aller chercher plus loin que la simple accumulation de faits qui viennent semer le doute dans l’esprit de Truman. Chaque événement est une nouvelle étape pour ce dernier. Ma plus grande crainte (une fois que j’ai revu le film avec plus de maturité qu’à 10 ans) c’était sans nul doute que la fin gâche le tout. Or, cette dernière se veut être l’apothéose d’une long cheminement parcouru avec Truman. Un peu comme les téléspectateurs de son show, les spectateurs du film se prennent en effet au jeu de voir évoluer de brave homme. L’empathie se crée inévitablement et voir la conclusion de toute cette histoire – telle qu’elle nous est proposée j’entends – est une sorte de bonheur (bien que parler de « bonheur » dans un avis fasse un peu cliché).

"J'ai goûté d'autres cacao : c'est celui-là le meilleur"

« J’ai goûté d’autres cacao : c’est celui-là le meilleur« 

The Truman Show brille enfin par son casting impeccable. Jim Carrey avant toute autre chose est immense. Pour son premier grand rôle dramatique (bien que teinté de son irrésistible humour), l’acteur impressionne. Loin des images que l’on s’en fait en regardant Ace VenturaThe Mask ou Dumb & Dumber, trois de ses principaux succès à l’époque, Jim Carrey dévoile toute sa capacité à faire pleurer dans les chaumières. Derrière l’exagération qui n’en pas une tant que ça, vous aurez saisi l’idée : Jim Carrey sait faire preuve d’une immense sens dramatique. Evidemment, nous connaissons tous sa façon de jouer, toute faite à base de mimiques absurdes et d’une gestuelle improbable. Mais ici, il arrive à passer du rire aux larmes en un instant, en une fraction de secone, le toute avec une sobriété bienvenue qui réussit à ne pas sombrer dans des formes trop académiques. Carrey joue plus sobrement qu’à l’accoutumée mais fait preuve d’un naturel épatant. A ses côtés, Ed Harris souffre peut-être d’une trop faible présence à l’écran pour réellement s’imposer mais cela permet notamment à son personnage de peaufiner son caractère divin (après tout, un dieu ne se montre jamais beaucoup). Sans compter que l’acteur ajoute à cela tout le solennel de son interprétation ainsi que son écrasante présence. Même s’il n’est pas beaucoup là, c’est lui qui occupe principalement l’écran lorsqu’il apparaît. Laura Linney et Noah Emmerich enfin sont à mon sens à mettre dans le même sac. Seconds rôles qui n’en sont pas vraiment étant donné leur importance dans la détermination de ce que doit faire ou non Truman, ils occupent une place prépondérante mais celle-ci permet surtout au réalisateur de pointer du doigt quelques vices télévisuels : pub à outrance, scénarisation extrême… Les deux comédiens jouent sur ce registre en donnant à leur interprétation un côté très formaté qui, loin de laisser penser qu’ils jouent mal, se montre particulièrement approprié. A travers leurs sourires excessifs ou leur théâtralisation des émotions, ils contribuent à soutenir le propos de Peter Weir.

Avec The Truman Show, Peter Weir réalise selon moi un film des plus aboutis. Précis, efficace, n’hésitant pas à grossir les traits de la caricature qu’il dresse (celle-ci étant bien plus acide qu’on ne le croit au premier abord), le cinéaste nous offre un drame prenant et toujours d’actualité.

Le  « Oh, au fait ! » :
Le compositeur Philip Glass, célèbre pour on travail sur la trilogie Qatsi, a contribué à la bande originale du film et apparaît lui-même dans le film : il joue du piano dans la scène où Christof regarde Truman dormir sur un écran géant. Plusieurs morceaux composés pour PowaqqatsiMishima et Anima Mundi sont d’ailleurs utilisés ici.

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9 réflexions sur “The Truman Show, Peter Weir, 1998

  1. Bel article !

    Tu mets en évidence les point fondamentaux du film. Et ça me fait d’ailleurs plaisir car j’aime énormément Truman Show, et ses idées développées derrière. Et comme tu dis, Jim Carrey est épatant dedans.

    Vraiment, j’en garde encore de merveilleux souvenirs.

    • Merci bro !

      Je tenais à parler de ces aspects qui me semblaient essentiels parce que j’ai trouvé pas mal de critiques qui ne faisaient que les évoquer sans plus de détails. Et encore, on pourrait en dire encore plus que ce que j’ai fait là ! 😀

    • Complètement d’accord avec toi.
      Pour moi, The Truman Show et Eternal Sunchine se tiennent au coude à coude pour savoir lequel des deux est mon préféré.
      Quant à Man on the Moon, il faudrait que je le revoie. J’ai le sentiment qu’un seul visionnage n’est pas suffisant.

    • Le seul que je connaisse par cœur, à la virgule près, c’est Forrest Gump. Mais avec un peu de persévérance, je crois que je n’aurais pas de mal à faire de même avec celui-ci également ! 🙂

      • « – L’amnésie » « Brillant ! » A chaque fois que j’entends cette réplique, je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ces jeux vidéos qui utilisent des héros amnésiques, alors que c’est tellement vu et revu ! 🙂 Moi y a des films comme Hot Fuzz, Retour vers le futur, Indiana Jones 3, True Lies ou Last Action Hero, je peux quasiment te refaire le film de mémoire.

      • Retour vers le Futur, je pourrais peut-être, les autres j’aurais toujours des lacunes et une ou deux scène(s) qui passerai(en)t à la trappe… 🙂

  2. Pingback: Ciné Sounds n°27 – "Let’s Have a Party" par Wanda Jackson | Dans mon Eucalyptus perché

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