La Fille du Puisatier, Daniel Auteuil, 2011

La Fille du Puisatier, drame de et avec Daniel Auteuil. Avec aussi Astrid Bergès-Frisbey, Kad Merad, Nicolas Duvauchelle, Jean-Pierre Daroussin…
La note du Koala : 3,5/5

19671240Le pitch : Patricia (A. Bergès-Frisbey) est la fille du puisatier Pascal Amoretti (D. Auteuil) qui verrait bien sa fille mariée à un homme de son genre, comme son ami Félipe (K. Merad). Mais Patricia rencontre Jacques Mazel (N. Duvauchelle) et es deux jeunes gens tombent irrémédiablement amoureux l’un de l’autre. Mais quand Jacques doit partir au front en 1939, Patricia se retrouve seule et tourmentée par les conséquences de cette relation naissante.

La critique : La Fille du Puisatier, il fallait vraiment qu’il passe à la télé pour que je le regarde. Un drame rural tiré de Pagnol, ça ne m’a jamais plus tenté que ça au prime abord. Ce qui est étonnant pourtant quand on sait que j’ai apprécié les différents films dans la même veine que j’ai vus.

Pour sa première réalisation (mais pas la dernière), Daniel Auteuil s’attaque à Marcel Pagnol et à sa Fille du Puisatier, film qu’il a réalisé en 1940. Et qui dit Pagnol, dit ambiance particulière, celle de la France rurale du début du XXème siècle, celle de la garrigue chaude et des cigales qui chantent à longueur de journée… Quiconque a vu ne serait-ce que Jean de Florette ou La Gloire de mon Père sait de quoi je parle. Auteuil en tous cas le sait bien. Révélé par le diptyque Jean de Florette/Manon des Sources, l’acteur-réalisateur s’empare ici des codes cités ci-dessus, se les approprie et les applique à nouveau dans son propre film. Il se les approprie mais il ne les transforme pas pour autant, préférant se contenter d’appliquer la recette telle qu’elle a été écrite. N’ayant pas vu le film original de Marcel Pagnol, je ne me lancerai pas dans une comparaison hasardeuse, mais on sent dans La Fille du Puisatier version 2011 que Daniel Auteuil a revu ses classiques. Son film rappelle Jean de Florette et Manon des Sources. Il rappelle La Gloire de mon Père et Le Château de ma Mère. Daniel Auteuil a voulu faire un film qui sent la terre, le terroir, dans lequel tu manges de la poussière dès que les personnages vont à l’extérieur et où tu as l’impression de bronzer rien qu’en regardant les paysages. Jusque dans la réalisation, j’ai eu l’impression que le regretté Claude Berri était revenu et avait décidé de réaliser une nouvelle adaptation de Pagnol. Les plans qui insistent sur cette garrigue à la fois rude et belle, les dialogues, l’accent mis sur les traditions familiales on ne peut plus strictes… Pour tout vous dire, le personnage de Pascal Amorretti m’a fait penser au Papé de Jean de Florette, que ce soit dans certains traits de son caractère (c’est un homme du terroir, enlisé dans les vieilles coutumes, qui se montre dur mais qui n’a pas 100 % mauvais fond) ou dans l’interprétation qu’en donne Daniel Auteuil. Bref, vous voyez ce que je veux dire, Daniel Auteuil ne fait pas que réaliser un remake du film de Marcel Pagnol : il rend hommage au cinéma d’Yves Robert et de Claude Berri, ainsi qu’à Marcel Pagnol. Voilà qui donnerait envie de voir ses versions de Marius et Fanny maintenant, toutes deux sorties en 2013.

Si la présence d'Astrid Bergès-Frisbey est un régal pour les yeux (ne nous le cachons pas), son jeu demande encore à être plus maîtrisé.

Si la présence d’Astrid Bergès-Frisbey est un régal pour les yeux (ne nous le cachons pas), son jeu demande encore à être plus maîtrisé.

