Note de lecture n°8 – « Django Unchained », Quentin Tarantino, R.M. Guéra & Jason Latour

« Ce qui est vraiment cool dans la version comic book de Django Unchained, c’est qu’elle reprend le script dans son intégralité. Alors, si certains chapitres ont dû disparaître dans le film, vous les retrouverez tous ici. Ce comic book reflète littéralement la toute première version de mon script. J’espère que vous apprécierez l’effort. » C’est sur ces quelques mots que Quentin Tarantino termine l’avant-propos qui introduit ce comic. Un avant-propos dont le contenu ne peut que ravir et enthousiasmer celui qui aura vu et aimé le film Django Unchained. Comprenez, quand on vous dit qu’en gros, ce bouquin est une version longue de ce western de Q.T., vous ne pouvez qu’avoir hâte de le lire.

couv django

Avant toute chose, rendons à César ce qui est à César. Car si les noms de Tarantino, de R.M. Guéra (dessinateur) et enfin de Jason Latour (dessinateur également) ornent la couverture de ce livre, il ne faut pas pour autant oublier que d’autres noms s’ajoutent à la liste de ceux qui ont travaillé sur celui-ci : Reginald Hudlin à l’adaptation, les dessinateurs Denys Cowan et Danijel Zezelj, John Floyd à l’encrage et enfin Giulia Brusco et Jose Villarubia à la couleur. Ce sont donc pas moins de neuf personnes qui se sont attelées à la lourde tâche de transposer le script original de Quentin Tarantino dans un format comic book. Mais revenons-en aux principaux architectes de ce travail (hormis Tarantino, que tout le monde connaît pour ses films : Kill Bill 1 et 2Pulp FictionReservoir DogsInglourious Basterds…). R.M. Guéra tout d’abord connaît bien le monde du western. En effet, c’est avec la série de bande-dessinée Elmer Jones qu’il débute sa carrière en 1982, une série largement empreinte du style de Sergio Leone, maestro du western spaghetti. Dans ses œuvres récentes, on citera la série Scalped (publiée en France chez Urban Comics, tout comme Django Unchained) ou la série SF Le Lièvre de Mars (chez Glénat cette fois-ci). Jason Latour a quant à lui touché aux super-héros avec plusieurs volumes de Wolverine et de Captain America et au polar/thriller avec Scalped (le même que ci-dessus). Avec Django Unchained, il fait sa première incursion dans le monde du western. Mais il y a une chose dont on peut être sûrs déjà : le potentiel de qualité de l’ouvrage. Avec un scénario signé Tarantino et deux dessinateurs principaux largement chevronnés, il n’y a pas de risque majeur d’échec. Bien au contraire Django Unchained a toutes les chances d’être une réussite.

En entamant Django Unchained, et dès la première case, on pense irrémédiablement à la musique qui ouvre le film

En entamant Django Unchained, et dès la première case, on pense irrémédiablement à la musique qui ouvre le film

Oh et puis on ne va pas y aller par quatre chemins : c’est une réussite. Tant le scénario que le dessin, tout m’ a plu dans ce bouquin. Mais prenons quand même le temps de faire les choses dans l’ordre. Dans son avant-propos, Q.T. précisait qu’il s’agissait ici de la version intégrale de son scénario. En fait, je crois qu’il vaut mieux l’espère d’autocollant blanc posé sur la couverture et qui mentionne la chose suivante : « Le script original de Quentin Tarantino« . Car en disant qu’il s’agit du script intégral, le lecteur qui comme moi a vu le film et s’apprête à entamer cette lecture pourrait s’attendre à y retrouver TOUS les événements qui se produisent dans le long métrage. Or, sans vous spoiler, ce n’est pas exactement le cas, en particulier à la fin. Non, je pense que parler de script original intégral serait plus juste. Mais l’essentiel est ailleurs. Pour tout dire, il réside avant tout dans le plaisir que l’on a à (re)trouver cette histoire de Django parti secourir la belle Broomhilda avec, à ses côtés, le Dr. King Schultz. Ce récit était des plus délectables dans le film et, en comic, il l’est tout autant. Sachant qu’il va en plus intégrer des passages inédits, on ne peut qu’apprécier. Surtout que lesdits passages ne sont pas mauvais, loin s’en faut, même si je reconnais que certains sont un peu anecdotiques. C’est le cas notamment (sans trop en dire encore une fois) d’une séquence durant laquelle Django et Schultz s’attaquent au gang d’Edwin Porter. En revanche, on aura plaisir à lire tout le passage qui nous apprend ce qu’il est advenu de Broomhilda entre le moment où elle a été vendue et séparée de Django et celui ou elle s’est retrouvée à Candyland. Enfin, il y a d’autres différences à noter par rapport au film. Ainsi, tout un passage particulièrement violent à Candyland disparaît tandis que la fin ne se déroule pas exactement de la même manière. Fort heureusement, cela ne nuit pas réellement au récit et ce dernier demeure intact. On arrivera finalement au bout des sept chapitres répartis sur 258 pages rassasié et bien content d’avoir pu redécouvrir cette histoire.

