Chapitre 27, Jarrett Schaefer, 2007

Chapitre 27, biopic de Jarrett Schaefer. Avec Jared Leto, Lindsay Lohan, Judah Friedlander, Ursula Abbott…
La note du Koala : 3,5/5

18912191Le pitch : Mark Chapman (J. Leto) est un fan des Beatles et a fait de John Lennon son idole. Il l’aime plus que tout. Mais en même temps, il le déteste pour ce qu’il est devenu. Il le déteste tellement que, quand il se rend à New York en Décembre 1980, c’est pour tuer John Lennon.

La critique : Alors que l’on n’a pas encore eu de biopic d’importance majeure sur John Lennon (hormis quelques docs, téléfilms et Nowhere Boy, qui revient sur la période pré-Beatles), voilà que Jarrett Schaefer vient nous raconter les trois jours qui précèdent l’assassinat de ce dernier. Mais l’originalité tient surtout dans le fait que c’est à travers le récit de Mark Chapman que l’on va vivre tout ceci.

Mark Chapman est sûrement l’un des fans les plus honnis de l’histoire de la musique. Car non, content d’avoir tuer John Lennon, il a (au-delà de ça) tué une possible reformation des Beatles, un symbole de paix, un musicien hors-pairs, etc. Tuer John Lennon, ça a été vécu comme la crucifixion du Christ (question de point de vue). Aussi, nous raconter l’assassinat de Lennon à travers les yeux de Chapman…l’idée a de quoi surprendre. A priori, on n’a pas envie de se retrouver dans la peau de Chapman, de savoir ce qu’il a fait, ce qu’il pensait, ce qui l’a motivé à agir ainsi. On n’a pas envie de se trouver en face de lui. Le pari est donc risqué. Hautement, même. Il s’agit de passer un cap dans la façon dont on va appréhender le film et son récit et cela s’avère d’abord complexe. Mais, plus psychologique qu’autre chose, il cédera face à un peu de bonne volonté (si j’ai réussi, vous le pouvez). La question est alors de savoir comment Jarrett Schaefer va mettre en scène tout cela. Dès les premiers instants, il créé une atmosphère particulière avec un générique passant de plans sur les pages du livre L’Attrape-Cœur de J.D. Salinger à d’autres visant (on le comprendra plus clairement ensuite) à nous tracer une sorte de parcours qui est celui emprunté par Chapman pour arriver à son funeste objectif. On l’a compris alors : on entre dans un film où la question sera d’aborder les troubles qui hantent visiblement (et clairement) la tête de l’assassin. Un parti pris qui nécessite d’assurer le coup derrière.

Le personnage campé par Lindsay Lohan aurait pu créer un bon équilibre avec celui de Mark Chapman mais l'actrice ne livre pas une prestation époustouflante...

Le personnage campé par Lindsay Lohan aurait pu créer un bon équilibre avec celui de Mark Chapman mais l’actrice ne livre pas une prestation époustouflante…

