Note de lecture n°7 – « Captain America – Les Elus », David Morrell & Mitch Breitweiser

C’est pour l’anniversaire de mon frangin que j’ai acheté Les Elus, une aventure pas comme les autres de Captain America. Une fois que ledit frangin a terminé sa lecture, ce fut à mon tour de me plonger dans cette histoire écrite par David Morrell et illustrée par Mitch Breitweiser. Rapidement, Les Elus raconte l’histoire d’un Captain America au crépuscule de sa vie et qui se cherche un remplaçant. Originellement publié en 6 épisodes d’Octobre 2007 à Mars 2008, le récit se trouve ici édité en un volume unique par Panini Comics. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre quand je l’ai acheté et, maintenant que je l’ai terminé, je ne sais pas trop quoi en penser.

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Pour ceux qui s’interrogent éventuellement, Captain America – Les Elus s’inscrit dans une série d’ouvrage publiés par Marvel et intitulée The End (La Fin, tout simplement). Cette série, hors-continuité de l’univers général de l’éditeur, propose aux lecteurs une expérience intéressante : imaginer ce que pourrait être la fin de tel ou tel super-héros. Ainsi, Hulk, Wolverine, les Quatre Fantastiques ou encore Daredevil et Spider-Man seront mis en scène dans diverses histoires non retenues dans la timeline officielle de Marvel et qui nous narreront leurs possibles fins respectives. Attention donc, il ne s’agit pas de la fin officielle desdits super-héros mais d’une possibilité. Un peu comme si on s’était posé la question « Et si…? ». Je préfère préciser cet élément car, quand on connaît un peu l’univers global de Marvel et la destinée de ses principaux héros mais que l’on ignore l’existence de cette série, on peut être un peu décontenancé par la teneur de ces différents volumes. Je l’ai été au début. Mais une fois ce parti pris entendu et accepté, il n’y a plus qu’à dévorer ces ouvrages. Celui-ci est scénarisé par David Morrell, un nom qui vous dira peut-être quelque chose si vous savez qu’à l’origine, Rambo est un roman éponyme (le titre en VO est First Blood, comme pour le film). David Morrell est en effet l’auteur qui a donné naissance au personnage de John Rambo dans ce roman de 1972. Il s’exerce ici pour la toute première fois à la rédaction d’un scénario de comics et il est intéressant au prime abord de voir ce qu’il peut apporter à Captain America. A ses côtés, Mitch Breitweiser se charge de l’illustration de l’album. Le dessinateur a déjà œuvré pour le compte du Captain, que ce soit dans le cadre de la série régulière d’Ed Brubaker ou pour quelques mini-séries comme Captain America – Théâtre de Guerre ou Captain America – Patriote. A noter que Breitweiser, s’il a passé quasi 100 % de sa carrière chez Marvel, reste un illustrateur reconnu et particulièrement apprécié par les éditeurs américains qui aiment le charger de leurs couvertures.  Ce sont donc deux hommes qui forment un duo a priori intéressant qui se retrouvent ici : l’un peut apporter une dimension particulière à cette aventure (rappelez vous du fond de Rambo, premier du nom) tandis que le second connaît déjà bien le héros et saura par conséquent lui donner corps comme on l’espère.

Le fond de guerre en Afghanistan associé à la dureté du texte de Morrell confère à ce comic une ambiance particulière

Le fond de guerre en Afghanistan associé à la dureté du texte de Morrell confère à ce comic une ambiance particulière

