Watchmen – Les Gardiens, Zack Snyder, 2009

Watchmen – Les Gardiens, film de super-héros de Zack Snyder. Avec Patrick Wilson, Jackie Earle Haley, Malin Åkerman, Billy Crudup…
La note du Koala : 4,5/5

19060210Le pitch : 1985, Etats-Unis. Richard Nixon est réélu à la tête de l’Etat pour la cinquième fois et la menace d’une guerre nucléaire avec les Russes se fait de plus en plus pensante. Une nuit, le Comédien (J. Dean Morgan), super-héros membre des Watchmen, est tué dans son appartement. Rorschach (J. Earle Haley) veut à toutes fins découvrir l’assassin et prévenir ses autres collègues des Watchmen qu’un danger les guette.

La critique : Aujourd’hui, le super-héros est une figure ultra-populaire du grand écran, Marvel et DC nous l’ont bien fait comprendre avec leurs adaptations de Batman, Iron Man, des X-Men et autres Avengers. Mais un seul film jusqu’ici a réussi à poser un regard autre sur le mythe du super-héros : Watchmen.

Watchmen a tout pour lui, ou presque. Il a une esthétique déjà. Si l’on se retrouve une nouvelle fois en présence de maxi effets spéciaux qui font les belles heures du cinéma super-héroïque actuel, ce film va au-delà de ça et propose un réel travail sur l’image. J’ai lu quelques passages du comic d’origine, histoire de me faire une idée de la qualité d’adaptation, et je me suis rendu compte que quasiment chaque plan est créé de façon à reprendre des cases de la BD à l’identique. Que ce soit dans le passage par la fenêtre du Comédien au début du film ou pour la séquence où Rorschach rend visite au méchant Moloch, Zack Snyder et son directeur de la photographie (Larry Fong) ont réussi à reconstituer très fidèlement la mise en scène qui a été celle de l’oeuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons, un peu comme si ce comic avait constitué le storyboard même du film. D’ailleurs, c’est bel et bien comme cela que tout s’est passé : Snyder a utilisé la BD comme storyboard, ni plus, ni moins. Cela donne alors lieu à une esthétique parfaite, en plus d’une adaptation visuelle efficace. En parlant d’esthétique, on ne saurait en finir sans évoquer le générique d’ouverture du film. Idéal pour nous relater les événements antérieurs au scénario (on remonte ici aux années 1940 et à l’époque des Minutemen), il propose en outre une expérience visuelle élégante, léchée et très agréable. Ce générique apparaît (comme le reste du film d’ailleurs) tout ce qu’il y a de plus fluide. Et puis, la musique de Bob Dylan se marie très bien avec. C’est d’ailleurs un autre point fort de ce film que cette bande originale. J’en parlais dans le dernier Ciné Sounds mais je profite de cette critique pour en dire à nouveau ce que je pense. Eclectique, elle varie dans les tons, allant de Dylan donc à Wagner et Mozart en passant par les sublimes compositions de Philip Glass et autres Jimi Hendrix et Janis Joplin. Elle accompagne formidablement le film, créant un background très intéressant tout en donnant à certaines séquences une dimension particulièrement importante (je pense notamment à la présentation du Dr. Manhattan avec Prophecies et Pruit Igoe de Philip Glass). Je ne m’étendrai pas plus sur tout ce qui touche au visuel et retenez simplement que ce film est de toute beauté. Qu’ils soient clairs ou obscurs, cela importe finalement peu et chaque plan est un régal pour les mirettes. C’est sans conteste son atout majeur.

Si elle permet de donner le ton du film, la chute du Comédien est également une pépite visuelle.

Si elle permet de donner le ton du film, la chute du Comédien est également une pépite visuelle.

