Note de lecture n°9 – « Hyrule Historia », Eiji Aonuma (dir.)

En fan de The Legend of Zelda, j’ai longtemps attendu la sortie d’Hyrule Historia. Et quand ledit livre a enfin été disponible, j’ai longtemps attendu qu’il le soit dans un magasin proche de chez moi (je sais qu’il y a toujours internet mais j’aime les magasins). Finalement, ma patience ayant été mise à rude épreuve, j’ai fais l’acquisition de cet ouvrage à Paris, me disant qu’à ce train-là, il ne serait de toute façon jamais disponible par chez moi (il l’a été dès le lendemain…). Mais peu importe, l’essentiel est là : j’ai Hyrule Historia.

[Les scans présents dans cet article sont ceux de la version japonaise. Je tâcherai de les remplacer par des scans de mon exemplaire au plus tôt]

9782302030466_cgEcrit sous la direction d’Eiji Aonuma, producteur de la saga Zelda depuis que Shigeru Miyamoto lui en a confié les rênes mais depuis longtemps ancré dans cet univers (depuis Ocarina of Time en fait, sur lequel il supervisait la création des donjons), Hyrule Historia se veut être l’ouvrage qui marque le 25ème anniversaire de la saga (c’était en 2011). Et pour célébrer un tel anniversaire, quoi de mieux qu’une encyclopédie ? Car c’est bien sous cette dénomination que le livre se présente : Hyrule Historia – Encyclopédie de The Legend of Zelda. Et qui dit « encyclopédie » dit forcément masse de données à traiter. La question est alors à la fois simple et redoutablement complexe : que mettre dans le livre ? Et, lié à cela, quelle taille doit-il faire ? Doit-on en faire un pavé ? Un condensé ? Plusieurs volumes ? Cette dernière solution aurait certainement plu aux fans les plus hardcore mais reste tout de même tout ce qu’il y a de plus fantaisiste. A côté de cela, on ne peut pas envisager quelque chose de trop court. Quand on sait la densité de l’univers de Zelda, on ne peut pas envisager d’en laisser une partie de côté. Finalement, c’est à un bon pavé de 274 pages que nous avons droit. Le tout dans un format A4 qui laisse supposer une bonne dose d’informations sur chacune de ces pages. A priori, on en aura pour son argent. Demeure alors la question du contenu. Hyrule Historia propose plusieurs parties bien distinctes. La première – intitulée Au commencement de la légende… – Le Monde de Skyward Sword – revient essentiellement sur le développement du jeu Skyward Sword. Sorti sur Wii en 2011 également, il est le dernier Zelda sur console de salon en date. Vient ensuite une partie plus large et particulièrement attendue : L’Histoire d’Hyrule – La chronologie de la légende enfin dévoilée. Enfin ! C’est le mot. Depuis toujours (enfin surtout depuis que le nombre de jeux issus de cette licence a commencé à prendre de l’ampleur), les joueurs se sont posé la question de savoir s’il existait une chronologie qui permette de lier ces différents épisodes ou non. La saga a-t-elle un commencement et une fin ? Peut-on envisager de jouer à ces jeux non pas dans l’ordre chronologique de leurs sorties respectives mais dans celui des événements qu’ils racontent ? Nintendo vient enfin nous donner une réponse (qui en a surpris plus d’un). Enfin, la dernière partie – dont le titre est Aux sources de la créativité – Retour sur 25 ans d’illustrations – est un gros best of d’illustrations et d’artworks pour chaque jeu de la franchise. Ajoutez à cela une préface de Shigeru Miyamoto, un « mot de la fin » d’Aonuma et un manga d’Akira Himekawa et vous avez tout le contenu d’Hyrule Historia. Un menu alléchant, non ? Sans compter que le livre est très beau. Sa couverture joue sur les reliefs et offre un résultat du plus bel effet avec ses dorures. Quant aux pages, elles sont imprimées sur un papier glacé d’excellente qualité et donnant l’effet d’un vieux papier (notons d’ailleurs que l’effet en question n’est pas le même selon les parties que vous parcourez).