En tous cas, si l’on pourra éventuellement reprocher à Daniel Auteuil d’être trop conformiste du coup, on ne pourra pas cependant s’empêcher de penser que tout ceci colle au thème, au ton et à l’histoire du film. Que nous raconte La Fille du Puisatier ? L’histoire d’une fille et de son père qu’on qualifierait aujourd’hui de réactionnaire mais qui est avant tout traditionaliste. Le tout mêlé à une sorte de triangle (voire même de carré) amoureux plus compliqué qu’il ne devrait l’être. Dans tout cet imbroglio, on retrouve les thèmes qui ont fait la force de Jean de Florette notamment ou de La Gloire de mon Père. J’en reviens toujours aux même références mais le film aussi il faut dire. Et comme ces films-là ont posé une sorte de cadre pour le traitement de ces thèmes lorsqu’ils sont développés par Pagnol, on pouvait s’attendre (voire même espérer) à retrouver tous ces codes dans La Fille du Puisatier. Enfin, en ce qui concerne le scénario, on pourra le trouver quelque peu convenu. La fille tombe amoureuse, l’amant part sans que la fille soit prévenue… S’ensuivent nombre d’événements conférant au film son caractère dramatique (l’enfant, la guerre…). J’ai l’impression que le scénario de La Fille du Puisatier se pose comme un condensé, une synthèse des thèmes que la littérature et le cinéma de Pagnol a pu aborder dans ses films à dominante plus ou moins autobiographiques. L’amour, la mort, la pauvreté, la richesse (et la lutte entre les deux), la famille, la fierté… On retrouve tout cela ici. Pour autant, le scénario se fait un peu classique et attendu. Sans grande surprise ou originalité, il brille plus par quelques passages rondement menés que par sa globalité.

Le duo Auteuil/Merad fonctionne bien. Si Merad a la tendresse, Auteuil est le plus touchant des deux.

Le duo Auteuil/Merad fonctionne bien. Si Merad a la tendresse, Auteuil est le plus touchant des deux.

Du côté de la distribution, Daniel Auteuil a réuni un vaste casting : lui-même déjà mais aussi Kad Merad, Astrid Bergès-Frisbey, Jean-Pierre Daroussin, Sabine Azema, Nicolas Duvauchelle… Pour autant, il y a une sorte de déséquilibre. Par exemple, Astrid Bergès-Frisbey m’a d’abord fait un peu peur avec la diction qu’elle emploi dans ses toutes premières répliques. Elle semble alors réciter son texte comme un élève récite sa poésie, ce qui, à la longue, aurait pu devenir un vrai problème. Fort heureusement, elle arrive à mieux calibrer son jeu par la suite mais cela n’empêche pas une certaine irrégularité dans sa prestation. Parfois, elle arrivera à paraitre tout ce qu’il y a de plus naturelle mais, à d’autres instants plus voyants, elle semble complètement académique, ce qui est bien dommage. A ses cotés, Nicolas Duvauchelle joue les beaux gosses des années 1930 en essayant de faire penser (consciemment ou pas, je n’en sais rien) à un Jean Gabin des grandes heures. Que ce soit dans la gestuelle ou dans le ton de la voix, il veut être le jeune premier, séducteur auquel on ne résiste pas. S’il y arrive globalement, il pêche parfois par excès de confiance et en rajoute un peu. Ce que je craignais le plus cependant, c’était la prestation de Kad Merad. La dernière fois qu’on l’a vu jouer avec l’accent du Sud, c’était dans L’Immortel et ça n’a pas laissé que de bons souvenirs. Mais cette fois-ci, il s’en sort bien mieux, indéniablement. Reprenant le rôle tenu à l’époque par Fernandel, il compose assez bien autour de cet homme simple et tendre. Rassurez-vous, l’accent passe plutôt bien (il suffit de savoir le mettre où il faut) et Kad signe une prestation plutôt efficace. C’est à l’image de Daniel Auteuil finalement, qui campe un Pascal Amoretti qui ne sera pas sans faire écho au Hugolin de Jean de Florette et de Manon des Sources. Sale, âpre, Daniel Auteuil se fait homme du terroir, sorte de père-courage et assailli de doutes. Et ça marche plutôt bien. Concernant enfin Sabine Azema et Jean-Pierre Daroussin, ils forment un duo de seconds rôles assez bons mais trop peu efficaces.

Daniel Auteuil arrive donc avec sa première réalisation à rendre hommage à l’univers de Pagnol et à son adaptation par Yves Robert et Claude Berri tout en composant une oeuvre qui, bien qu’empruntant ses codes aux films des deux réalisateurs cités juste avant, dégage une certaine force. On note des irrégularités mais rien qui vienne réellement mettre péril en la demeure.

Le « Oh, au fait ! » :
Le bébé de Patricia est incarné par le propre fils de Daniel Auteuil, Zachary.

L’actrice Danielle Darrieux a participé au film en tant que conseillère pendant le tournage.

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