Ayant pris connaissance du contexte dans lequel s’inscrit ce récit (du point de vue éditorial j’entends) et de ceux qui l’ont écrit et illustré, j’entame le livre avec un certain enthousiasme. Et puis, au fur et à mesure que j’avance, je m’interroge. Pour deux raisons. La première c’est que je ne sais pas ce que je pense de ce livre. La deuxième…eh bien la deuxième c’est tout simplement parce que ce comic me pousse à m’interroger. En fait, par ce qu’il raconte, Les Elus amène le lecteur à se questionner sur la figure même de Captain America. Qu’est-ce que Captain America ? Un homme, Steve Rogers ? Un héros ? Un symbole ? Il n’est pas ici question de voir comment le Captain va s’en sortir face à une nouvelle menace mais bien de réaliser ce qu’il représente pour nous tous. Aussi, je crois que cela joue sur la teneur du scénario. S’il y a de l’action, elle reste assez ponctuelle et sert avant tout à redonner un coup de fouet à l’ensemble de l’histoire, à lui donner un nouveau souffle quand elle commence à s’étirer. Ce n’est pas là-dessus qu’a misé Morrell en rédigeant ce scénario mais plutôt sur cette réflexion, cette introspection que je décris plus haut. La question que pose l’auteur est simple : Captain America va disparaître, quel héritage laisse-t-il derrière lui ? A partir de cette interrogation (dont la réponse n’est pas si aisée à donner), David Morrell développe une histoire qui se réponse finalement essentiellement sur le rapport qui se construit sous nos yeux entre le Captain et le caporal James Newman, soldat en Afghanistan. C’est à travers cette relation que Morrell amène le lecteur sur son terrain et dans cette réflexion sur la place de Captain America dans l’inconscient collectif. Et si cette idée est loin d’être inintéressante, il n’en demeure pas moins que j’ai trouvé qu’elle conférait à cette aventure une côté un peu trop…contemplatif je dirais. L’action, comme je l’évoquais, est loin d’être constante. Les Elus s’attache finalement à s’orienter principalement sur un échange entre Captain America et le caporal Newman, ce qui fait que les dialogues vont être bien plus importants que n’importe quoi d’autre dans ce récit. Ainsi, je ne recommande pas cet ouvrage aux lecteurs qui cherchent à suivre le Captain dans une aventure effrénée. En revanche, pour ceux qui veulent une belle réflexion et, finalement, une belle synthèse de toute l’ampleur du personnage, Les Elus est hautement recommandable. En revanche, je dois dire que la VF m’a exaspéré. Je ne sais si ça vient directement de la VO ou si c’est le traducteur qui s’est fait plaisir mais les raccourcis de négation systématique dans les dialogues, c’est insupportable. A l’oral, ça passe tout seul mais à l’écrit les « je sais pas« , « s’il était pas là » et autres « abandonne pas » ne sont bons que lorsqu’ils sont rares (ou sur Twitter, question de caractères). Ici c’est tout le temps comme ça. Il n’y a pas de « ne« , de « n’ » et autres signes de négation. La grammaire est malmenée, le lecteur aussi.

Le dessin de Mitch Breitweiser se pose dans le prolongement de la symbolique du Captain que développe David Morrell

Le dessin de Mitch Breitweiser se pose dans le prolongement de la symbolique du Captain que développe David Morrell

Enfin, en ce qui concerne le dessin je n’ai rien à redire. Mitch Breitweiser apporte un style très réaliste à ces planches qui est tout à fait appréciable et parfaitement raccord avec le propos. On n’est pas ici dans une aventure de super-héros classique encore une fois mais plutôt dans une plongée dans les pensées d’un militaire (presque) lambda en plein Afghanistan. Ce dessin va à mon sens parfaitement avec le récit et avec la dureté des dialogues qu’a écrit David Morrell. Le tout se forme alors en un ensemble très cohérent.

Captain America – Les Elus se pose donc comme une oeuvre à part dans la bibliographie du Captain. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle se pose des questions existentielles mais on en est pas loin. Au lieu de nous emmener dans une action débordante, le duo Morrell/Breitweiser préfère nous conduire à nous interroger sur la place qu’occupe Steve Rogers dans le monde des super-héros. Saisissante, cette histoire ne conviendra probablement pas aux amateurs d’action super-héroïque classique mais ravira certainement les fans, qui sont sans doute ceux auxquels on recommandera le plus cet ouvrage. Pour les néophytes, cela permettra néanmoins de saisir toute l’importance de Captain America.

Captain America – Les Elus, David Morrell & Mitch Breitweiser, Panini Comics, 143 pages (14,20€).

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