Note de lecture n°5 – « Batman – 3. Le Deuil de la Famille », Scott Snyder & Greg Capullo

Après les deux épisodes La Cour des Hiboux et La Nuit des Hiboux qui m’avaient vraiment plu mais m’avaient également laissé avec une fin qui aurait pu être bien meilleure, je découvre complètement par hasard (je ne suis pas assez l’actu des comics pour être au courant de quoi que ce soit) qu’un troisième volet est prévu : Le Deuil de la Famille (à ne surtout pas confondre avec Un Deuil dans la Famille). Je le découvre donc complètement par hasard, comme je le disais, dans les allées du Festival d’Angoulême (celui de la BD hein, pas celui de la salsa). Urban Comics était présent et proposait d’acheter en avant-première ce fameux tome 3 dont la sortie était prévue pour le 14 Février dernier. Deux semaines avant sa sortie officielle, je me retrouvais donc avec ce livre entre les mains.

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Toujours porté par le tandem Scott Snyder (scénario)/Greg  Capullo (dessin), Le Deuil de la Famille voit également un troisième nom apparaître sur sa couverture : Jock, qui était justement au Festival mais que je n’ai malheureusement pas pu approcher. Le mec était là à 14h30 pour faire des dédicaces mais il y avait déjà une queue pas possible à 10h. Enfin bref, on n’oubliera pas non plus de citer la présence dans ces pages du scénariste James Tynion IV, de Jonathan Glapion, FCO Plascencia et David Baron.

Que dire donc de cet épisode ? Tout d’abord, à ceux qui n’auraient lu ni La Cour des Hiboux, ni La Nuit des Hiboux, pas d’inquiétude à avoir car les événements de ces deux opus ne sont que très peu mentionnés ici. A peine sont-ils évoqués par un Joker qui en profite pour se foutre un peu de Batman. Car c’est bien là que Le Deuil de la Famille trouve le cœur de son récit : un nouvel affrontement entre le Clown prince du crime et la chauve-souris. A titre personnel, je craignais en revanche de ne pas comprendre d’où sort ce Joker défiguré. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de visage découpé ?« , me suis-je demandé. Mais finalement, il n’est pas gênant de ne pas connaître les éléments passés de la série. En effet, un peu comme c’était le cas avec le diptyque des Hiboux, le scénario de cet épisode se suffit largement à lui-même. Afin de ne pas trop exclure les nouveaux lecteurs, Snyder glisse au début du livre quelques informations concernant ce qui a pu se produire avant. Le Joker a été défait par Batman, mis à Arkham, où il s’est fait charcuter par le Taxidermiste (qui lui ôte donc son visage, ce dernier étant conservé au commissariat de Gotham). Depuis, plus de nouvelles du clown. Disparu, cela fait un an qu’il n’a pas fait parler de lui. Entre temps, Batman démantèle la Cour des Hiboux et nous voilà donc arrivés au point de départ de ce comic.

Bruce Wayne aux prises avec les Hiboux venus l'assassiner

Bruce Wayne aux prises avec les Hiboux venus l’assassiner

Scénaristiquement parlant, Le Deuil de la Famille n’a pas grand-chose à se reprocher. C’est assez difficile de faire preuve d’une totale objectivité ici tant je suis fan du Joker. S’il est dans l’histoire, il y a de grandes chances pour que j’adhère sans problème. Ce duel permanent qu’il livre avec Batman est quelque chose qui m’a toujours beaucoup plu, sinon fasciné. Et comme Le Deuil de la Famille repose essentiellement sur ce rapport ô combien complexe entre les deux personnages, je ne pouvais être que comblé. Mais en dehors de cette mise en présence des deux mythes, il faut tout de même reconnaître que le scénario est bien foutu. En fait, il m’a fait douter mais dans le bon sens du terme. A plusieurs reprises, je me suis dit que le Joker allait sans doute réussir à faire vaciller Batman. Comment ne pas y croire après tout quand le Chevalier Noir lui-même se met à perdre pied dans ce duel ? En mettant à mal le héros masqué, Scott Snyder introduit un doute immense dans l’esprit du lecteur, comme si l’on prenait conscience assez durement que Batman n’est peut-être pas infaillible. Puisque ce dernier doute de lui-même, ne peut-on pas en faire autant ? Snyder construit alors son histoire sur cette ambiguïté, sur ce flou permanent qui laisse toujours planer un soupçon sur l’issue à laquelle on va aboutir.
De manière plus générale, le scénario est bien construit. Sombre, à l’instar de ses deux prédécesseurs, Le Deuil de la Famille répond selon moi aux critères de ce qui fait une excellente aventure de Batman. Mais il y a cette fin… Après un climax posé là comme un bouquet final tout en tension, Snyder semble ne plus savoir quoi faire. Doit-il ou ne doit-il pas ? Quelle est la bonne solution ? Comment s’extirper de cette impasse dans laquelle il s’est glissé ? Car c’est bien ce qui lui est arrivé. A la fin de l’histoire, et sans vous en révéler le moindre détail, on a le sentiment d’être dos au mur avec une seule (deux, tout au plus) issue possible. Mais finalement, Snyder trouve une troisième voie et l’exploite, quitte à briser tout ce que la tension précédente avait pu amener. Quant à ce qui est des interludes dessinés par Jock, ils ne sont pas mal mais pas indispensables non plus. S’ils permettent de combler les vides qui séparent certains éléments de l’histoire générale du bouquin, ils n’apportent pas grand-chose de plus. Disons que ça permet de boucher les trous qui laissent poser des questions, si vous voyez ce que je veux dire.

Le Joker, toujours aussi barge

Le Joker, toujours aussi barge

Enfin, d’un point de vue graphique, je n’ai pas grand-chose à dire. Je vous disais déjà dans mon post sur La Cour des Hiboux et La Nuit des Hiboux que j’avais été totalement séduit par le style de Greg Capullo. Le constat est le même ici. Pourquoi en serait-il autrement d’ailleurs ? Fidèle à son trait à la fois fin et rude, Capullo participe complètement à la construction de la tension qu’on ressent tout le long du livre.  En ce qui concerne les dessins de Jock, je reconnais que son style n’est pas mal mais je n’en suis pas non plus fan. Je ne saurais dire… Dans un sens, il se rapproche du travail de Greg Capullo mais j’ai le sentiment que là où ce dernier glisse de la subtilité, Jock va plutôt vers une sorte d’exagération assumée. Les visages par exemple témoignent de cela.

Le Deuil de la Famille compose donc un bon troisième volet, plutôt bien inscrit dans la lignée des deux précédents, mais il souffre de cette fin trop peu travaillée. Finalement, ça me rappelle La Nuit des Hiboux qui, après deux livres bien très bien construits, s’achevait en demi-teinte.

Batman – 3. Le Deuil de la Famille, Scott Snyder, Greg Capullo & Jock, Urban Comics, 165 pages (17,50€).

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