Nintendo annonce ses résultats annuels : entre déception, promesses et expectative

Ce jeudi 8 Mai, Nintendo a tenu une conférence au cours de laquelle la firme a annoncé ses résultats financiers pour l’année fiscale qui s’est terminée en Mars. A l’approche de l’E3 qui aura lieu le mois prochain et dans un contexte où Nintendo connaît de grosses difficultés, cette conférence pouvait être l’occasion non seulement de faire un bilan mais également de rassurer les actionnaires et les joueurs (fans ou non) en dévoilant les projets de l’entreprise pour les semaines et mois à venir. Petit résumé d’une présentation que vous pouvez retrouver en intégralité et en anglais à cette adresse.

Cette conférence, c'est un peu le Nintendo Direct annuel consacré à la stratégie de Nintendo

Cette conférence, c’est un peu le Nintendo Direct annuel consacré à la stratégie de Nintendo

Chiffres mitigés et aveu d’échec

Comme on pouvait s’y attendre, Satoru Iwata (PDG de Nintendo pour ceux qui l’ignorent) entame cette présentation par le bilan de l’année écoulée. Si les chiffres ne sont pas présents dans le compte-rendu qui nous est proposé, c’est parce qu’ils ont été auparavant présentés Tatsumi Kimishima et ne sont donc pas inclus dans ce document. Néanmoins, voici en substance les données qui ont été avancées :

  • Wii U :
    • 6,17 millions de Wii U vendues depuis sa sortie en 2012 (contre un objectif de 9 millions à fin Mars 2014)
    • 2,72 millions de Wii U vendues sur les 12 derniers mois
    • Objectif pour l’année prochaine : 3,6 millions de Wii U supplémentaires vendues
    • 32,28 millions de jeux vendus sur Wii U depuis le lancement de la machine
    • 18,86 millions de jeux vendus sur Wii U sur les 12 derniers mois
  • 3DS :
    • 43,33 millions de 3DS vendues depuis sa sortie en 2011 (dont les 3DS XL et 2DS)
    • 12,24 millions de 3DS vendues sur les 12 derniers mois
    • Objectif pour l’année prochaine : 12 millions de 3DS supplémentaires vendues (dont 3DS XL et 2DS)
    • 162,92 millions de jeux 3DS vendus depuis le lancement de la machine
    • 67,7 millions de jeux 3DS vendus sur les 12 derniers mois
  • Finances :
    • Un chiffre d’affaires de près de 571,7 milliards ¥ (soit près de 4 milliards €) et en baisse de 10 % par rapport à l’année précédente
    • Pertes rapportées : 23,2 milliards ¥ (environ 164 millions €)
    • Objectif pour l’année prochaine : chiffre d’affaires de 590 milliards ¥ (environ 4,17 milliards €) et bénéfice de 20 milliards ¥ (environ 141,5 millions €)

Le constat est donc mitigé car si la 3DS continue sur sa très bonne lancée, la Wii U peine toujours autant à trouver des acheteurs et constitue de plus en plus un poids mort pour Nintendo qui enregistre des pertes pour la troisième année consécutive ! Un problème que Satoru Iwata ne manque pas d’évoquer dès le début de la conférence en pointant notamment du doigt les questions de taux de change entre monnaies qui auront pu jouer en leur défaveur. Iwata semble donc vouloir éviter de reconnaître d’entrée de jeu que le très faible score affiché par la Wii U est dû aussi à une offre qui ne correspond pas aux attentes des joueurs qui, avec la PS4 de Sony et la Xbox One de Microsoft désormais, entrent de plus en plus dans la Next Gen. Iwata, qui estime cependant se sentir « profondément responsable » de cette situation, cherche également à convaincre ses auditeurs/lecteurs que la firme qu’il dirige a fait des efforts afin de retrouver des profits « Nintendo-like« , pour reprendre ses propres termes. En gros, il estime qu’un travail a été mené afin d’approcher au mieux des résultats affichés par la Wii à l’époque. On peinera cependant à imaginer que la Wii U puisse un jour réaliser les mêmes performances. Certains répondront à cela que la 3DS avait elle aussi connu un début difficile avant de s’imposer comme la reine des consoles portables actuelles mais on ne pourra pas se cacher le fait que la situation de la 3DS n’était pas aussi catastrophique que celle de la Wii U aujourd’hui. Cette dernière devrait déployer un panel d’offres et de possibilités ahurissant pour essayer de faire face à la rude concurrence que lui opposent désormais la Xbox One et plus particulièrement la PS4. D’ailleurs, Iwata ne manque pas d’ajouter : « Nous n’avons cependant pas atteint ces résultats [du profit Nintendo-like donc] et les ventes de nos principaux produits hardware et software [console et jeux] ont finalement été bien en dessous de nos prévisions« . Un aveu d’échec, voici ce que fait Iwata au terme de cette dernière année fiscale. Il n’a donc plus le choix : étant au pied du mur (ou pas loin), il lui faut sortir de sa poche les atouts nécessaires à un retour en grâce de ses produits, Wii U en priorité. Iwata est clair dans ses propos : « S’attendre à de nouvelles pertes pour une quatrième année fiscale est inacceptable« . Tu m’étonnes. Face à sa principale concurrente la PS4, Nintendo ne peut pas se permettre de perdre encore plus. Pour Iwata, il faut absolument rééquilibrer la balance financière de Nintendo cette année. C’est l’intention majeure de l’entreprise, traduite dans les objectifs de vente et financiers cités plus haut. Il est donc nécessaire de balancer les meilleures cartes dès maintenant.

