« Broadchurch » : petit meurtre à l’anglaise

[Cet article est garanti sans spoil et c’est génial]

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Il y a quelques semaines s’achevait la série Broadchurch, diffusée sur France 2, qui a l’intelligence de proposer les formats anglais tandis que sa concurrente TF1 s’enlise encore et toujours dans les mêmes séries américaines dont le renouvellement de l’une à l’autre est identique à la différence qui existe entre New Super Mario Bros. et New Super Mario Bros. U. Mais on n’est pas là pour ça. Parlons plutôt de cette série venue d’outre-Manche dont je n’ai entendu parler qu’une semaine avant sa diffusion française et dont je n’attendais rien du tout, si ce n’est le plaisir de retrouver David Tennant, que je connais pourtant assez peu.

Le souvenir de Sherlock est encore frais dans ma mémoire, même si (à ma grande honte) je ne me suis toujours pas fait les épisodes les plus récents (ne me conspuez pas, je m’en charge déjà). Aussi, quand j’entends parler de cette autre série policière anglaise, je me dis que les producteurs de cette dernière ont peut-être tenté de surfer sur la vague amorcée par le plus célèbre des détectives. Peut-être cherchent-ils juste la concurrence. Mais peut-être pas. Et puis, dans la bande annonce, je remarque cette tronche que j’ai déjà vue ailleurs. Je ne reconnais pas encore ce type mais je me persuade doucement que s’il était rasé et autrement coiffé, je ne mettrais par autant de temps à le reconnaître. Formidable outil s’il en est (enfin ça dépend des jours), internet me confirme mes soupçons : David Tennant est là. N’ayant jamais suivi avec une assiduité exemplaire la série Dr. Who, je me convainc alors de regarder Broadchurch, ne serait-ce que pour en voir davantage avec cet acteur. Et puis ça occupera mes lundi soirs.

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David Tennant brille dans le rôle d’Alec Hardy

Le 17 Février dernier, je me retrouve donc devant France 2, prêt à regarder les trois premiers épisodes de Broadchurch. D’ailleurs, en passant, je regrette que la chaîne ait choisi de balancer trois épisodes par soirée (et 2 le dernier soir). Quand on n’a que 8 épisodes à montrer, autant étaler un peu plus la chose. Allez, deux épisodes par soir, ça fait quatre semaines d’occupées, quitte à repousser le début de la troisième saison de Rizzoli & Isles, qui déboulera donc lundi prochain. Enfin bon, ce n’est pas moi qu décide de la programmation et je me plie donc à la volonté des décideurs.
Pour ne rien vous cacher, cette toute première soirée m’a laissé enthousiaste mais pas encore entièrement conquis par Broadchurch. Qu’on se comprenne, j’ai accroché au truc tout de suite. Ambiance d’une communauté très resserrée sur elle-même, avec tous les mystères qui planent sur elle, une mort plus que surprenante, un nombre de suspect qui avoisine peu à peu le nombre d’habitants de Broadchurch… Ok, ça me va parfaitement. Néanmoins, j’ai juste eu un peu de mal à me faire à la façon dont la chose était présentée. Mais c’est un cap à passer. Une fois que l’on s’est habitué au style relativement contemplatif et tout en lenteur de la série, on ne peut plus que s’y intéresser au moins autant qu’à Sherlock. Et voilà que je compare une deuxième fois les deux séries. Il n’y a pourtant pas de quoi le faire. Leur seul point commun est d’être toutes deux des séries policières anglaises d’excellente facture. En dehors de cela, rien à voir. Absolument rien n’est fait de la même manière, ni amené de la même façon. Les personnages ne sont absolument pas traités de la même manière. Aussi j’arrêterai là cette erreur de comparer Sherlock et Broadchurch. Ce serait comme comparer une choucroute à steak de soja.

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La tension est constamment palpable dans cette série, un plus indéniable

Et puis, de toute façon, Broadchurch n’aurait aucun mal à tenir la comparaison. La série est excellente en tous points. L’intrigue générale d’abord est plus que rondement menée. Pour vous la faire simple, je suis un type qui adore quand un polar vous emmène quelque part en suivant une piste pour mieux vous faire faire demi-tour et repartir sur complètement autre chose sans pour autant lâcher l’affaire avec le premier suspect. En gros, j’aime qu’un polar construise mes certitudes et mes soupçons pour mieux tous les anéantir par la suite, qu’il rassemble les miettes pour les mettre toutes côte à côte et mieux me faire hésiter, tant et si bien qu’au final, je soupçonne tout le monde et personne d’avoir tué le petit Danny Latimer (car c’est bien de cela qu’on parle dans cette série). J’aime quand le méchant n’est pas identifié dès le départ parce que, de toute façon, il n’est pas identifiable. Broadchurch applique ce schéma à merveille et jamais ô grand jamais je n’ai réussi à arrêter mes doutes sur un protagoniste en particulier. Et quand je le faisais, il se passait un truc pour me faire oublier ça. Formidable. Mais cette série pousse le vice un peu plus loin. Ses personnages sont si bien composés que même ceux qui sont supposés être les gentils de l’histoire ne sont ni tout blanc, ni tout noir. Toute cette galerie de personnages est faite de nuances de gris allant du clair au foncé, des bons aux mauvais côtés de tout un chacun. Et le personnage d’Alec Hardy, le flic interprété par David Tennant, n’échappe pas à cela. En fait, il n’y a guère que Elie Miller (le bras droit d’Hardy, campée par Olivia Colman) qui arrive à se sortir de cet enfer en restant toujours hors de soupçon.

