Kalos : la France « carte postale » – La géo dans Pokémon, vol. 2

[A l’image du volume 1, cet article était initialement publié par mes soins sur Gameblog]

Vu que mon premier article de ce type parlait de la géographie des régions de Kanto et Johto (première et deuxième générations de Pokémon donc), on pouvait s’attendre à ce que je parle cette fois-ci d’Hoenn pour mieux ensuite me diriger vers Sinnoh et enfin Unys. Kalos serait donc arrivée dans un dernier temps. Mais après réflexion, j’ai choisi de parler de la région des versions X et Y dès maintenant. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, j’avais beau me remuer les méninges et faire un grand saut dans le temps pour rafraîchir mes souvenirs de fac, je ne savais pas quoi dire sur Hoenn, Sinnoh ou Unys. Ou plutôt, je ne savais pas quoi dire d’autre, quelles nouveautés je pourrais apporter par rapport à ce que j’ai déjà dit concernant Kanto et Johto. Oh, bien sûr, ces régions ont toutes leurs spécificités (quoique…) mais dans l’ensemble, ça se rejoint tellement sur le fond et la forme que j’aurais craint de tourner en rond. Ensuite, j’avais envie de faire une sorte de synthèse de tout ce qu’on a pu lire et qu’on lit encore sur partout et ailleurs concernant Kalos et son rapport à la France. Et j’avais envie de faire cela tant qu’on en parle encore.

Bref, après ces petites explications, je vous propose de commencer. Avant toute chose, sachez que cet article présentera des similitudes de forme et de fond par rapport à ce que je vais désormais appeler le volume 1 de cette série d’articles. Après, tout la question principale reste la même : qu’est-ce qui fait ou non de Kalos une représentation judicieuse de la France ? Néanmoins, je vais élargir le spectre d’analyse. Là où je me bornais grosso modo à une analyse géographique stricte et orientée autour des questions de géographie physique et d’aménagements en ce qui concerne Kanto et Johto, je vais ici chercher à intégrer d’autres données, d’autres dimensions qui peuvent tout autant être saisies et développées dans une véritable analyse géographique. Il y aura donc des questions de paysages et d’aménagement mais je vous parlerai aussi d’éléments architecturaux, culturels, toponymiques, etc. Et, sur la base des différents points que je m’apprête à aborder ici, je tâcherai de vous montrer en quoi Kalos est une représentation de la France digne d’une carte postale, comme le sous-entend le titre de cet article.

Je ne parlerai donc pas uniquement de routes, de reliefs, de forêts et de villes pour ce volume 2. J’essaierai d’apporter un regard sur la façon dont nous les Français et notre pays sommes perçus par Game Freak (et peut-être de manière plus large par les Japonais). On y va ?

Présentation générale de Kalos

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Kalos dans toute sa splendeur

A la différence ce que j’ai fait donc mon précédent article, je vais ici revenir directement sur les questions de présentation générale et de géographie physique, plutôt que de séparer ces deux éléments en paragraphes distincts.

Kalos reprend pour l’essentiel tout ce qui caractérise chacune des régions traversées dans les différentes versions de Pokémon. Des villes, des montagnes, des grottes, un littoral… Tous les ingrédients sont repris et réaménagés pour donner de nouveaux lieux. Les villes d’abord sont au nombre de seize cette fois-ci :

Bourg Croquis, Quarellis, Neuvartault, Illumis, Fort Vanitas, Roche sur Gliffe, Relifac le Haut, Cromlac’h, Yantreizh, Port Tempères, Romant sous Bois, La Frescale, Flusselles, Mozheim, Auffrac les Congères et enfin Batisques.

Toutes ces villes présentent des caractères propres et contribue à une multiplication d’identités fortes pour chacun de ces lieux. Je reviendrai sur cette question un peu plus tard. Pour le moment, continuons l’exploration de surface de Kalos. A l’instar de ses lointaines cousines Kanto et Johto, cette région se présente d’une manière qui rappelle encore largement nos standards occidentaux et, à juste titre cette fois-ci, la France. La coexistence du rural et de l’urbain se fait encore sentir malgré le caractère conséquent de certaines zones urbanisées (on pensera immédiatement à Illumis en évoquant cela). Cela colle avec ce que nous voyons au quotidien (pour ceux d’entre nous qui sont Français). Regardez autour de vous et vous verrez que, même si la ville est là, le rural n’est jamais loin, Paris faisant figure d’exception étant donné la surface qu’elle occupe. Il est vrai que les zones d’habitations grignotent toujours plus de morceaux de campagne via le phénomène de la périurbanisation mais nos immensités vertes et boisées tiennent toujours le coup. Cela s’observe dans Kalos, où les espaces les moins urbanisés sont tout de même ponctués de quelques points anthropisés. On reconnaîtra tout de même que tout cela se fait dans une moindre mesure que la conquête périurbaine à laquelle on assiste encore aujourd’hui chez nous.