La 3DS : un succès à maintenir et à renforcer

On l’a vu, la console portable de Nintendo constitue un atout pour l’entreprise dans ce contexte difficile. Consoles comme jeux se vendent très bien, le constat est unanimement reconnu. Il faut donc, dans une optique de meilleurs résultats, conforter la place de la famille 3DS (on inclut donc les 3DS XL et les 2DS) dans la stratégie globale de Nintendo. Iwata en est conscient est résume cette pensée en une seule phrase : « La base installée de la Nintendo 3DS a déjà dépassé les 43 millions d’unités, ce qui est assez important pour développer le marché de cette plateforme« . Traduction simple : vendons d’autres 3DS mais surtout vendons toujours plus de jeux à ceux qui ont déjà acheté la console ! Pour vendre de nouvelles consoles, Iwata estime que le catalogue de jeux que propose la portable est déjà d’une qualité certaine (en plus d’être très étoffé, soit dit en passant) et est un argument de vente. Mais évidemment, il ne compte pas s’en contenter. Et c’est là que les nouveaux jeux vont jouer un rôle clé. Car non seulement ils vont permettre de remplir la collection des possesseurs actuels de 3DS mais, en plus, ils vont se poser en autant de nouvelles raisons d’acheter la console pour ceux qui ne l’ont pas encore. Iwata étale alors son jeu.

Argument n°1 : Super Smash Bros sur 3DS. Attendu pour cet été, le nouvel épisode de la série de jeux de baston made in Nintendo (qui sera d’ailleurs commun à la 3DS et à la Wii U, à quelques différences près dont la date de sortie, la version Wii U étant prévue pour plus tard dans l’année) est, on le sait, un futur best seller. La série Super Smash Bros, dirigée par Masahiro Sakurai, a toujours réalisée des ventes acceptables (plus de 3 millions d’unités pour le premier, plus de 7 millions pour Melee et plus de 5 millions pour Brawl). La question que je me pose néanmoins est la suivante : peut-on être assurés que ce jeu fera des ventes phénoménales sur 3DS alors qu’il doit aussi sortir sur Wii U et que cette licence a jusqu’ici toujours été dédiée aux consoles de salon (Nintendo 64, Gamecube puis Wii) ? Plusieurs réponses sont possibles selon moi et attestent du fait que je ne sais pas ce que ça va donner. Tout d’abord, on peut imaginer que le jeu se vendra plus sur 3DS que sur Wii U en raison de la base installée de la console portable qu’évoquait Iwata lui-même plus tôt dans sa présentation. D’autant que la versions portable sortira avant la version salon. On peut donc imaginer que les fans ne voudront pas attendre plus longtemps et se rueront sur l’itération nomade du jeu plutôt que d’attendre encore. Ensuite, on peut imaginer que la version Wii U se vendra mieux, en souvenir du caractère sédentaire des précédents opus. Enfin, on peut aussi imaginer le cas où la version Wii U et la versions 3DS ne se paralyseront pas l’une l’autre. Certains achèteront sur 3DS, d’autres sur Wii U (voire même sur les deux !), console qui pourrait voir ses ventes augmenter quelque peu grâce à ce jeu d’ailleurs. Je doute tout de même que ce Super Smash Bros puisse être le sauveur de la Wii U en 2014. Mais nous parlerons de cette console plus en détail par la suite, aussi revenons à la 3DS et aux plans qui lui sont dédiés.

