Godzilla, Gareth Edwards, 2014

Godzilla, film de science-fiction de Gareth Edwards. Avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston, Elizabeth Olsen, Ken Watanabe…
La note du Koala : 3,5/5

affiche

Le pitch : En 1999, le docteur Serizawa (K. Watanabe) découvre un gigantesque squelette radioactif enfoui sous un mine. Au même moment, au Japon, une centrale nucléaire s’effondre sous l’effet d’une secousse terrestre, laissant le physicien Joe Brody (B. Cranston) veuf. Quinze ans plus tard, Brody, persuadé que ce n’est pas un simple tremblement de terre qui a provoqué la catastrophe, est arrêté pour avoir pénétré dans la zone de quarantaine. Son fils Ford (A. Taylor-Johnson) part alors au Japon pour le faire sortir. Mais ensemble, ils seront bientôt amené à découvrir la vérité lorsqu’un monstre s’éveille.

La critique : En 2014, tout le monde a encore en mémoire le Godzilla de Roland Emmerich. Sorti en 1998, ce film avait enterré la carrière du mythique monstre en raison de son manque de qualité (c’était pas loin d’être un pur navet…). Au Japon, la créature poursuit son bonhomme de chemin cinématographique et, en 2014, Gareth Edwards se charge de le faire revivre sur nos écrans occidentaux. Le défi est relevé car il s’agit de réparer les dégâts et de remettre Godzilla sur son éternel piédestal.

Qu’on se comprenne, Godzilla ce n’est pas qu’un lézard géant qui déambule en ville en cassant tout et en crachant des lasers (selon les films). C’est un mythe, une icone du genre, le dieu des monstres comme on s’amuse souvent à l’appeler. Aussi, le porter une nouvelle fois sur grand écran ne doit pas être fait n’importe comment. Il s’agit donc de confier cela à un cinéaste de talent. Ça tombe bien, Gareth Edwards semble en être un (son Monsters avait été un succès surprise). Il n’empêche que pour un deuxième film, on a déjà vu plus confidentiel. Pour autant, le jeune réalisateur s’en sort plutôt bien. Esthétiquement déjà, il n’y a rien à redire. Rien du tout. C’es très maîtrisé, que ce soit dans les jeux de lumières et d’ombres, dans l’aspect général du film, dans les effets spéciaux, dans les CGI, dans les décors… Godzilla en 2014 est une merveille visuelle qui épate les mirettes et laisse un excellent souvenir sur ce point. Sans nul doute. Il n’y a qu’à voir Godzilla. Loin de l’espèce de dinosaure qu’avait tenté de proposer Roland Emmerich, il revient ici aux racines du personnage, en reprend l’apparence classique. C’est bien Godzilla que j’ai devant moi, pas une erreur sur la personne. Et c’est génial. On sent que Gareth Edwards a voulu être le plus fidèle possibles aux codes des films nippons mettant en scène la créature et, pour cela, quoi de mieux qu’une fidèle reprise des traits de cette dernière ? De toute façon, il apparaît assez clairement qu’Edwards a cherché à faire de son Godzilla une sorte d’hommage aux films de kaijus. Rendons à César ce qui appartient à César, je n’avait pas vraiment reçu cela comme ça au départ mais, avec le recul et après avoir lu la critique de Cronos sur Le Multivers, cela me semble évident. Du coup, tout ce qui touche à la place de Godzilla dans le film tombe sous le sens. Par exemple, le cliché des monstres qui se baladent en ville et qui cassent tout passe sans problème. Peut-on ne serait-ce qu’un instant imaginer Godzilla sans cela ? Cette remarque, si je ne l’avais pas associée au côté hommage cité juste avant, je me la suis faite pendant le film et à plusieurs reprises. Comme un doute sur l’intérêt de tel ou tel plan ou de telle ou telle idée, mais un doute qui s’efface simplement parce qu’on passe tout (ou presque) à Godzilla. En fait, on est tellement content de le voir de retour et en aussi bonne forme qu’on accepte sans ronchonner les trucs un peu trop clichés.