La Route 3, dégagée de tout aménagement, et la ville au loin

La Route 3, dégagée de tout aménagement, et la ville au loin

Ensuite, Kalos présente différentes grandes caractéristiques naturelles. On notera tout d’abord le relief omniprésent sur ce territoire. Si l’on compte en gros, cela nous fait trois massifs principaux : l’un à l’Ouest, le deuxième à l’Est (celui qui mène à la Ligue Pokémon) et le dernier au niveau de la Caverne Gelée. Finalement, la majeure partie de la région est constellée de monts plus ou moins hauts et de formations tectoniques (rien à voir avec cette « danse » qui en aura agacé plus d’un, je parle ici du résultat de la tectonique des plaques évidemment) et seul le cœur du territoire s’en retrouve exempt. Ainsi, les zones situées au Sud et au Sud-Est d’Illumis offrent davantage un paysage de plaine.

Autres caractéristiques physiques à noter, la présence d’une steppe au Nord-Ouest d’Illumis ainsi que d’un marais au Sud de Romant-sous-Bois. Dans le premier cas, la steppe n’est pas sans rappeler le désert de l’Arizona, aux Etats-Unis. La végétation basse et sèche, seule à pouvoir se développer dans un contexte aussi rude, finit de convaincre de cette ressemblance. Le marais quant à lui reprend les principaux traits de ce type d’espace : végétation recouvrant une surface d’eau stagnante, sol herbeux…Enfin, il convient de noter, au contraire de ce que l’on observait pour Kanto et Johto, une très forte présence de cours d’eau. En effet, on distingue à Kalos quatre fleuves alimentés par un peu moins d’une quinzaine de cours d’eau.

La steppe de Kalos, où se trouve la centrale

La steppe de Kalos, où se trouve la centrale

En ce qui concerne les infrastructures que l’on va trouver dans Kalos, on va distinguer deux éléments fondateurs : le monorail de Port-Tempères et enfin le réseau ferré qui semble principalement concerner l’Est de Kalos. On va en effet surtout observer la présence de celui-ci à Illumis, à Batisques et enfin à Mozheim. Au sujet de Mozheim, il est intéressant de voir que la ligne entre dans la montagne sans que l’on sache réellement où elle va après. Si l’on se réfère à ce qui se dit sur internet, certains envisagent d’ores et déjà un nouveau lieu voire une nouvelle région pour la version Z (ou ce qui fera office de suite à X/Y) tandis que d’autres y voient une liaison avec Unys, où le train occupait une place importante (référence à l’incroyable place prise par le chemin de fer dans l’Histoire de la conquête des Etats-Unis). Dans tous les cas, le train reste un élément fort une fois de plus. C’est devenu une habitude depuis les versions O/A/C mais un petit truc en plus ajoute à la référence à la France cette fois-ci puisque ce fameux train est ici nommé TMV. A une lettre près, on prenait le TGV. Hormis ces deux éléments, on ne retrouve pas plus de choses en matière d’équipements de transport dans Kalos. De manière plus large, les infrastructures en général ne sont pas beaucoup plus présentes que dans les versions précédentes de Pokémon et l’on se limitera à ce que l’on trouvait déjà (quelques monuments, divers services isolés…). On notera tout de même la présence d’un skate park sur la Route 5, qui n’est finalement là que pour accompagner l’introduction des rollers dans la série.