Super Smash Bros est une référence du catalogue de Nintendo mais cette licence peut-elle sauver l'année 2014 ?

Super Smash Bros est une référence du catalogue de Nintendo mais cette licence peut-elle sauver l’année 2014 ?

Argument n°2 : Pokémon Rubis Omega et Pokémon Saphir Alpha. Ils n’ont été annoncés qu’hier mais, déjà, l’engouement se fait sentir. Les critiques aussi, notamment celles qui accusent une stratégie de recyclage synonyme de facilité. Mais, franchement, on imagine mal ces remakes des versions Rubis et Saphir (sorties initialement sur Game Boy Advance) se planter. Iwata rappelle d’ailleurs que ces opus originaux s’étaient vendus à 5,44 millions d’unités au Japon et 16,22 millions dans le monde entier. Néanmoins, il convient de relativiser cela : 16,22 millions, ça reste derrière les presque 25 millions d’unités des versions Or et Argent et les plus de 30 millions d’unités de Bleu et Rouge (entre autres). En fait, rétrospectivement, les opus GBA font partie de ceux qui ont le moins bien marché dans toute l’histoire de la licence (voir les chiffres de ventes mondiales en 2011). On est donc en droit de se demander si ces futurs remakes se vendront aussi bien qu’on pourrait l’espérer chez Nintendo, d’autant que les précédents remakes qu’on nous a proposés ont moins bien marché que les opus dont ils sont tirés. Rouge Feu et Vert Feuille (remakes de Bleu et Rouge sur GBA) ainsi que HeartGold et SoulSilver (remakes de Or et Argent sur DS) se sont respectivement écoulés à un peu plus de 10 millions d’unités. Peut-on réellement envisager que Rubis Omega et Saphir Alpha soient en mesure de faire mieux alors que les versions originales se vendaient déjà moins bien que les autres ? Quelques hypothèses peuvent permettre d’y croire : un accueil chaleureux de la part de joueurs qui n’ont pas connu les versions GBA, un accueil chaleureux dû à la réutilisation des concepts qui ont fait le succès des épisodes X et Y sur 3DS… Difficile d’y voir clair pour le moment mais, à titre strictement personnel, j’émets des réserve quant à la réussite que connaîtront ces deux nouveaux jeux. Ils se vendront, ils le feront sans doute bien, mais ça ne sera pas non plus le plus gros succès de la licence.

Cela fait longtemps que les fans réclament ces remakes

Cela fait longtemps que les fans réclament ces remakes

Argument n°3 : Tomodachi Life. Véritable nouveauté pour ceux qui ne vivent pas au Japon, Tomodachi Life est le jeu de simulation de vie de Nintendo. Comme le souligne Satoru Iwata, deux jeux de la série ont déjà été édités au Japon, un sur DS, le second sur 3DS. Quel est le principe du jeu ? Il s’agit en fait d’une sorte de Sims-like entièrement conçu pour s’intégrer dans l’univers de Nintendo. Cela passe déjà par l’utilisation des Mii comme personnages du jeu. Ces derniers seront amenés à se rencontrer dans le jeu, à faire des activités ensemble, à fonder une famille, etc. De la simulation de vie quoi. Iwata mise sur ce jeu notamment en faisant écho aux retours qu’il dit avoir eu suite au Nintendo Direct qui fut dédié à la présentation de cette nouvelle licence pour les joueurs hors Japon. Selon lui, une attente s’est constituée autour de Tomodachi Life et laisse envisager des ventes acceptables. Notons qu’au 31 Décembre 2013 (soit un petit peu plus de sept mois après sa sortie), Tomodachi Life s’était écoulé au Japon à 1,82 millions d’unités. De plus, la semaine de sa sortie, le jeu s’était placé n°1 dans le classement des meilleures ventes de jeux vidéo. Avec cette licence, dont la sortie est prévue en Amérique du Nord et en Europe pour le 6 Juin prochain, Iwata espère afficher un résultat peu ou prou semblable à celui d’Animal Crossing – New Leaf. Rappelons que le jeu avait d’abord connu un réel succès au Japon avant de très bien se vendre dans le reste du monde sept mois plus tard. Il ne faut pas pour autant oublier que la situation n’est pas la même. Là où Animal Crossing disposait déjà de son lot de fans prêts à acheter le tout dernier opus, Tomodachi Life va devoir se faire connaître. A Nintendo donc de faire en sorte que les gens prennent connaissance de ce jeu et aient envie d’y jouer.