En parallèle à ce premier pilier du Watchmen de Zack Snyder, il faut absolument parler de son scénario. Une fois encore, je remarque après lecture de certains passages du livre que le réalisateur a été très fidèle. Certaines répliques sont strictement les mêmes (y compris en VF), contribuant encore une fois à faire de son film une adaptation parmi les meilleures qu’on ait pu voir. Concernant plus spécifiquement l’histoire, elle s’organise autour d’une forme de réalité parallèle à la notre (sans qu’aucun lien entre les deux ne soit établi, fort heureusement). Dans un monde aux allures de dystopie, nos super-héros doivent non seulement faire face à la menace d’une guerre nucléaire mondiale mais également à celle d’un tueur dont l’objectif est visiblement de les éliminer un par un. L’histoire se construit alors en oscillant entre ces deux menaces tout en suivant un fil conducteur qui consiste à voir les super-héros sous un nouveau jour. Jusqu’alors, le mythe du super-héros n’avait jamais été ébranlé. Jamais de cette manière en tous cas. Et Zack Snyder, tout comme Alan Moore avant lui quand il a composé cette odyssée, est bien déterminé à vous faire vous interroger sur la condition même du super-héros. Qui est-il ? Quelle est sa fonction ? Quelle est sa légitimité pour prétendre à ce titre de « sauveur » ? Les personnages du film sont constamment en train de s’interroger sur ces éléments fondamentaux, de se remettre en question. D’ailleurs, ce n’est sans doute pas pour rien que des personnages comme Le Hibou ou Spectre Soyeux sont à la retraite. Aussi, comment ne pourriez-vous pas vous poser ces questions également ? Watchmen change de ton est ne fait plus du super-héros un mythe. Il le transforme en une sorte de mercenaire, de renégat même. Ni tout blanc, ni tout noir, il est simplement dur. Le personnage de Rorschach est entièrement à cette image d’ailleurs. Ce n’est pas le super majestueux et charismatique (bien qu’il le soit, dans son genre). Au contraire, il est violent, il se fait justice et il ne tergiverse pas. Quand il faut faire le bien, il faut le faire, quel qu’en soit le moyen. Finies alors les hésitations morales d’un Superman ou autre. Au final, cela donne un cocktail de super-héros détonnant et puissant, sans cesse chamboulé par les rebondissements qui ponctuent très bien le film, que je trouve cependant un chouïa longuet par moments, ce qui lui vaut de ne pas avoir un 5/5 de ma part.

Le personnage de Rorschach est sans doute celui qui cristallise le mieux les interrogations quant à la notion de super-héros.

Le personnage de Rorschach est sans doute celui qui cristallise le mieux les interrogations quant à la notion de super-héros.

Enfin, concluons cette critique avec un mot sur la distribution qui fait le charme de Watchmen. Quand j’y repense, le premier nom qui me vient en tête est celui de Jeffrey Dean Morgan, qui campe ici le personnage du Comédien (a.k.a. Edward Blake). Charismatique, plein de véhémence (certains parleront de fougue), l’acteur donne au Comédien toute son exubérance. On aurait pu craindre qu’il n’en fasse trop mais il réussit très heureusement à toujours rester dans le ton. Il en est finalement de même pour le reste du casting même si, autant le dire tout de suite, Matthew Goode (Ozymandias/Adrian Veidt) est celui qui m’a le moins plu. Je l’ai trouvé trop dans la représentation, à l’instar de son personnage, sans cesse en train de vouloir prouver qu’il est effectivement l’homme le plus intelligent de la planète. Billy Crudup et Jackie Earle Haley réalisent pour moi deux des meilleures prestations du film. D’abord parce que jouer un personnage qui fait que tu vas porter un masque intégral quasiment tout le long du film ou un autre qui fait que ta propre mère ne te reconnaît pas, c’est respectable. D’autre part parce qu’ils font le job à fond. Crudup illustre merveilleusement l’isolement progressif du Dr. Manhattan vis-à-vis de l’humanité, jouant sur son phrasé et sur l’inexpressivité de son visage, rappelant que ce bon vieux docteur n’en a pas grand-chose à faire que les hommes périssent dans une guerre totale. Quant à Jackie Earle Haley, il fait de même avec son Rorschach, lui donnant la violence nécessaire y compris (en particulier ?) lorsqu’il se retrouve enfin à visage découvert. Patrick Wilson et Malin Åkerman ne s’en sortent pas mal mais reste plus dans une forme d’académisme qui, sans être trop lourd, reste u peu dommage étant donné l’allure générale du film.

