Note de lecture n°4 – « World War Z », Max Brooks

Suite et fin en quelque sorte de ma découverte de Max Brooks et de ses œuvres. Après son Guide de Survie en Territoire Zombie, je me suis attaqué à cet autre pavé qu’est World War Z. La différence, c’est que cette fois, je savais à quoi m’attendre.

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Et je pense que l’on peut dire que World War Z ne m’a pas déçu. En effet, je m’attendais à des témoignages de rescapés de la Guerre des Zombies et j’en ai eu pour mon compte ! La question était en fait de savoir si j’allais accrocher à ce style du début à la fin du livre. Après tout, une série de témoignages, ça peut devenir barbant à la longue. Mais Max Brooks s’en sort honorablement en leur donnant à chacun un phrasé propre et, d’une certaine manière, une identité qui fait que l’on arrive à avoir toute une gamme de personnages dont les différences participent à forger l’intérêt du livre. L’auteur développe toute un galerie de survivants dont l’approche du conflit varie selon les expériences et c’est sans doute cela qui permet à ce recueil de tenir la route tout du long. Mais si cet ensemble de vécus est intéressant, peut-être pourra-t-on tout de même reprocher à Max Brooks une multiplication excessive des personnages. Je trouve qu’on sent trop facilement à la lecture que certains d’entre eux apportent largement plus de choses que d’autres et c’est dans le propos de ceux-là mêmes que se tient l’essentiel du bouquin. On pourrait alors imaginer une oeuvre plus courte mais qui s’étirerait moins lors de certains passages. En ce qui concerne la construction du livre, on appréciera le choix d’une parcours chronologique du conflit. Aurait-il pu en être autrement de toute façon ? Brooks fait ainsi évoluer ses témoignages dans la logique temporelle des événements et, par la diversité des personnages, offre la possibilité de découvrir plusieurs facettes d’une même étape. L’auteur permet donc de saisir le conflit d’une manière assez complète.

From birth to death and BWARGH

From birth to death and BWARGH

Mais surtout, ce qui est éminemment appréciable dans World War Z, c’est la volonté de l’auteur de s’interroger sur les éléments politiques, sociaux, religieux (etc.) qui découlent de ce conflit d’un nouveau genre, de se demander comment le monde évoluerait face à une telle catastrophe. Le fait que les différents intervenants soient issus d’horizons divers (et pas seulement d’un point de vue géographique) permet alors de visualiser ces questions selon différents points de vue, parfois radicalement opposés. C’est un excellent choix qui est ici fait. Ce que je reprocherais cependant à Max Brooks, c’est de conférer à ce livre un esprit très américain, comme c’était déjà le cas avec leGuide de Survie d’ailleurs. J’entends par là deux choses.
La première, c’est qu’on ne parle ici que de ce qu’il se passe aux Etats-Unis. On me dira qu’il y a toute une partie du livre consacrée au reste du monde. Et je répondrai que, justement, il y a toute une partie du livre consacrée au reste du monde. Pourquoi isoler ces témoignages ? Pourquoi ne pas avoir distillé plus équitablement les cas des autres pays dans tout le livre ? En écrivant de la sorte, l’auteur rejoint un peu plus le cliché des « Etats-Unis-superpuissance-à-qui-il-arrive-toute-les-merdouilles-de-la-SF »
La seconde chose, c’est que l’Américain reste quand même particulièrement mis en valeur dans ce livre. Alors oui, Brooks fustige rapidement le côté Etats-Unis à la point de la technologie militaire, il dénonce le mercantilisme abusif de certains rejetons du capitalisme, ce genre de choses… Mais en même temps, il pose le Président des USA comme un leader, un chef de guerre mondial face aux zombies. Et puis, il ne boude pas son plaisir en faisant passer les Chinois pour des ordures (il faut bien l’être pour masquer une épidémie de zombies), en disant que les Russes sont des rustres sanguinaires (et totalitaires même, un peu), etc. Le summum est atteint lorsque l’on apprend que c’est Cuba qui dirige le monde désormais. Et pourquoi ? Parce que c’est devenu une démocratie capitaliste, comme son vieil ennemi nord-américain… Pourquoi rester attaché à ce genre de codes alors qu’il s’était ouvert un champ immense pour faire ce qu’il voulait et devenir réellement original, de A à Z ?

Max Brooks, l'auteur

Max Brooks, l’auteur

En bref, World War Z est un ouvrage intéressant, une lecture plaisante et dont j’ai apprécié le fait qu’il parle des enjeux géopolitiques de l’épidémie, ce qui n’est pas courant. Le seul véritable reproche que je lui fais, c’est de rester dans l’habituel discours où le monde occidental, porté par les USA, reste quand même le plus fort, dans une certaine mesure. Un bouquin à lire pour qui aime les zombies. Pour ceux qui veulent aller un peu plus loin, je vous donne mon avis sur le film World War Z (avec Brad Pitt) en suivant ce lien.

World War Z, Max Brooks, Le Livre de Poche, 535 pages (7,60€)

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2 réflexions sur “Note de lecture n°4 – « World War Z », Max Brooks

  1. J’ai dévoré les 2 ouvrages de Brooks. Le témoignage sur ce qu’il aurait pu se passer en Corée du Nord fait bien froid dans le dos (parmi tant d’autres, mais celle là m’a particulièrement marqué).

    • Il y a plusieurs passages comme ça qui sont assez saisissant. Celui sur la Corée du Nord en est un mais j’ai aussi un souvenir particulier du passage où un des témoins parle de la maison du riche type avec toute la sécurité et tout le tralala qui va avec. J’ai trouvé cet épisode assez réaliste.

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