La scène des parachutes pour atterrir en ville est somptueuse de A à Z

La scène des parachutes pour atterrir en ville est somptueuse de A à Z

Pour autant, on ne pourra pas nier certaines faiblesses du film. Le scénario tout d’abord est d’une relative banalité. Il y a des idées, des trucs un peu nouveaux mais rien de révolutionnaire. Godzilla par Gareth Edwards n’invente rien. Il se présente un peu comme la plupart des films où l’on aura pu voir des trucs immenses écraser des immeubles. Je l’ai dit, esthétiquement c’est bien et on passe sur certains aspects vus et revus du monstre, mais dans le fond, on a un sentiment de déjà-vu qui ne part pas tout à fait. Les enjeux des personnages ne sont pas incroyables de nouveauté. Le veuf qui veut comprendre pourquoi sa femme est morte, le militaire qui veut protéger sa famille tout en servant son pays, le scientifique passionné qui veut tout savoir du monstre qu’il étudie depuis tant de temps… Ces personnages-là, on les connait. Et on les connait parce qu’on les a déjà vus. En cela, Godzilla se base sur un terreau sans grande originalité qui dessert un peu le film. Au début pourtant, je m’attendais à ce que la place des personnages humains soit plus grande. En effet, le cinéaste prend le temps de nous les présenter, de faire en sorte que l’on s’attache à eux. On pense alors qu’ils vont avoir une importance capitale dans la façon d’approcher et, finalement, on les perd. Ils ne sont plus qu’un accessoire dans la mécanique qui fait avancer le film. C’est archétypique et c’est dommage. Ces personnages qu’on a vu développés dans les débuts du film ne deviennent plus que ceux qui vont déclencher les éléments perturbateurs et apporter les solutions aux problèmes. Même le dénouement du film leur échappe ! Il est finalement dommage de voir un film aussi beau se reposer sur un fond trop peu travaillé pour les personnages humains. Je précise encore une fois humain car, à l’inverse, Godzilla bénéficie d’un tout autre traitement. Que ce soit à travers la présentation qu’en font les personnages (celui de Ken Watanabe en particulier) ou à travers la mise en scène, le lézard en impose énormément. Il n’est pas un montre, il est LE monstre, celui que l’on doit mériter, celui qui se fait désirer. C’en devient même un peu frustrant à vrai dire. Dans la salle, je me suis demandé à quelques reprises si Godzilla était vraiment un titre approprié tant Gareth Edwards joue d’abord sur ses furtives apparitions. Et puis, quand il entre finalement en scène de tout son long, on comprend qu’effectivement Godzilla est un titre approprié. L’autre frustration que j’ai ressentie, c’est en voyant que le spectacle que l’on m’offrait ne partait pas dans le sens que j’attendais. Je reconnais volontiers que c’est un peu de ma faute, je m’étais a priori sans doute fait une fausse idée du film. Et puis de toute façon, une fois ce cap passé, une fois que j’ai compris que ce n’était pas l’histoire que je croyais qu’on allait me raconter, tout va bien.

Bryan Cranston (à gauche) et Aaron Taylor-Johnson (à droite) contribuent à la construction des personnages par un jeu de qualité mais la profondeur apportée sera laissée de côté ensuite

Bryan Cranston (à gauche) et Aaron Taylor-Johnson (à droite) contribuent à la construction des personnages par un jeu de qualité mais la profondeur apportée sera laissée de côté ensuite

Si les personnages humains sont donc traités de manière assez déséquilibrée, on ne peut cependant pas leur enlever le fait qu’ils ont tout de même été incarnés par un casting de bonne facture. Bryan Cranston tout d’abord vient à nouveau se révéler dans une registre dramatique (pour ceux qui, comme moi, n’ont pas vu Breaking Bad, c’est une révélation à 100 %). Il apporte à son personnage à la fois excentrique et triste tout le panel d’émotions qui convient et le construit plus en profondeur qu’il n’y paraît. Il joue sur des détails dans les expressions et les gestes, ponctuant alors son interprétation de petits trucs qui complètent le personnage et le rapport qu’on entretient avec lui. Aaron Taylor-Johnson me semble quant à lui plus dans une sorte d’entre-deux, quelque part entre le bon et le moins bon. Il oscille ainsi entre des passages où il rappelle qu’il n’est pas que Kick-Ass mais aussi le John Lennon de Nowhere Boy, enrichissant son rôle d’un jeu à la fois efficace et sans chichis ; et des passages où il se montre plus effacé, comme s’il cherchait simplement à faire en sorte que son Ford fasse ce qu’il a à faire. C’est en particulier le cas dans les scènes où Ford intervient aux côtés de l’armée. Dès qu’il se retrouve seul ou face à des enjeux plus personnels pour son personnage, Aaron Taylor-Johnson se montre plus intéressant à observer. Très rapidement, Elizabeth Olsen compose un très bon second rôle et montre ainsi que, dans la famille Olsen, il n’y a pas que les deux jumelles (loin de là). Ken Watanabe me semble enfin trop effacé pour pouvoir être réellement apprécié. C’est pourtant un acteur que j’aime bien, que ce soit dans Inception ou Le Dernier Samouraï par exemple. Mais ici, je le trouve trop en retrait, sans grande latitude pour exercer son jeu.

Gareth Edwards remet donc Godzilla à sa place, celle d’un mythe parmi les monstres et d’une icone du genre. Il offre avec ce film un spectacle ébouriffant et esthétiquement maîtrisé, servi par des effets spéciaux de qualité et un casting intéressant. Un peu déséquilibré, il reste cependant un divertissement recommandable.

Le « Oh, au fait ! » :
Aaron Taylor-Johnson n’était pas le premier choix pour incarner Ford Brody. Avant lui furent envisagés Joseph Gordon-Levitt (InceptionThe Dark Knight Rises…), Henry Cavill (Man of Steel…), Caleb Landry-Jones (The Social NetworkX-Men : Le Commencement…) et Scoot McNairy (MonstersLa Coccinelle Revient…).

Un roman graphique a été édité afin de faire office de préquelle au film. Intitulé Godzilla Awakening, le livre raconte l’histoire du père du docteur Serizawa (Ken Watanabe dans le film) lorsqu’il tentait de prouver l’existence de Godzilla durant la Seconde Guerre mondiale.

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