Une double-page nous permet de (re)découvrir l'évolution du design de Link depuis ses débuts

Une double-page nous permet de (re)découvrir l’évolution du design de Link depuis ses débuts

L’avantage d’une encyclopédie, c’est que vous pouvez toujours la lire dans l’ordre que vous voulez. Sans ça, je crois que j’aurais été un peu déçu de voir celle-ci s’ouvrir sur Skyward Sword. Cette première partie ne manque certainement pas d’intérêt mais, en fan et à l’occasion des 25 ans de la série, il m’aurait semblé plus « légitime » de commencer par l’historique de celle-ci. Avec la chronologique sans doute. Mais bon, Hyrule Historia accompagne la sortie de Skyward Sword et il n’est pas non plus illogique de commencer par une partie consacrée à ce dernier-né d’alors. D’autant qu’on apprendra par la suite que ce jeu est censé se placer en première position sur la frise chronologique de la légende de Zelda. Ce premier volet de l’encyclopédie est divisé en 9 petits chapitres, chacun revenant sur un point fort de l’univers de Skyward Sword : Célesbourg, le Vallon du Sceau, le volcan d’Ordinn, les créatures terrestres, etc. En fait, plus qu’elle ne développe l’univers du jeu en nous apportant des détails sur l’avant et l’après, cette ouverture nous offre une très large palette d’artworks tout simplement somptueux. On a toujours dit que le travail graphique derrière un Zelda demandait beaucoup de talent et la preuve est là. Des célestriers à l’Avatar du Néant en passant par les villageois de Célesbourg, les Gorons ou encore les décors, nous découvrons les ébauches de ce qui a donné par la suite le monde de Skyward Sword. Si la beauté de ces dessins est déjà des plus agréables pour nos mirettes, on appréciera également de découvrir les étapes qui ont jalonné ce parcours de recherche. Ainsi, au fil des pages, nous voyons que Link aurait pu paraître plus vieux qu’il ne l’est finalement, que le moindre petit détail est calculé de façon à entrer dans un cadre de références fortes et surtout que Rome ne s’est pas faite en un jour. On a notamment le plaisir de voir toute une galerie de personnages et de designs qui n’ont au final pas été utilisés mais qui témoignent de la créativité des équipes derrière le jeu. Fay par exemple est ici déclinée sous 11 propositions différentes, dont certaines n’ont presque rien à voir avec son rendu actuel. Il en est de même pour Girahim ou Impa, entre autres. Il est amusant aussi de voir que les propositions faites ne sont pas toujours aussi sages que ce que l’on a l’habitude de voir chez Nintendo. Un travesti a même été proposé en page 28. Finalement, cette première partie est avant tout un régal pour les yeux accompagné de quelques informations concernant le développement des personnages et des lieux de l’histoire de Skyward Sword. On en fait le tour assez vite.

Créer le style d'une princesse, ça ne se fait pas en claquant des doigts

Créer le style d’une princesse, ça ne se fait pas en claquant des doigts

La deuxième partie est en revanche celle qui accaparera le plus notre attention. Cela faisait quelques années que l’on s’interrogeait sur la chronologie de la série et Miyamoto en particulier avait bien pris l’habitude de nous dire qu’il n’y avait rien de cela dans ses jeux, avançant même parfois que chaque épisode de la série n’était qu’une réinterprétation d’une seul et même légende. Si cela rappelle la tradition de la transmission orale des histoires au Moyen-Age – ce qui provoquait pas mal de changements dans celles-ci au fur et à mesure qu’on les racontait – on ne peut nier que ça ne satisfaisait pas les fans. D’autant que l’on savait pertinemment que certains épisodes comme Ocarina of Time et Majora’s Mask étaient bel et bien liés chronologiquement. Nintendo choisit donc de mettre un terme à toutes ces spéculations en donnant sa version officielle de la chose. On remarquera d’ailleurs que Big N se couvre bien en insistant sur le fait que « l’interprétation de l’histoire d’Hyrule évolue constamment selon les époques et les témoins. En fonction des témoignages, des contradictions sur les origines de certains faits peuvent donc apparaître« . Voilà qui répond aux joueurs qui ont souligné le fait que The Minish Cap aurait dû se situer avant Skyward Sword (entre autres). L’auteur de ces lignes met aussi en garde le lecteur sur les modifications qui pourront subvenir par la suite. Après tout, nous devons déjà ajouter à cette frise l’épisode 3DS A Link Between Worlds (qui doit se situer entre A Link to the Past et le diptyque Oracle of Ages/Oracle of Seasons). Mais le but ici n’est pas de parler de cette chronologie, dont je note cependant la complexité (le temps suit trois lignes différentes à partir d’Ocarina of Time). Non, je soulignerai seulement le travail réalisé pour donner de la cohérence à toute cette légende. Si cette chronologie permet de situer les épisodes les uns par rapport aux autres, elle permet aussi de consolider cet univers en créant des liens, des passerelles, des références fortes entre les jeux. Ainsi, des éléments tirés de Skyward Sword trouveront leur résonance dans Ocarina of Time et ainsi de suite. Cette grosse partie revient donc sur la temporalité dans les Zelda mais apporte également diverses informations plus générales sur les créatures, les peuples et même l’écriture dans la série. Deux alphabets sont notamment proposés (l’un permettant de déchiffrer les mots dans Ocarina of Time, l’autre ceux de The Wind Waker). Et si l’on note finalement quelques incohérences, on ne peut s’empêcher de voir que tout ceci fait sens et s’articule très bien.