Une nouvelle licence pour le marché occidentale, on en manquait

Une nouvelle licence pour le marché occidentale, on en manquait

Nous avons donc ici les trois principaux arguments que Nintendo avance pour maintenir et renforcer le succès de sa 3DS : une nouvelle licence, le dernier Super Smash Bros et enfin les remakes des versions Rubis et Saphir de la franchise Pokémon. Globalement, on peut se permettre de faire confiance à ces jeux pour assurer des ventes satisfaisantes. Les principales réserves sont à mon sens à émettre sur le cas de Tomodachi Life, inconnu hors du Japon et qui doit donc réussir à se positionner sur le marché mondial en peu de temps (il sort dans un mois). En parallèle à ces annonces majeures, Satoru Iwata dévoile quelques lignes directrices pour le marché japonais en évoquant quelques jeux qui n’ont pas encore de date de sortie européenne ou américaine. Mais avant cela, on retrouve Monster Hunter 4 Ultimate. Depuis 2009,  Nintendo s’est entièrement approprié cette licence développée par Capcom. En effet, les deux derniers épisodes en date (Monster Hunter Tri et Monter Hunter 3 Ultimate) sont sortis exclusivement sur Wii puis sur Wii U et Nintendo 3DS. Une exclusivité qui se poursuivra avec ce nouveau volet dont la sortie n’est prévue que sur 3DS. Selon Iwata Monster Hunter 4 Ultimate « jouera un rôle clé« . Le caractère exclusif du jeu laisse en effet espérer cela. Je ne m’avancerai cependant pas à des hypothèses hasardeuses ici car j’avoue n’avoir aucune idée de ce qu’ont donné les ventes des opus Wii U et 3DS. Mais revenons aux jeux dont l’annonce se limite pour le moment au Japon. En premier lieu, Iwata évoque Yokai Watch 2, suite de Yokai Watch, sorte de Pokémon-like sorti uniquement au Japon pour l’instant. Aussi se demande-t-on si les deux sortiront un jour chez nous. En parallèle, on relèvera l’annonce de Persona Q : Shadow of the Labyrinth, première incursion (si je ne dis pas de bêtise) de la licence Persona chez Nintendo. Enfin, Iwata évoque la sortie de Taiko no tatsujin Don to Katsu no jikuu daibouken. Je ne m’étendrai pas sur ce jeu, d’une parce que je ne le connais pas et ensuite parce qu’il n’est pas garanti que nous en voyions la couleur un jour en Europe. De plus, je préfère passer maintenant à la partie de la conférence consacrée à la Wii U. Il s’agit bien là du secteur dans lequel les annonces doivent être les plus percutantes.

Wii U : cartouches miracles ?

