Note de lecture n°3 – « Assassin’s Creed – Forsaken », Oliver Bowden

Qu’on aime ou non la saga Assassin’s Creed, on ne peut que constater l’ampleur du phénomène, qui dépasse désormais le seul champ du jeu-vidéo pour aller se développer un peu en BD, en romans, en sites internet et tout, et tout… Assassin’s Creed – Forsaken est un exemple de cette tendance cross media qu’Ubisoft a appris à manier. Ecrit par Oliver Bowden (de son vrai nom Anton Gill, auteur et historien diplômé de Cambridge), ce roman est le cinquième d’une série de six qui s’attache à développer de manière plus large les univers respectifs des différents jeux parus jusqu’alors sous licence Assassin’s Creed (si je ne dis pas de bêtises, seul Assassin’s Creed – Liberation n’a pas encore eu de roman lié). Avec Forsaken, c’est à Assassin’s Creed III qu’il sera fait référence.

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Quand j’ai appris qu’une série de romans Assassin’s Creed existait, je me suis renseigné, bien évidemment. Quand j’ai vu que chaque roman se basait sur un des jeux de la série, j’ai douté : cela valait-il vraiment la peine de les lire ? Après tout, si j’ai joué à Assassin’s Creed II, pourquoi irais-je lire Assassin’s Creed – Renaissance, si c’est pour y trouver la même histoire ? Mais après consultation de gens encore plus fans que moi, j’apprends que si les romans s’appuient bel et bien sur les jeux, cela ne signifie pas pour autant qu’ils en sont des versions novellisées basiques. Que nenni ! L’information en main (ou plutôt en tête), je me rends à Cultura et examine les différents exemplaires disponibles. Après hésitation, je finis par porter mon choix sur Forsaken. Et, dès les premières lignes, je comprends qu’effectivement, ces romans ne sont pas là pour remplacer et répéter les jeux : ils les complètent. Si celui que j’ai choisi découle de la sortie d’Assassin’s Creed III, comme je le mentionnais plus haut, il n’en demeure pas moins que le lire sera, pour les fans, un supplément des plus agréables. Petite mise en contexte pour vous expliquer cela. Souvenez-vous (si vous avez joué à Assassin’s Creed III), au tout début du jeu, vous n’incarnez pas encore Connor, le héros de cet épisode, mais Haytham. Un personnage qui aura laissé une empreinte toute particulière dans l’esprit des joueurs mais dont on sait peu de choses en ne s’intéressant qu’à ce que nous raconte le jeu. Or, c’est là que Forsaken intervient ! Vous l’aurez sans doute deviné, ce roman raconte l’histoire d’Haytham Kenway, fils d’Edward (Black Flag) et père de Connor. De son enfance (le début du livre nous raconte des événements survenus alors qu’Haytham a huit ans) à la fin de sa vie, Forsaken nous plonge dans l’histoire de ce personnage hors normes de la saga et même lorsqu’il sera question de l’époque couverte par le jeu Assassin’s Creed III, il nous sera proposé de voir le vécu de ce dernier, là où le joueur aura incarné et suivi Connor dans sa Révolution Américaine. Complémentaire, je vous dis.

Haytham Kenway tel qu'il apparaît dans le jeu Assassin's Creed III

Haytham Kenway tel qu’il apparaît dans le jeu Assassin’s Creed III

Que penser alors de cet ouvrage ? Si mes doutes concernant son contenu s’étaient dissipés à la lecture des premières lignes, je restais tout de même curieux de voir comment Oliver Bowden allait s’approprier cet univers si dense pour y composer quelque chose d’original. D’un autre côté, je me disais aussi que s’il écrivait pour cette licence, les gars d’Ubisoft allait nécessairement jeter un œil à son travail, permettant ainsi aux tenants de l’histoire générale développée dans les jeux de conserver toute la cohérence nécessaire dans ce livre. Et finalement, il n’y rien à redire de ce côté-là. Ou presque car il y a bien deux ou trois petites choses qui ne sont pas les mêmes dans le livre et dans le jeu original. Mais ce n’est jamais réellement choquant ou perturbant. En tous cas, ça ne m’a pas dérangé plus que ça. Et sans doute est-ce là l’effet d’une écriture qui, au-delà des toutes petites incohérences qu’elle glisse vis-à-vis du support original, réussit à entraîner le lecteur dans un récit des plus intéressants. Comme je le disais plus haut, le personnage d’Haytham fait figure d’homme à part dans la galerie de protagonistes d’Assassin’s Creed. Aussi, suivre sa vie de long en large devient quelque chose de toute à fait intéressant. Pour les fans, cela dit. Pour les néophytes, je pense que le livre reste abordable mais un petit tour sur Assassin’s Creed III ne sera pas de trop pour saisir au mieux toutes les ficelles de ce roman. Néanmoins, même sans avoir joué à « Connor fracasse de la Tunique Rouge », je crois que Forsaken reste largement accessible, ne serait-ce parce qu’il raconte l’histoire d’un personnage que même les fans ne connaissent pas bien (à moins d’avoir écumé tout le site Assassin’s Creed – Initiates…). Mais je persiste à le dire, un saut rapide sur Assassin’s Creed III ne fera pas de mal.