La scène où Django retrouve et s'occupe des frères Brittle est tout aussi bien fichue dans le livre que dans le film

La scène où Django retrouve et s’occupe des frères Brittle est tout aussi bien fichue dans le livre que dans le film

En ce qui concerne le dessin, les différents illustrateurs mobilisés pour ce travail se sont répartis les sept chapitres comme suit :

  • 1 : R.M. Guéra et Jason Latour
  • 2 : R.M. Guéra et Jason Latour
  • 3 : Denys Cowan et Jason Latour
  • 4 : Jason Latour et  R.M. Guéra
  • 5 : Danijel Zezelj
  • 6 : Denys Cowan
  • 7 : R.M. Guéra

Au final, je crois avoir une préférence pour le style de R.M. Guéra (je regrette d’ailleurs de ne pas avoir pris le temps d’aller le rencontrer lors du dernier Festival de la BD d’Angoulême, où il venait justement présenter Django Unchained…). Sans être trop réaliste, son dessin garde une certaine forme d’ancrage dans la réalité en usant de traits fins pour dessiner des personnages parfois grossiers (regardez un peu la tête des frangins Brittle). De plus, je trouve que son style se marie très bien avec la violence inhérente au scénario de Tarantino. Il compose ses planches de manière à garder intacte la tension des scènes concernées et permet ainsi au lecteur de suivre tout ceci sans rien lâcher. Le dessin de Denys Cowan quant à lui se veut à mon sens plus travaillé dans une volonté de respecter l’univers des westerns. Le style qu’il applique notamment au chapitre 6 n’est pas sans faire penser à un bon vieux film avec Eastwood dans le rôle principal. Tout en reprenant les bases posées par Guéra et Latour, il s’approprie les différents personnages et retravaille leurs visages afin d’en faire de vraies gueules. Plus inégales enfin, les illustrations de Danijel Zezelj m’ont moin plues. Si je ne nie pas la qualité graphique de certaines cases, je suis quand même un peu déçu par la façon dont il dessine les personnages. Son travail à ce niveau me semble encore une fois assez inégal et s’il arrive à réaliser de très belles choses, certaines cases seront un peu moins plaisantes.

Tel est donc l’avis que je me suis fait de Djano Unchained. En même temps, il n’avait pas grand-chose à faire pour convaincre, conquis comme je l’étais déjà par la version cinéma originale du livre. Ce dernier demeure néanmoins un ouvrage hautement recommandable, tant pour les fans que pour les néophytes qui n’ont pas vu le film. Les premiers y trouveront le plaisir de se plonger à nouveau dans cette histoire tout en la redécouvrant grâce à quelques menus changements. Les seconds auront quant à eux l’occasion de se rendre compte qu’ils sont passés à côté de quelque chose et auront alors tout le loisir de se procurer le long métrage. Admirablement servi par un groupe d’illustrateurs de talent, Django Unchained ne souffre selon moi d’aucune véritable faiblesse. Il faut le lire voilà tout.

Django Unchained, Quentin Tarantino, R.M. Guéra et Jason Latour, Urban Comics, 258 pages (22,50€).

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