La Wii U est un cas particulier dans l’histoire de Nintendo. Si la  Gamecube avait souffert de critiques assez virulentes à son égard, elle n’a pas connu un dixième de ce que la dernière console de salon de Big N endure en ce moment. Trop peu de ventes, trop peu d’intérêt ajouterons d’autres… En quelques mots comme en mille : c’est une catastrophe. Aussi, afin de se réveiller (trop tard ?), Satoru Iwata a choisi de dévoiler ses plans concernant la Wii U pour l’année fiscale à venir. L’objectif principal de Nintendo est le suivant : développer les propres forces de la firme pour imposer plus largement sa console. Si les chiffres d’avant-conférence nous indiquaient que l’objectif était de vendre 3,6 millions de consoles supplémentaires, il faut encore avoir de quoi créer l’envie chez les joueurs. Pour cela, Iwata semble vouloir se réfugier dans les valeurs sûres et présente deux jeux comme les fers de lance de sa stratégie pour 2014 : Mario Kart 8 (sortie le 30 Mai prochain) et Super Smash Bros (prévu pour cet hiver). Les mots d’Iwata ne cachent pas toute la confiance qu’il met dans ces deux jeux : « produits phares« , « piliers« . La bande à Mario, qu’elle se bastonne ou qu’elle fasse la course, est là pour soutenir la Wii U et renforcer les résultats de Nintendo. Ensuite, Iwata déclare vouloir faire de la Wii U une console intéressante à travers une offre de jeux dont les fonctionnalités seront très largement orientées autour de ce que permet de réaliser le GamePad. Manette intéressante, la mablette de Nintendo n’en demeure pas moins critiquée par son manque d’intérêt dans le gameplay de nombreux jeux, en particulier ceux que l’on trouve sur d’autres plateformes. Ainsi, les Assassin’s CreedCall of Duty et autres Batman ne tirent pas assez profit de cette manette et de ses spécificités, la reléguant alors au rang d’accessoire alors qu’elle se présente comme une nouvelle façon de jouer. Il faut donc porter un intérêt plus grand sur le GamePad dans le développement des jeux que la Wii U accueillera dans l’avenir. Cela pose la question de savoir comment les éditeurs tiers vont réagir. Déjà qu’ils sont loin d’être légions à soutenir la Wii U, vont-ils accepter de voir Nintendo leur dicter plus de consignes quant à l’intégration du GamePad dans les gameplays ? D’autant que cela peut entraîner des délais plus longs. Dernier exemple en date, Watch_Dogs d’Ubisoft. Prévu pour sortir à la fin du mois sur PS3, PS4, Xbox 360, Xbox One et PC, il faudra attendre au moins l’automne 2014 pour le voir arriver chez Nintendo, le studio souhaitant offrir la meilleure expérience possible aux joueurs sur Wii U (d’après ce qu’ils disent). Pour cela, il faut revoir certaines phases de gameplay, retravailler le jeu et, par conséquent, prendre plus de temps que pour les autres consoles. Le risque est alors de voir les éditeurs tiers poursuivre dans leur logique de délaissement relatif du GamePad et Nintendo seul à offrir des jeux qui prennent complètement en compte cette manette. Et finalement, revoilà ce bon vieux risque de faire de la Wii U une console de Nintendo pour Nintendo, à l’image de la Wii, largement critiquée pour cela.

Mais Iwata tâche d’éluder ces sombres soupçons en évoquant justement le rapport entre Nintendo et les éditeurs tiers avec lesquels la firme travaille. Satoru Iwata souhaite, selon ses dires, conserver une relation « gagnant-gagnant » avec les tiers qui éditent sur consoles Nintendo. Afin d’illustrer cette ouverture aux autres studios, plusieurs logos de jeux sont présentés, qu’ils soient prévus sur Wii U ou sur 3DS : Persona QDisney InfinitySonic BoomMonster Hunter 4 UltimateWatch_Dogs et LEGO Ninja – Nindroids. A ceux-ci doivent s’ajouter d’autres jeux dont les logos n’ont pas été intégrés puisqu’ils n’ont pas encore été annoncés. Toujours dans ce cadre, Satoru Iwata réaffirme son envie d’accueillir les jeux tiers les plus intéressants à développer pour la Wii U. Enfin, il ajoute à ces jeux quelques exemples de dématérialisés qui seront eux aussi disponibles sur Wii U et 3DS : Shovel Knight1001 SpikesArmilloScramKitty, Siesta Fiesta et enfin Moon Chronicles. Le message de Nintendo est clair : il faut accueillir les éditeurs tiers et indépendants sur ses consoles. La logique est bonne mais comment convaincre des studios qui, depuis longtemps maintenant, ont décidé de tourner le dos à la Wii U ? Comment faire en sorte qu’EA et Activision développent des jeux pour une console qui ne les intéresse pas ? Les intentions sont bonnes mais une stratégie forte doit être mise en place pour atteindre ces objectifs. Une stratégie qui n’est à aucun moment mentionnée dans cette conférence.