Zack Snyder regagne donc des points dans mon estime (il en avait perdu à cause du seul final de Man of Steel) avec ce Watchmen maîtrisé, brillant et mémorable. Plus qu’un film avec des super-héros, c’est une vaste interrogation qu’il construit ici tout en la mêlant avec des codes emprunts aux blockbusters actuels. Bref, quand les moyens viennent servir un propos efficace, ça ne peut que fonctionner.

Le « Oh, au fait ! » :
Alan Moore ne figure pas au générique du film. En effet, depuis La Ligue des Gentlemen Eextraordinaires (dont il est l’auteur original avant que ce ne soit un film), il refuse d’être associé à la moindre adaptation de son travail. C’est ainsi qu’il a signé un contrat pour que son nom n’apparaisse nulle part au générique et pour céder l’ensemble de ses droits au dessinateur Dave Gibbons. Il avait déjà fait de même lorsque V pour Vendetta était sortie (cédant cette fois ses droits au dessinateur David Lloyd).

Le choix des acteurs fit l’objet d’une belle partie de chaises musicales et nombre d’interprètes furent envisagés pour les différents rôles :

  • Pour Rorschach : Daniel Craig, Simon Pegg et Glen Hansard
  • Pour le Hibou : John Cusack et Joaquin Phoenix
  • Pour le Dr. Manhattan : Keanu Reeves
  • Pour Ozymandias : Tom Cruise et Jude Law
  • Pour Spectre Soyeux : Hilary Swank, Jessica Alba et Milla Jovovich
  • Pour le Comédien : Ron Perlman et Thomas Jane
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6 réflexions sur “Watchmen – Les Gardiens, Zack Snyder, 2009

      • Le propos des deux oeuvres se rejoignent sous certains aspects mais celui de Watchmen reste à part car, à mon avis, beaucoup plus pessimiste. Batman peut se targuer d’être un mythe et je ne pense pas qu’on puisse en dire autant des Watchmen. C’est un sujet qui mérite réflexion.

        Merci en tous cas pour ce commentaire ! 🙂

  1. Très bon papier 🙂 L’histoire de la gestation du film montre que pendant longtemps, on a considéré ce film comme étant impossible à faire, plusieurs cinéastes se sont cassés les dents, notamment Terry Gilliam dont on peut trouver quelques travaux sur Internet.

    Watchmen est sans doute le film le plus fétichiste de Snyder, le nombre d’accessoires, d’objets, qu’il a pu reproduire pour recréer l’univers des Watchmen. Sur l’édition collector du DVD, ils ont même poussé le bouchon en créant un faux documentaire et des publicités comme dans le Comics.

    Les différences avec le Comics et le parti pris de Snyder est intéressant, notamment sur la fin qui diffère totalement ou sur le fait que les Minutemen soient moins mis en avant (sauf dans la Director’s Cut, qui rajoute bien 30 minutes au film). Enfin, il faut lire le comics, et le relire, c’est un des rares romans graphiques à avoir de très nombreux niveaux de lectures ^^.

    Ah, et fun fact, le générique, sans doute le meilleur générique de tous les temps, présente une énorme erreur. Normalement, Laurie Jupiter est née en 1949, vers la fin du générique, on voit ses parents se disputer, et Laurie, enfant (genre 7/8 ans) qui les observe. Jusque là tout va bien, sauf que l’on nous indique un élément temporel avec le moine qui s’auto-immole afin de protester contre la guerre du Vietnam, ce qui laisse suggérer que la scène se passe en 1963/64, or Laurie devrait avoir 13/14 ans à cette date 😎

  2. Pingback: Un jour, un album – Hors série n°3 : « Les Gardiens de la Galaxie  | «Dans mon Eucalyptus perché

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