Ensuite, concernant le récit à proprement parler, j’ai d’abord été dubitatif. Le livre se présente comme étant le journal personnel d’Haytham Kenway. Si cela m’a d’abord semblé être une bonne idée (et c’est toujours le cas maintenant que j’ai fini ma lecture), j’ai quand même un peu tiqué au tout début. En effet, les premiers événements relatés datent de 1735 et sont donc écrits par un Haytham d’à peine 10 ans. Si je veux bien croire qu’un enfant de 10 ans arrive à écrire son journal intime (après tout, on comprend dans le livre que son père s’est donné pour mission de lui offrir la meilleure éducation possible), j’ai quand même du mal à…accepter le fait qu’un jeune garçon haut comme trois pommes arrive à tenir un discours aussi bien construit. Comprenons-nous, si l’on sent évidemment l’enfance parler dans ces lignes de début d’ouvrage, on ne peut s’empêcher de se demander comment ce garçon, malgré son éducation donc, arrive à tenir un phrasé pareil. C’est soutenu, limite pompeux, propre, réfléchi. Trop mûr finalement. Et cela ôte selon moi à l’authenticité. D’un autre côté, si on m’avait donné des extraits de journal écrits par un gamin de 10 ans semblable à la moyenne de ce que sont les enfants de cet âge-là, peut-être aurais-je aussi tiqué en raison du simplisme des propos. Non, selon moi, le mieux aurait été de conserver l’idée du journal (je vais vous dire pourquoi juste après) mais peut-être de faire en sorte que ces événements soient racontés par un Haytham déjà plus vieux. Ainsi, on aurait gardé le style utilisé ici sans que cela ne paraisse en quelque sorte inapproprié. Pour ce qui est de l’idée du journal donc, je la trouve intéressante pour une raison précise : elle permet de voir ce qu’il se passe dans la tête du personnage, de rendre toute cette histoire plus…authentique, dirons-nous. Et c’est là que tout tombe sous le sens ! Puisque ce brave Haytham est un personnage source d’interrogations sur son combat, sur les valeurs qu’il porte et tout ça, il apparaît logique de lui donner la parole. En le laissant s’exprimer, l’auteur permet à ce protagoniste de développer sa pensée, son parcours, l’évolution de vision du monde. En conséquence, le lecteur découvre tout ce qu’il a voulu savoir sur celui-ci et a le sentiment d’obtenir l’information la plus sûre puisqu’elle vient directement de lui. Comme plusieurs dont j’ai lu les commentaires sur internet, cette lecture m’a permis de voir Haytham autrement. Celui qui m’apparaissait comme un homme froid et cruel mais redoutablement intelligent dans le jeu se dévoile ici sous un tout nouveau jour. Un véritable plaisir.

Avec le roman, on apprend notamment quels événements ont conduit à cette scène, qui ouvre le jeu Assassin's Creed III

Avec le roman, on apprend notamment quels événements ont conduit à cette scène, qui ouvre le jeu Assassin’s Creed III

Un plaisir qui est d’ailleurs conforté par l’ensemble du livre qui, dans sa forme comme dans son fond ravira le lecteur. Même si l’on aime pas nécessairement les jeux Assassin’s Creed, les amateurs d’épopées et de romans grosso modo historiques pourront, je pense, trouver leur plaisir dans ces pages. Oliver Bowden nous sert en effet un roman riche et rythmé. Laissant à la fois la part belle à l’action et à la découverte du personnage d’Haytham et de l’environnement dans lequel il évolue, le récit avance sans heurts et il ne sera pas incongru de dire que Forsaken se laisse facilement dévorer. Bowden rédige d’une plume efficace et agréable. Pompeuse parfois, sans doute pour mettre l’accent sur l’intellect de son héros, la façon de conter de cet auteur reste tout à fait plaisante. Nul doute que c’est en partie grâce à ce style tout à fait accessible, sans être pour autant simpliste, que l’envie de lire ses autres romans pour le compte d’Assassin’s Creed s’est peu à peu renforcée en moi à mesure que j’avançais dans celui dont il est question ici.

Oliver Bowden, l'auteur

Oliver Bowden, l’auteur

Assassin’s Creed – Forsaken est donc un ouvrage que j’ai trouvé tout à fait plaisant. En amateur de la saga vidéoludique d’Ubisoft, j’ai entièrement accroché à ce récit, sans en démordre un seul instant. Les moins initiés pourront, à mon avis, trouver leur bonheur dans ce roman d’aventure rondement mené mais je persiste à croire qu’un minimum de connaissances quant à l’univers d’Assassin’s Creed (et de son troisième volet éventuellement) reste un plus. Au moins sera-t-il recommandé de s’intéresser un petit peu à la lutte qui oppose Assassins et Templiers avant de débuter la lecture (internet regorge de sources sur ce sujet).

Assassin’s Creed – Forsaken, Oliver Bowden, Editions Milady, 430 pages (8,20€).

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