Les gens de Nintendo savent qu'il faut accueillir les jeux des tiers et indépendants. Le feront-ils bien ?

Les gens de Nintendo savent qu’il faut accueillir les jeux des tiers et indépendants. Le feront-ils bien ?

Concernant la console en tant que machine, une mise à jour est prévue un peu avant ou au cours de l’été prochain. L’une des principales améliorations qu’apportera cette mise à jour sera un menu de démarrage rapide. Comprenons-nous, aujourd’hui quand vous allumez votre Wii U, vous avez droit au logo de la console puis au logo Nintendo (ou l’inverse, peu importe). Vous devez ensuite choisir votre compte pour enfin arriver au menu principal à partir duquel vous choisissez le jeu ou l’application à lancer. Avec le démarrage rapide, la première chose que vous ferez sera de choisir le jeu/l’application puis votre compte. Les logos passent et vous démarrez directement ce que vous souhaitez faire. Le tout à une vitesse quelque peu supérieure à celle du démarrage dans ses formes actuelles. Une vidéo de démonstration est disponible sur cette page (troisième vignette). Ensuite, une autre ambition affichée par Satoru Iwata est de développer le lien console/smartphone. Il s’agit là d’un des objectifs qu’il avait déjà présentés dans la conférence tenue en Janvier dernier. Cette présentation avait été l’occasion de développer plusieurs axes de travail pour Nintendo qui sont rapidement rappelés ici au détour d’une diapo : redéfinir ce qu’est une console de jeu, développer activement le lien console/smartphone, changer l’approche de Nintendo vis-à-vis des nouveaux marchés, étendre le business de l’entreprise à de nouvelles aires et enfin utiliser de manière active les personnages emblématiques de l’entreprise (Mario, Zelda, Link, Donkey Kong, les Pokémon…). Mais retournons à nos smartphones et à nos tablettes aussi d’ailleurs car elles sont également à inclure dans cette politique. L’annonce principale liée à cela au cours de cette conférence est la mise sur le marché prochaine d’une application qui devra « montrer comment Nintendo peut utiliser ces supports [smartphones, tablettes…] ».

Et c’est là que Mario Kart 8 entre en scène car c’est avec lui que Nintendo compte expérimenter son travail dans le domaine des applications pour smartphones et tablettes via l’appli Mario Kart TV (nom temporaire apparemment). Grâce à elle, il sera possible de partager sur internet des vidéos tirées des courses que les joueurs feront. Le lien avec les comptes Nintendo Network sera bien évidemment possible. Nintendo en profitera également pour diffuser des vidéos qui pourront servir d’indices et d’astuces pour le jeu. Tout ce contenu sera accessible via un site internet dédié et grâce à une application pour tablettes et smartphones. Néanmoins, il y a un petit point sur lequel je doute : s’agira-t-il d’une application à proprement parler (téléchargeable sur App Store, Google Play et autres) ou bien d’un site internet adapté pour être lu sur smartphones et tablettes ? Après tout, le terme « application » n’est jamais utilisé dans la conférence et aucun téléchargement n’est mentionné. Là n’est pas la question la plus importante après tout… En attendant, voici ce à quoi pourrait ressembler cette interface web.

L'interface telle que prévue pour un smartphone

L’interface telle que prévue pour un smartphone

Si j’attends de voir si ce web service présentera un réel intérêt vis-à-vis du jeu, il est intéressant en tous cas de voir Nintendo tenter de nouvelles choses dans ce domaine, une ambition qui semble lui avoir été insufflée par le constat de l’efficacité de ses services en ligne, comme Satoru Iwata se plaît à le rappeler en soulignant les points suivants :

  • Le taux de connexions à internet sur 3DS et Wii U a largement augmenté par rapport aux Wii et DS Lite/DSi
  • L’offre de jeux uniquement téléchargeable a été enrichie
  • L’eShop a gagné en importance et se révèle devenir une véritable source d’information pour l’actu du jeu vidéo (ceux édités sur Nintendo, évidemment)
  • etc… (oui, etc parce que le reste est, à mon sens toujours, moins important à souligner)