Globalement, le défi est assez bien relevé. Grâce à une mise en scène que je trouve assez « bipolaire » (à défaut d’autres mots plus adéquats), Chapitre 27 réussit à faire douter le spectateur sur ce qu’il pense de Mark Chapman. Si les scènes où il se trouve seul et sa narration constante constituent un bon appui pour ne pas perdre pied et ne pas oublier qui il est, d’autres vont s’avérer plus terre-à-terre et proposer des échanges entre Chapman et d’autres personnages qui arrivent presque à nous faire croire que ce type n’est pas dérangé. C’est là que je trouve qu’il y a bipolarité dans la mise en scène. D’un côté, on a des séquences où Chapman nous apparaît complètement timbré et anxiogène, un sentiment renforcé par l’obscurité et par la narration (d’ailleurs, la VF assurée par Damien Witecka – la voix de DiCaprio – n’abîme en rien cette volonté). D’un autre côté, lors des séquences extérieures, où Chapman se trouve confronté à divers protagonistes, il arrive presque à sembler normal. S’il y a toujours un grain de folie dans sa pensée, il arrive à semer le doute. Le risque était alors de trop faire douter le spectateur justement et de lui faire croire que ce bonhomme rondouillard n’avait pas si mauvais fond. Heureusement, Schaefer ponctue toujours son film et son scénario d’éléments qui agissent comme une petite claque, histoire de réveiller la personne devant l’écran. Il oscille ainsi plus ou moins dangereusement pendant tout le film mais ne perd pas le fil. Le seul souci est alors de voir Chapitre 27 se scinder en deux avec des passages « clairs » et des passages « obscurs », le tout dans un rythme mécanique et qui perd assez son souffle. Avant la fin, j’avoue m’être un peu lassé. Cette façon de faire systémique cumulée au fait que l’on sait pertinemment comment cela va se finir a provoqué en moi une sorte d’impatience. En clair, j’en ai eu un peu marre d’attendre. J’ai aussi été quelque peu déçu par la pauvreté de la symbolique dans le film. Schaefer essaie pourtant de travailler sur cette question mais il n’approfondit jamais vraiment les choses. Par exemple, la référence constante à L’Attrape-Cœur n’est finalement pas aussi intéressante qu’elle aurait pu (et dû) l’être.

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Le caractère inéluctable de la fin nous est constamment rappelé et crée une sorte de mélange entre la frustration et l’impatience.

Fort heureusement, le tout reste porté par un Jared Leto encore une fois saisissant. Si je passerai sur la question de sa transformation physique pour le rôle (que je salue néanmoins), je préfère souligner la qualité de son jeu. Tout dans sa gestuelle, dans son visage et dans sa façon de regarder ses camarades de jeu permet de parachever la manière de transposer Chapman à l’écran. Un écran qu’il s’accapare tout entier. Vous me direz que c’est normal vu qu’on ne voit quasiment que lui mais, même lors de séquences où d’autres acteurs sont présents, il reste au-dessus, plus important et plus imposant. Il se crée une stature supérieure à celle des autres comédiens du film. Ainsi, que ce soit Lindsay Lohan, Judah Friedlander ou n’importe quel membre du casting, personne n’arrive à dépasser son statut de second rôle. Leto écrase tout le monde et c’est un régal. Dommage que les autres n’arrivent pas à livrer plus que le minimum syndical. On pourrait avoir un petit mot gentil pour Lindsay Lohan qui, finalement, n’est pas si mal que ça dans ce film, mais on ne saurait nier qu’elle pourrait faire bien mieux.

Chapitre 27 se présente donc comme une oeuvre ambitieuse mais qui n’arrive pas à aller au bout de ses objectifs. Si le scénario et la construction générale sont correctes malgré une mécanique trop cadrée, la symbolique esquissée n’est pas assez travaillée pour être réellement importante. Jared Leto sauve le tout.

Le « Oh, au fait ! » :
L’acteur qui incarne John Lennon est Mark Lindsay Chapman. Une ironie étonnante.

Chapitre 27 a fait, comme l’on pouvait s’y attendre, l’objet d’une vive polémique. Entre autres, un site internet (www.boycottchapter27.com) a été monté afin de faire circuler une pétition dont l’objectif était d’inciter les cinémas « à ne pas montrer le film, à stopper la glorification d’un meurtrier« . Yoko Ono et Sean Lennon ont également exprimé leur désapprobation.

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4 réflexions sur “Chapitre 27, Jarrett Schaefer, 2007

  1. Je trouve ça assez dingues les acteurs qui jouent beaucoup avec leur physique, ça donne des transformation tout même incroyable. Jared Leto est ici méconnaissable !

    • Il faudrait absolument que je regarde « Mr. Nobody » d’ailleurs, histoire de peaufiner sa filmo. Après je me ferai « Dallas Buyers Club ».

      • Il faut que j’arrive à chopper Dallas Bruyer Club en bluray, j’ai tellement envie de le voir aussi ! D:

  2. Pingback: Un jour, un album n°7 : The Beatles (White Album) – The Beatles | Dans mon Eucalyptus perché

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