La question de la centrale, devenue un incontournable de Pokémon, reste à soulever. On se rappelle tous de la tête qu’avait ce lieu dans les toutes premières versions sorties sur Game Boy. Les studios Game Freak ont apporté au cours des années un traitement tout particulier aux centrales des différentes régions, allant de l’immonde/dangereux à l’écologique. Kalos s’affiche alors comme un pas de plus vers une énergie propre et visiblement responsable. Sa centrale n’a plus rien à voir avec ce que l’on observait autrefois et elle se tourne définitivement vers une vision plus éco-responsable de la production et de la gestion de l’électricitéL’énergie solaire est particulièrement mise en avant avec les panneaux solaires placés dans l’espace pour alimenter la région de Kalos via la réverbération des rayons vers la centrale. La géothermie est également mise à profit, ce que l’on peut voir à travers la présence de grands équipements enfoncés dans la croûte terrestre pour aller rechercher la chaleur de cette dernière en sous-sol. Enfin, l’éolien revient après avoir été développé dès les versions Diamant/Perle. Les éoliennes font désormais partie intégrante du paysage des régions imaginées par les développeurs.

Vue d'ensemble de la centrale sur la carte de Kalos

Vue d’ensemble de la centrale sur la carte de Kalos

Voici donc grosso modo ce que l’on peut trouver à Kalos. Cette région mérite donc bien son nom grâce à cette multiplicité de paysages qui lui confère une beauté certaine. Pour info, « kalos » signifie « beau » en grec. Ceci étant dit, je vais maintenant passer à la phase qui nous intéresse le plus, à savoir la comparaison avec la France, source d’inspiration de cette nouvelle région. Je ferai cela en deux temps. En premier lieu, je comparerai les points évoqués ci-dessus avec ce que l’on observe réellement dans l’Hexagone. Ensuite, je développerai un autre pan de la géographie qui me conduira à déceler dans Kalos tout ce qui rappelle la France au-delà des simples considérations physiques ou d’aménagement. Car la géographie ne se limite pas à une observation simple des faits, il s’agit aussi de voir comment un territoire se construit dans son identité. Cela passe par la manière dont on va représenter ses habitants, son architecture, par la mise en avant de certains traits particulièrement forts qui contribue à cette identité. Au final, cela permettra comme je le disais en début d’article de voir comment la France est perçue au-delà de nos frontières.

Kalos/France : des sœurs jumelles ?

Sur un certain nombre de points, Kalos et la France sont quasiment identiques. La ressemblance se fait déjà d’une manière plutôt discrète. Souvenez-vous du surnom sur la France doit à ses contours : l’Hexagone. Game Freak y a pensé et voyez ce que ça donne ici. « Mais évidemment que ça fait un hexagone, c’est la France ! » me direz-vous. Ce à quoi je répondrais que oui, c’est la France, et que non, pas « évidemment ». La France est un hexagone, soit, mais si on regarde Kalos et qu’on superpose la chose à la carte de notre bon vieux pays (comme cela a été fait ici), on voit qu’il ne s’agit d’un calquage que sur la France septentrionale (la moitié Nord quoi). L’hexagone n’était donc absolument pas une obligation et on ne peut qu’en déduire que la référence se fait déjà à travers ce choix d’en constituer un nouveau juste avec la moitié de la France. Bon, évidemment, il ne faut pas avoir fait l’ENA et aller chercher cette géométrie pour voir que Kalos et la France sont grandement semblables. Il suffit de regarder le trait de côte. Là où celui de Kanto et Johto était ressemblant mais malgré tout différent, le littoral de Kalos correspond beaucoup plus à celui de la France. On y retrouve toutes les formes de nos côtes, jusque dans les caps, baies et rias du Finistère. Voyez plutôt :

Il y a comme un air, non ?

Il y a comme un air, non ?

Mais s’il n’y avait que ça, ce ne serait pas grand chose finalement. Non, il faut aussi que l’on retrouve le Cotentin, la Seine, la Loire, l’estuaire de la Gironde (à peu près pour le coup). Je ne vous fais pas l’affront de mettre des cartes pour ces différents points, hein, vous voyez de quoi je parle.

Au premier regard donc, la France semble parfaitement bien représentée à travers Kalos. Mais si l’on approfondit, on observera un certain nombre de différences majeures à côté desquelles on ne peut pas passer. Par exemple, j’évoquais plus haut le relief très présent de Kalos. Cette générosité ne se retrouve en aucun cas en France. Ou en tous cas, pas de cette manière. Si l’on en croit la région de ces versions X/Y, il y aurait de la montagne dans la région de Nantes, en Bretagne, au Nord du Rhône… Le plus marquant reste encore la présence d’un point culminant en plein emplacement de notre Alsace ! Là, on ne peut pas nier que Kalos s’offre une liberté certaine vis-à-vis de la réalité du terrain. Bon, concernant la Bretagne, on pourra toujours dire qu’il s’agit d’une version un peu surélevée du Massif Armoricain. Car il ne faut pas omettre qu’il existe, bien qu’il soit régulièrement oublié derrière nos fameux sommets alpins, pyrénéens et du Massif Central. Ce que l’on peut envisager comme explication pour cette exagération du relief, c’est la volonté de Game Freak de souligner le fait que le paysage français est tout en nuances, avec des hauts et des bas de tous les côtés. Et comme il a fallu se contenter de la moitié du pays pour forger Kalos, on retrouve cette diversité du relief, oscillant entre monts et plaines, concentrée sur la moitié nordique de la France. Mais il n’en demeure pas moins qu’on reste un peu surpris au premier coup d’œil quand on connaît le terrain.