Mais je crois que ce n’est pas là que Nintendo a fait la plus importante de ses annonces. Non, c’est dans ce qui suit. Dans cette proposition faite aux joueurs et qui fait (enfin !) écho aux promesses qu’on nous a vendues en même temps que la Wii U. Je parle bien sûr du NFC. Pour les néophytes, le NFC est un système qui permet notamment d’utiliser des figurines à l’effigie de divers personnages afin d’incarner lesdits personnages dans les jeux correspondants. Si vous jouez à Disney Infinity ou à Skylanders, vous voyez forcément de quoi je parle. Le NFC était l’une des promesses les plus saisissantes de la Wii U, celle qui devait faire basculer tout le monde du côté de la nouvelle console de Nintendo. Mais cette fonctionnalité s’est fait attendre beaucoup trop longtemps et ce n’est qu’aujourd’hui que Big N décide de dévoiler ses projets. Ceux-ci couvrent deux champs.

Le premier concerne la volonté de la firme de développer un nouveau mode de paiement pour sa Wii U. Vous avez sans doute déjà entendu parler de cette fonction de plus en plus répandue dans les cartes bancaires et qui permet d’effectuer des petits paiements sans entrer la carte dans la machine ni avoir à taper son code. Peut-être même en bénéficiez-vous déjà. L’objectif à terme est ici de réaliser la même chose, d’abord au Japon puis ensuite à échelle mondiale. L’idée d’orienter ce système en particulier vers les petits paiements est d’ailleurs mise en avant dans la présentation d’Iwata. En soi, l’idée n’est pas pour me déplaire. Imaginons, je me rends sur l’eShop de ma Wii U et je regarde un peu les jeux de la console virtuelle. Je vois qu’ils tournent tous dans des sommes allant de (plus ou moins) 4€ à 10€ et je finis par me laisser tenter par ce bon vieux Zelda II : Adventure of Link. Je passe à l’écran d’achat, je sors ma carte bancaire et la passe devant mon GamePad et hop ! Le tour est joué, la somme est débitée, le jeu est téléchargé. Ce n’est pas révolutionnaire mais c’est sympathique. Evidemment, on s’attend à ce que Nintendo maintienne un niveau de sécurité identique à celui déjà assuré à l’heure actuelle pour les paiements sur eShop. Pour Iwata, cette nouvelle fonctionnalité devrait permettre de donner de la Wii U l’image d’une console « user-friendly« . Je pense que cette idée ne sera pas difficile à mettre en place et passera assez facilement dans les habitudes des joueurs.

Mais c’est avec le deuxième aspect du NFC que Nintendo tient peut-être la bonne corde. Ici, Big N souhaite rejoindre et appliquer son idée d’utiliser de manière active les personnages emblématiques de l’entreprise, comme je l’ai rapidement mentionné précédemment. Vous sentez venir le truc là, ou pas ? L’idée est simple pourtant : utiliser des valeurs sûres de la boite (Mario, Link et tous les autres) afin de faire rentrer des sous dans une caisse qui a plus tendance à se vider qu’à se remplir. Solution : les figurines compatibles NFC. Nintendo les appelle d’ailleurs NFP, acronyme valable à la fois pour NFC Featured Platform et Nintendo Figurine Platform. En gros, on va vous vendre des figurines à l’effigie des principaux personnages des principales licences de Nintendo pour les utiliser dans vos jeux. Pour cela, Iwata annonce (sans plus de détails pour autant) l’arrivée dans le futur de multiples titres qui permettront d’utiliser cette fonctionnalité. Mais n’allez pas croire que ces figurines ne sont que du DLC qui tient dans la main. Après tout, on pourrait se laisser tenter par cette conclusion, les figurines étant payantes et permettant très probablement de débloquer de nouvelles choses in game. Néanmoins, il ne devrait pas vous en coûter autant qu’avec le modèle actuel des DLC (quoique, on ne sait pas trop ce que nous réserve Nintendo) car une seule et même figurine pourra avoir une utilité pour plusieurs jeux. Au moins trois si l’on en croit l’image suivante, tirée de la conférence.