On aurait presque tendance à lire cette chronologie comme une longue histoire d'heroic fantasy

On aurait presque tendance à lire cette chronologie comme une longue histoire d’heroic fantasy

La troisième partie ensuite propose une large série d’illustrations reprises depuis les premiers jours de la licence. Link, Zelda, Ganondorf, les PNJ, les créatures, les ennemis, les trains de Spirit Tracks… Tout est là, aucun jeu ne manque à l’appel. Tous ces dessins, dont certains sont ahurissants, sont accompagnés de légendes et de commentaires bienvenus pour qui veut voir le cheminement créatif qui s’effectue en amont de la livraison d’un nouveau Zelda. On apprécie de voir que certaines choses sont travaillées jusque dans les plus petits détails, même ceux que vous ne remarquerez jamais. Je ne m’attarderai pas plus sur ce point, c’est un chapitre qu’il faut voir, et non commenter. L’ouvrage se conclue alors par le manga réalisé par Akira Himekawa, à qui l’on doit déjà les adaptations en manga de huit épisodes de la saga dont Ocarina of TimeMajora’s MaskA Link to the Past… Ce manga-ci sert de préquelle à Skyward Sword et nous présente un tout jeune Link qui rêve de devenir chevalier et de chevaucher son propre Célestrier (il s’agit donc du même Link que dans le jeu mentionné ci-avant). Mais surtout, La Génèse de la Légende (car c’est le titre de ce manga, j’oubliais de le préciser) nous raconte la guerre qui a opposé les peuples de la Terre aux armées du Roi Démon, conflit qui a conduit la déesse Hylia à arracher un fragment de la Terre pour l’envoyer dans le ciel (cette île aérienne deviendra Célesbourg). On y découvre également l’implication d’un autre héros Link dans le combat. Mais je ne vous en dis pas plus.

Cette double-page est consacrée à la recherche du design du Link présent dans Twilight Princess

Cette double-page est consacrée à la recherche du design du Link présent dans Twilight Princess

Hyrule Historia est donc selon moi un bouquin qui vaut qu’on se l’achète. Enfin si on est fan de Zelda, évidemment. Sans ça, vous ne trouverez pas forcément grand intérêt à parcourir ces pages. En effet, cette encyclopédie est avant tout destinée aux fans, à ceux qui suivent le plus assidûment la série. Pas vraiment un ouvrage grand public (bien qu’accessible malgré tout). Sa conception et sa réalisation sont parfaites, le livre est très beau, très agréable à lire. On note quelques incohérences, coquilles et imperfections, on regrette un peu que les artworks constituent une dimension aussi importante de l’ouvrage… Mais on se laisse séduire sans aucune résistance. Hyrule Historia est sans aucun doute un ouvrage de référence à placer obligatoirement dans la bibliothèque des fans de Zelda, à recommander chaudement aux gamers en général (histoire de parfaire sa culture G du média) et à conseiller aux novices en quête de savoir.

Hyrule Historia, Eiji Aonuma (dir.), Editions Soleil, 2011, 34,99€

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4 réflexions sur “Note de lecture n°9 – « Hyrule Historia », Eiji Aonuma (dir.)

  1. J’ai bien aimé l’ouvrage comme un bel objet de collection, mais pour le contenu, je suis resté un peu sur ma faim… Je dois être assez exigeant là-dessus, j’avais beaucoup apprécié le IG mag HS sur la saga Zelda, que j’ai trouvé mieux documenté pour le coup .

    • C’est pour ça que je pense qu’on le recommandera avant tout aux fans, histoire de parfaire la collection. Les joueurs autres et le grand public n’y trouveront pas forcément le même intérêt. Après, ça reste un très bel objet comme tu dis.

  2. Et bien avec cette article, tu m’as convaincu.
    Je lorgnais de son côté depuis un bon moment sans avoir vraiment avoir eu le courage de l’acheter, hésitant entre plusieurs autres, notamment ceux des éditions Pix’n’Love.
    Mais avec ce superbe article, je dois dire qu’il ne tardera plus à rejoindre ma bibliothèque. Malgré que tu soulignes qu’il contienne énorméments d’artworks, ceux-ci semblent assez beaux pour s’y intéresser.

    • J’hésitais entre celui-ci et le livre Zelda édité par Pix’n’Love justement mais « Hyrule Historia ». N’arrivant pas à me décider, j’ai surtout penché pour le plus joli. :3

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