Comparer Kalos à la France amène ensuite à faire une chose que j’avais également faite avec Kanto et Johto, à savoir, observer la localisation des villes dans la fiction et dans la réalité. Si l’on prend une carte de France, il devient aisé de dire que telle ou telle ville dans X/Y correspond plus ou moins à telle ou telle autre chez nous. Voyons voir ce que l’on trouve de cette manière. Je ne parlerai pas de toutes les villes et vous laisse le plaisir de faire votre propre géolocalisation. Je vais ici revenir pour l’essentiel sur les villes les plus marquantes du parcours que le joueur est amené à faire à travers Kalos.

Les villes de Kalos avec leurs noms, pour vous repérer

Les villes de Kalos avec leurs noms, pour vous repérer

Bourg Croquis tout d’abord semble se situer à l’emplacement de Lyon. Je choisis de parler de cette ville tout simplement parce qu’elle est la ville de départ mais aussi parce qu’elle introduit directement un élément que je développerai par la suite. Les villes de Kalos, dans leur majorité en tous cas, ne sont pas faites pour ressembler à leurs homologues françaises. Bourg Croquis par exemple n’a absolument pas l’envergure de Lyon. Il s’agit pour l’essentiel d’un village (on pourrait même parler de hameau) avec quelques habitations et basta.
Neuvartault, la troisième ville traversée, est un peu plus difficile à localiser. En effet, le non-respect (bien évidemment) des échelles, ne permet pas une géolocalisation des villes qui soit la plus aisée possible. Mais on ne peut pas non plus demander à Game Freak de faire une map à échelle nationale, si ? Dans ce cas là, on pourrait hésiter et se demander si Neuvartault n’est pas censée être une « réplique » (en termes de localisation je veux dire) d’Auxerre ou de Nevers. La ressemblance toponymique nous fera finalement pencher vers un lien Neuvartault-Nevers.
D’ailleurs, si l’on continue à surfer sur la vague toponymique, on pourrait facilement associer Roche-sur-Gliffe à La Rochelle. Deux autres indices tendent à associer ces deux villes. Il y a l’emplacement sur la carte bien sûr mais aussi la présence d’un équipement important, à savoir un aquarium. En effet, à l’instar de Roche-sur-Gliffe, La Rochelle dispose de l’un des principaux aquariums de France. Certains y verront un hasard, d’autres penseront que la référence est là, c’est tout l’avantage de voir un jeu se dérouler chez soi : on s’approprie sa carte et on y trouve un peu ce qu’on veut.
Toujours dans le même sens, Cromlac’h sera associée à Carnac, les alignements de menhirs aidant, et Mozheim sera immédiatement liée à la ville de Molsheim, que l’on trouve en Alsace (plus précisément dans le Bas-Rhin, à près de 30km de Strasbourg).
Attention cependant à ne pas croire ce qui n’est pas dit : cette association par toponymie n’est due qu’au travail des traducteurs français. Il suffit de voir le nom de ces mêmes villes en VO ou en anglais pour comprendre que le lien ne se fait pas de manière aussi évidente dans le monde non-francophone. En Anglais par exemple, les noms de villes font plutôt référence à des ingrédients que l’on va utiliser dans le monde de la parfumerie. Ainsi, la référence se fait autrement, par le clin d’œil à un élément de culture française connu dans le monde entier. Neuvartault devient par exemple Santalune City (référence au Santalum) et le Palais Chaydeuvre devient carrément le Parfum Palace. On notera en tous cas la volonté des traducteurs français de donner aux villes de Kalos des noms à coucher dehors comme la plupart de communes sont affublées.

Illumis et la Tour Prismatique. Cette image est là juste pour poser une illustration à ce moment de l'article...