Une figurine Mario pourra être utilisée dans plusieurs jeux différents

Une figurine Mario pourra être utilisée dans plusieurs jeux différents

L’idée est riche, d’autant qu’elle va jouer sur le côté collectionnite des uns et l’envie de tout débloquer des autres. Techniquement, on apprend également que ces figurines NFC pourront naturellement envoyer des données dans le jeu mais également en écrire. C’est-à-dire que si vous avez par exemple (je dis n’importe quoi hein, c’est juste pour illustrer le concept) un Link pour lequel vous avez débloqué dans le jeu une tenue spéciale, cette donnée-là sera gardée en mémoire dans la figurine et votre Link aura toujours la possibilité d’utiliser ladite tenue spéciale. On peut même imaginer que la tenue en question pourra alors être aussi utilisée dans un autre jeu pour lequel votre figurine de Link fonctionne. J’avoue que tout ceci me fait grandement envie. D’une part parce que le concept est cool, d’autre part parce qu’on me l’a tellement fait attendre que son imminente arrivée renforce tout l’intérêt que je lui porte. Mais là où Nintendo peut réaliser le coup de maître, c’est si ils se décident à appliquer l’idée aux Pokémon. Après tout, on apprend dans la conférence que le NFC sera également proposé pour les joueurs 3DS grâce à un petit support qui fonctionnera en infra-rouge avec la console. Il est inimaginable que le saga Pokémon passe au travers de cela. Or, ce sont aujourd’hui pas moins de 719 bestioles qui existent dans ces jeux. On ne va pas se mentir, c’est une poule aux œufs d’or pour Nintendo. Plus de 43 millions de possesseurs de 3DS et plus de 11 millions de joueurs sur Pokémon X et Y qui sont présents sur cette planète. Vous voyez ce que je veux dire… Sans parler des possibilités de liens à faire entre Wii U et 3DS par ce biais. Les détails concernant les premiers systèmes NFC opérationnels seront donnés le mois prochain, lors de l’E3.

C’est donc ainsi que s’est achevée cette conférence. Que retenir ? Tout d’abord cet aveu d’échec de la part de Nintendo, qui reconnaît ne pas avoir fait les efforts suffisants pour atteindre ses objectifs et pour écouler les stocks de sa Wii U. Ensuite, le rôle central joué par la 3DS, dont la base installée apparaît comme étant au cœur de la stratégie de Nintendo. Il lui faut jouer sur ce public déjà présent et la firme semble l’avoir compris. Il y a également cette volonté affichée mais quelque peu discrète de vouloir continuer à travailler main dans la main avec les éditeurs tiers et indépendants. On note cependant à ce sujet un petit manque qui laisse imaginer que l’on ne sait pas trop où l’on va dans ce domaine, d’autant que de gros éditeurs comme EA ou Activision ont déjà commencé à quitter le navire. Pour la Wii U, car c’est bien d’elle qu’il s’agit si l’on veut parler de problèmes auxquels il faut trouver des solutions, l’annonce principale repose bien sûr dans le développement tant attendu du NFC. C’était LA promesse du lancement de la console et on l’avait quasiment oubliée. En maîtrisant son sujet, Nintendo peut réussir un joli coup avec cette technologie. Cela ne sera peut-être pas suffisant pour véritablement entrer dans la course face à des PS4 et Xbox One plus puissantes, mais on peut espérer que cette offre permettra de repartir sur de bons rails. Le reste des axes stratégiques présentés ici sont à mon avis plus anecdotiques, bien qu’il y a sans doute des choses intéressantes à faire dans le croisement entre consoles et smartphones/tablettes. Attendons néanmoins de voir comment sera accueillie cette idée avec Mario Kart 8 et Mario Kart TV.
A titre personnel, je ressort de cette conférence avec l’impression que Nintendo a vraiment un coup à jouer maintenant, ce qui n’était pas trop le cas auparavant. Elle a des cartes en main et certaines sont des cartes maîtresses qui peuvent changer la donne (au moins vers un retour à des résultats positifs). Mais je trouve tout de même qu’il y a des éléments sur lesquels Nintendo n’oriente pas assez sa stratégie, à commencer par le renforcement du travail avec les tiers. La Wii U, pour se vendre, ne doit pas être privée des plus grosses licences du marché du jeu vidéo. Déjà qu’elle va perdre Assassin’s Creed et la série des Arkham cette année, il ne faudrait pas que seuls les jeux Nintendo soient présents sur cette machine. Big N doit encore et toujours s’ouvrir.

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2 réflexions sur “Nintendo annonce ses résultats annuels : entre déception, promesses et expectative

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