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Le casting de Broadchurch est d’une qualité qu’on ne peut nier

Enfin, si chaque personnage (ou presque) de la série est plutôt bien écrit, celui incarné par David Tennant reste le plus intéressant à observer. C’est, selon moi, un modèle d’écriture tant le personnage n’a pas grand-chose à voir avec les stéréotypes habituels. On pourrait le mettre dans la case des héros au cœur de pierre mais, en même temps, pas complètement. Idem si on souhaitait le ranger dans la case des flics ténébreux. Ou des mecs intègres. Hardy n’est rien de tout cela. Ou plutôt, il en est un mélange, une synthèse. Tant et si bien que, tour à tour, on a va le détester puis avoir de la sympathie pour lui. On voudra le frapper quand il se montre odieux avec plus ou moins tout le monde mais on ne saurait rester indifférent à l’émotion qu’on a pour lui quand il choisit de s’ouvrir un peu, notamment aux Miller quand il va dîner chez eux.
Concernant le scénario, il est sans conteste à observer sur l’ensemble des huit épisodes. Voyons-le finalement comme un très long film qu’on aurait découpé en huit morceaux. Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette histoire, au-delà de la multitude de rebondissements qui font que je ne sais jamais qui on doit mettre hors de cause ou pas (comme je l’évoquais plus haut), c’est le fait que chaque petit élément, même celui qu’on n’aperçoit que quelques secondes, se retrouvé lié, par un moyen ou un autre, à l’intrigue générale. A la fin, tout s’éclaire merveilleusement et on ne peut s’empêcher de lâcher un petit « Mais alors, ce truc qui me semblait insignifiant ne l’était en fait pas ? » bienvenu. La fin d’ailleurs n’est peut-être pas magistrale mais elle reste très bien orchestrée. D’abord, l’identité du tueur ne manque pas de faire son petit (gros) effet. Mais cet événement, que l’on pourrait prendre comme le point culminant d’une histoire jusqu’ici idéalement composée, n’est même pas celui qui m’a le plus touché. Non, c’est ce qui est venu après qui m’a fait quelque chose. Car on n’est pas dans Julie Lescaut et l’affaire ne se termine pas une fois que le méchant a été embarqué et que tout le monde rigole face caméra. Broadchurch est une série sombre et elle le reste jusqu’au bout, en atteste les conséquences que la révélation de l’identité de l’assassin aura sur les personnages. J’ai senti qu’on avait refusé de nous lâcher comme ça, avec le simple nom du coupable. Non, au lieu de cela, les scénaristes ont choisi qu’il fallait que le fait d’avoir ce nom provoque quelque chose en toi, te remue. Bref, tu as suivi huit épisodes dans une tension omniprésente et, à la fin, tout te pète à la gueule.

Le duo Tennant/Colman est un des meilleurs que j'aie pu voir dans une série policière

Le duo Tennant/Colman est un des meilleurs que j’aie pu voir dans une série policière

Le casting, pour terminer, m’a laissé dubitatif au début. Et puis, peu à peu, on se fait à tout, même aux petites imperfections qui n’en sont pas réellement. David Tennant et Olivia Colman ont en tous cas mené la barque avec brio. Et pour moi qui ne connais Tennant que par et pour son interprétation du 10ème Docteur, je le découvre ici sous un tout autre jour et c’est un réel plaisir de prendre ses talents dramatiques en pleine face comme ça. Il me semble avoir saisi son personnage à pleines mains et se l’être fait sien. Olivia Colman n’a pas à rougir de cela d’ailleurs. Avec son jeu calibré mais sans sombrer dans un classicisme inintéressant, elle constitue un très bon partenaire pour Tennant et la partie de ping-pong à laquelle ils s’adonnent au cours des huit épisodes est un réel plaisir. Autour d’eux, nombre de rôles « secondaires » (y a-t-il vraiment des rôles secondaires là dedans ?) faits d’individualités fortes renforcées par leurs interprètes respectifs. Si tout le monde ne s’en tire pas aussi bien que les autres (comme Tanya Franks, que l’on voit assez peu par exemple), l’ensemble reste d’une qualité recommandable.

En bref, Boradchurch fut une très bonne surprise. Idéalement écrite, avec un suspense maîtrisé et des rebondissements calculés. Esthétique aussi. Un polar en plusieurs parties de qualité, qui ne s’essouffle pas (ou très peu) et servi par un casting exemplaire. Rien à redire. On comprend que la Fox souhaite en faire une adaptation (pauvre Fox d’ailleurs, qui n’a pas assez d’idées pour ne pas adapter celles des autres…) et qu’une deuxième saison ait été commandée. La question est alors : sur quoi cette seconde saison pourra se baser ? L’avant ? L’après ? On verra bien. On sait cependant depuis quelques jours que David Tennant et Olivia Colman devraient tous les deux être de retour.

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3 réflexions sur “« Broadchurch » : petit meurtre à l’anglaise

  1. J’avais déjà lu ton article ailleurs mais ça vaut bien le coup de recommenter pour Broadchurch ! Il faut éviter de regarder les épisodes à la suite, à mon avis, mais ça reste un polar de qualité.

    • Oui je pense que regarder les huit épisodes à la suite, d’un coup, ça serait trop. A coup de 2 épisodes par semaine, ça me semblait idéal.

      Et merci d’être passée re-lâcher un commentaire ! 🙂

  2. Pingback: « Broadchurch , saison 2 : affaires de familles | «Dans mon Eucalyptus perché

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