Illumis et la Tour Prismatique. Cette image est là juste pour poser une illustration à ce moment de l’article…

Je termine cette géolocalisation et cette deuxième partie avec le cas tout particulier d’Illumis. Cette ville mérite bien d’être considérée à part, bien que certaines choses que l’on peut dire à son sujet rejoignent ce que j’ai déjà évoqué précédemment. Mais le fait est que celle qui semble être en quelque sorte la capitale de Kalos est une référence sans équivoque à Paris. Jusque là, je ne vous apprends rien, j’en suis certain. Mais je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin et je vais essayer de voir avec vous tout ce qui rappelle Paris ici, toujours d’un point de vue qui se borne aux observation surfaciques de la géographie. Tout d’abord, il y a bien évidemment cette tour, celle-là même que l’on avait découvert dans le tout premier trailer de Pokémon X/Y. Il va de soi que cette Tour Prismatique (puisque c’est son nom) est une copie quasi conforme de notre Tour Eiffel nationale. Si l’architecture générale de la tour fait déjà écho à la Dame de Fer, il y a aussi ce caractère central que lui confère Game Freak. Si, à Paris, la Tour Eiffel est relativement excentrée par rapport à la ville dans son ensemble (j’ai dit relativement), il n’en demeure pas moins que son caractère symbolique en fait un élément central dans l’imaginaire collectif lié à la capitale française. C’est cette centralité qui s’observe avec Illumis, passant d’une centralité symbolique à une centralité géographique. Au-delà de ces éléments, il convient aussi de noter qu’en étant un des piliers du tourisme parisien pour l’une et une arène de combat pour l’autre, les deux tours occupent une place prépondérante dans la vie de leurs cités respectives. Enfin, le caractère lumineux est également à souligner.
Ensuite, Illumis et Paris se rapprochent à travers leur organisation, leur aménagement. Par exemple, on ne peut qu’évoquer ces grands axes de circulation radiaux (du centre vers l’extérieur) et concentriques (le long du périmètre circulaire) qui ne sont évidemment pas sans rappeler les immenses boulevard haussmanniens qui ont considérablement redessiné le visage de notre capitale au XIXème siècle. Leur présence à Illumis s’observe très nettement sur la carte de Kalos :

Illumis vue du ciel

Illumis vue du ciel

Ensuite, la subdivision d’Illumis en trois quartiers bien précis (Centre, Illumis Septentrionale et Illumis Méridionale) fait écho à la manière dont Paris est agencée en arrondissements. Le rapprochement ne sera toutefois pas fait par tous et certains préféreront à juste titre également penser à la fameuse division Rive Droite/Rive Gauche. Cela n’est d’ailleurs pas faux du tout quand on voit que la séparation entre le Nord et le Sud d’Illumis se fait au niveau du fleuve qui la traverse, contribuant donc encore à nous évoquer l’opposition entre les deux rives de la Seine. Enfin, Illumis est constellée de places. Place Centrale, Place Rose, Place Rouge, Place Jaune et j’en passe. Cela est évidemment inspiré des très nombreuses places que compte Paris. Place Vendôme, Place de la Bastille, Place des Vosges, Place Dauphine… On pourrait en citer un sacré paquet.
Un dernier petit détail que tout le monde n’aura pas forcément repérer vient clore ce passage. Il s’agit des panneaux indiquant les noms de rues. Plutôt discrets, ils sont pourtant bien là :

Désolé pour la piètre qualité de l'image mais l'essentiel est de distinguer ce panneau

Désolé pour la piètre qualité de l’image mais l’essentiel est de distinguer ce panneau

Aucun doute à ce sujet donc, ces panneaux sont des répliques exactes de ceux que l’on retrouve à Paris (exemple).
Illumis se pose finalement comme une forme de synthèse, ou plutôt de quintessence de la référence que Kalos fait à la France.

Ainsi, à travers ces différents points, on voit bien comment Kalos répond à la réalité du terrain français tout en s’autorisant quelques libertés. Si celles-ci peuvent être importantes (le relief, encore une fois) il n’en demeure pas moins qu’à travers ces premières constatations de l’ordre de la géographie brute et de l’aménagement, cette nouvelle région ressemble effectivement à la France. Certains d’entre vous se demanderont pourquoi je n’ai pas encore parlé du Palais Chaydeuvre ou de la Tour Maîtrise. Si c’est votre cas, vous avez raison et je vous le dis : on y vient dès maintenant.

Kalos : la France « carte postale »

Nous y voici donc, à cette troisième et dernière partie de cet article qui reviendra donc sur comment Kalos offre finalement une image très « carte postale » de la France, nourrie de l’imaginaire collectif.

S’il y a une chose pour laquelle la France est connue dans le reste du monde, c’est bien pour son patrimoine. En effet, et je ne vous apprends rien en disant cela, notre pays regorge de pépites et de monuments en tous genres qui attirent les touristes étrangers depuis pas mal de temps maintenant. Tant et si bien que l’Organisation Internationale du Tourisme révèle récemment que la France, comme c’est le cas depuis les années 1990, est la première destination touristique mondiale avec 83 millions de curieux venus du monde entier au cours de l’année dernière. Ce n’est pas rien et cette dimension culturelle et touristique (historique aussi finalement) n’a pas échappé aux développeurs des versions X/Y, qui ont cherché à reprendre au mieux ce qui fait la renommée de la France à l’étranger. Et ce n’est pas son aménagement ou sa géographie générale qui contribue à cela. Non, c’est bien son patrimoine, aussi bien naturel que culturel. Et c’est là que l’on touche du doigt la véritable référence à la France que l’on observe à travers Kalos. Je disais plus haut que Bourg Croquis n’a rien à voir avec Lyon par exemple. C’est normal ! Quand Kanto et Johto (surtout Kanto d’ailleurs) reprenait les codes de l’aménagement régional nippon, c’était avant tout pour mettre en avant la vision que les Japonais ont de leur propre pays : un Japon moderne, occidentalisé, intégré dans l’économie mondiale grâce à sa haute technologie (la Sylphe SARL, souvenez-vous)… Avec Kalos, les développeurs de Game Freak donnent à voir la vision qu’ils ont de la France. Et celle-ci passe par sa culture et son Histoire. On pourrait supposer que le tableau final aurait été le même si Pokémon venait d’un autre pays (quoique…). A noter que cette considération touristique va jusqu’au bout puisqu’un nouveau groupe de dresseurs fait son apparition dans les version X/Y. Après les Topdresseurs, les Pokémon Rangers, les Montagnards ou encore les Nageurs, voici…les touristes !

Et qui dit touristes dit lieux touristiques. Et Kalos en regorge, à l’instar de celle qui l’a inspirée. Il y a bien évidemment la Tour Prismatique, mais j’ai déjà évoqué son cas un peu plus haut dans cet article. Je passe donc directement à la ville de Fort-Vanitas et à son château. L’emplacement de cette petite ville sur la carte de Kalos laisse entendre qu’elle se situerait en France sur les bords de la Loire. Cette hypothèse se retrouve amplement confirmée dès lors que l’on emprunte la Route 7, qui nous amène vers l’Ouest de la région. On y observe alors la présence d’un cours d’eau large, à l’image de la Loire et, surtout, un château dont les fondations semblent justement se trouver sous l’eau de ce fleuve. On ne peut plus ignorer alors que cette partie de Kalos est un clin d’œil à la région des fameux châteaux de la Loire. Le Château de Combat nous fera notamment penser au château de Chenonceau avec ses arcades situées par dessus le lit de la rivière (dans le jeu, on les distingue un peu sur les côtés du château).

Le château de Chenonceau

Le château de Chenonceau

Le Fort de Vanitas quant à lui, avec son pont levis, s’éloigne du style habituel des châteaux de la Loire pour plus se rapprocher des forteresses médiévales que l’on retrouve un peu partout en France. Et puisque l’on est à parler belles demeures et grandes bâtisses, on ne peut pas oublier de citer le cas tout particulier du Palais Chaydeuvre qui se trouve être une référence évidente au château de Versailles. D’un point de vue géographique, on ne peut que constater que l’emplacement des deux monuments architecturaux ne correspond pas. On mettra encore une fois cela sur le compte du jeu des échelles qu’il devient difficile de respecter quand on passe d’un territoire grand comme un pays à un autre grand comme une région. Mais ce qui compte, c’est que la référence est là. Ainsi, le Palais Chaydeuvre est un bel écho à Versailles. Architecturalement parlant, il n’y a pas à douter :

Chaydeuvre et Versailles en face à face

Chaydeuvre et Versailles en face à face

Le style classique du château de Louis XIV est ici tout à fait respecté et l’intérieur ne démérite pas. Mais Versailles, ce n’est pas qu’un château, c’est aussi un immense parc (815ha dont 90ha de jardins). Une fois encore, Chaydeuvre se fait la réponse made in Kalos de Versailles en proposant un grand parc dans lequel on va pouvoir retrouver ce qui fait le style des jardins à la française et plus particulièrement de ceux qui nous intéressent ici. On va donc y retrouver ces haies caractéristiques et parfaitement taillées en une sorte de dédale, ces statues le plus souvent grandioses… Ce type de jardins se retrouve aussi sur la Route 4.

Autre lieu, autre monument : la Tour Maîtrise de Yantreihz.

La Tour Maîtrise, sur sa péninsule

La Tour Maîtrise, sur sa péninsule

Inutile de tourner autour du pot, c’est le Mont-Saint-Michel que nous avons en face de nous. Les types de Game Freak ont cherché à illustrer à travers les monuments de Kalos ceux qui font la fierté de la France à l’international. Ici, tout est fait pour rappeler la Merveille de l’Occident (c’est vraiment son surnom) : le monument et sa hauteur, le mur d’enceinte, le détachement vis-à-vis du continent, le lien qui se fait avec cette bande de sable…

Enfin, s’il y a un dernier élément touristique qu’il convient de noter sur cette carte, ce sont bien les menhirs de Cromlac’h. J’associais déjà cette ville à celle de Carnac quelques paragraphes plus haut et cette partie est l’occasion de confirmer la chose. Les alignements de Carnac sont en effet largement connus et reconnus pour leur caractère d’exception et leur importance dans le paysage et la culture de Bretagne se fait ressentir jusque dans ces deux versions X/Y :

Une partie des alignements de la Route 6

Une partie des alignements de la Route 6

Il est aussi intéressant de voir que tout un mystère plane autour des menhirs de la Route 6 et de Cromlac’h, rappelant ainsi le fait qu’on ne sait pas vraiment ce que les vrais menhirs de Carnac pouvaient avoir comme fonction ou comme symbolique à l’époque où ils ont été érigés. Bref, vous l’aurez compris, le portrait que dressent les versions X/Y de la France passe par son patrimoine, son héritage, que l’on considère souvent comme l’un des plus importants du monde, aux côtés de celui de l’Italie.

Autre élément qui participe à cette imagerie de la France, l’architecture prend une importance particulière dans ce jeu. Si les éléments de ce domaine avaient peu à peu pris une dimension plus grande au fur et à mesure des années, allant de l’uniformité des versions R/B/J à une plus grande hétérogénéité dans les versions les plus récentes (N/B marquant selon moi un tournant), il apparaît clair qu’une attention toute particulière a été apportée au design des villes de Kalos, notamment en ce qui concerne l’apparence de ses bâtiments. Une hétérogénéité donc que l’on retrouve parfaitement en France, les maisons du Sud n’ayant pas grand chose à voir avec celles du centre du pays, celles du littoral atlantiques ou encore les demeures du Nord. J’évoquais quelques lignes plus haut le cas du Palais Chaydeuvre, dont le style renvoie parfaitement au classicisme du château de Versailles. Cette demeure dans X/Y a été ce qui m’a fait percuter sur la dimension architecturale développée dans le jeu. C’est là que je me suis dit : « Hé mais attends, on se croirait à la maison !« .

Prenons le cas de Quarellis par exemple, la deuxième ville que vous traverserez en débutant votre périple. Cette petite bourgade présente une architecture qui, déjà, vous plongera dans l’ambiance de certaines villes françaises.

Quarellis et son pavage

Quarellis et son pavage

Si le sol de cette petite ville rappellera déjà un certain nombre de places et de couloirs urbains relativement classiques de l’agencement des villes françaises, le dessin des maisons et leurs façades n’est pas moins imprégné du style français. Ou plutôt d’un style français parmi d’autres. Ces immeubles de deux ou trois étages avec ces fenêtres témoignant de la présence de ce qui peut être une chambre de bonne s’inspirent visiblement du style néoclassique que les architectes français ont particulièrement appréciés au  XVIIIème siècle. On retrouvera cette ambiance dans un certain nombre de rues de Paris (Illumis a d’ailleurs aussi adopté ce style, tout en l’associant à une architecture plus moderne) mais également sur les quais de Bordeaux.
D’autres villes pourront être évoquées, comme Romant-sous-Bois, dont les maisons à colombages font écho à celles que l’on retrouve beaucoup en Alsace et en Lorraine mais également en Bretagne et en Normandie.

Maisons à colombages de Romant-sous-Bois

Maisons à colombages de Romant-sous-Bois

On pourrait apporter les mêmes éclaircissements sur l’ensemble (ou presque) des villes de Kalos mais je vais m’arrêter ici pour ce point architecture. J’ajoute tout de même qu’un autre élément a été emprunté au style des villes françaises pour créer celles de cette région : les fontaines. Les jeux d’eau dont en effet particulièrement présents en France et presque toutes les communes sont dotées de leur propre fontaine, petite ou grande. Dans Kalos, on va avoir ce type d’ornements dès Quarellis puis on en retrouvera à Neuvartault ou encore à Fort-Vanitas.

La fontaine de Neuvartault

La fontaine de Neuvartault

Le patrimoine architectural et monumental de la  France a donc amplement participé à la façon dont Kalos a été envisagée. A l’image de l’Hexagone, cette nouvelle région est une terre riche en légendes, en vieilles pierres et en héritages. Mais comme la culture d’un pays ou d’une région n’est pas constituée que de choses que l’on a fabriquées, il faut aussi porter le regard sur ce qui fait l’identité d’un territoire dans des dimensions plus immatérielles. Je pense ici à l’art, aux activités auxquelles s’adonnent les habitants de Kalos… L’art par exemple est particulièrement présent dans cette région, réalisant donc un parallèle tout à fait pertinent avec la multitude de sculpteurs et autres peintres que la France a connus. La peinture est d’ailleurs la forme d’art la plus mise en avant dans Kalos. Après tout, un musée entier est dédié à cette forme d’expression et il est amusant de voir comment les différents tableaux qui y sont exposés se sont saisis des grands courants picturaux français. Ainsi, romantisme, naturalisme ou encore réalisme sont tous représentés via différentes œuvres. On retrouvera également des tableaux et autres œuvres d’art dans le Château de Combat ou au Palais Chaydeuvre.

Enfin, il y a un autre élément qui vient compléter l’image que l’on se fait de la France : la mode. Notre pays est en effet riche en créateurs et griffes reconnues à travers le monde entier. Chanel, Dior, Yves Saint Laurent… Tous ces noms parleront à quiconque s’intéresse au moins un peu au monde de la haute couture. Kalos n’aurait pas été Kalos si ceci n’avait pas été pris en compte. Ainsi, l’apparence vestimentaire est devenue un élément majeur de cette région et même du jeu puisqu’on en a fait un petit élément de gameplay avec la possibilité de s’habiller comme on le souhaite. Il est aussi amusant de voir comment le monde de la mode à Kalos correspond aux stéréotypes de ce que l’on va trouver en vrai : élitisme, luxe, coût… Tout y est pour qu’on se replonge dans l’ambiance générale des grands couturiers qui viendront faire défiler leurs mannequins à la Fashion Week. Même la Team Flare (les antagonistes de l’histoire) s’oriente autour de ces questions et le terme « style » revient très régulièrement dans leur discours.

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J’en arrive donc au terme de cet article. J’espère que sa lecture vous aura plu, à défaut de vous apprendre des choses. En guise de conclusion, on peut dire que Kalos s’inscrit comme je l’ai finalement dit tout au long de cet article, dans une forme d’imagerie collective associée à la France. On pourrait aller jusqu’à supposer que notre pays est perçu dans le monde tel que Kalos est imaginée : une terre riche en patrimoine aussi bien matériel qu’immatériel, un point convergent du tourisme mondial. Ce qui semble définir la France ne serait alors pas son rôle sur la scène politique internationale ou son économie (c’est ce que Kanto essayait en revanche de dire à propos du Japon). Ce serait plutôt sa richesse naturelle et culturelle. Ces versions X/Y viennent donc en quelque sorte confirmer ce que les données de l’OIT nous font déjà comprendre (France, première destination touristique mondiale) tout en pointant assez bien du doigt ce qui fait l’attrait de l’Hexagone.
Il y aurait sûrement encore des choses à dire comme la façon dont sont représentés certains personnages, le fait qu’il pleut à Cromlac’h comme il pleut en Bretagne… Mais je pense qu’avec cet article, on a déjà une bonne vue d’ensemble de la question.

Oh et je suis désolé pour l’inégale qualité des images intégrées dans cet article mais j’ai fait avec ce que j’avais sous la main.

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