La Marque des Anges, Sylvain White, 2013

La Marque des Anges, film policier de Sylvain White. Avec Gérard Depardieu, Joey Starr, Helena Noguerra, Rüdiger Vogler…
La note du Koala : 3/5

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Le pitch : A Paris, Lionel Kasdan (G. Depardieu), flic de la BRI à la retraite, enquête sur la mort d’un chef de chorale dont on a percé les tympans. En parallèle, Frank Salek (J. Starr) enquête pour Interpol sur un réseau responsable d’enlèvements d’enfants. Bientôt, leurs enquêtes se rejoignent et révèlent un adversaire plus impitoyable qu’il n’y paraissait.

La critiqueLa Marque des Anges, ou Miserere si on souhaite l’appeler par son sous-titre, a tout du polar à la française. Ou presque. Et c’est ce « presque » là qui lui fait rater quelques marches.

J’allais dire que, dès le départ, on est dans l’ambiance de ces films policiers bien de chez nous mais ç’aurait été oublier la teneur de l’introduction du film de Sylvain White. Celle-ci laissait d’ailleurs croire qu’on allait avoir droit à autre chose. Une sorte de polar dynamique, enlevé et, surtout, qui arrive à se sortir des mécanismes et clichés habituels. Et puis vient la suite, qui nous ramène froidement à nos bonnes vieilles habitudes. Des flics pas comme les autres – l’un à la retraite, l’autre camé – mènent une enquête pas comme les autres. Sylvain White aurait même pu aller directement à cela mais il a préféré utiliser le bon vieux coup des deux enquêtes qui n’ont a priori rien à voir et qui, par la force des choses, convergent doucement jusqu’à se confondre en une seule recherche policière. D’un côté, je le lui reproche mais, d’un autre côté, je me dis que c’est peut-être à Jean-Christophe Grangé qu’il faudrait adresser cette remarque, étant donné que ce film est adapté de son roman Miserere. Ne l’ayant pas lu, je ne m’avancerai pas là-dessus. Sorti de ces premiers aspects, on trouvera d’autres éléments un peu gênants. A commencer par ce qui s’avère être le fin mot de l’histoire. Je parle ici du projet contre lequel luttent Kasdan et Salek (sans le savoir au départ) mais je n’en dirai pas plus, histoire de ne pas spoiler. Enfin le fait est que c’est assez incongru. « L’arme » que met au point le principal antagoniste de ce film est à la fois surprenante et…ridicule ? Etant donné la teneur assez sombre du scénario, cet aspect (qui relève assez de la fantaisie) vient quelque peu trancher et casser le tout. C’est en fait là le problème n°1 de La Marque des Anges : ses incohérences. Ici, j’évoque un incohérence en termes de rupture entre l’ambiance générale du film et le caractère fantaisiste du bras armé du méchant. Mais je pourrais aussi parler des incohérences moins importantes qui ponctuent le film de temps à autres. Je pense notamment à cette scène où un homme tente d’assassiner Salek à l’hôpital. Ce dernier, on l’a vu sur le plan d’avant, est assez mal en point. Affaibli par une blessure, il se déplace comme il peut. Et voilà que moins de deux minutes plus tard, le même homme se bat comme un damné et à mains nues contre un adversaire des plus coriaces ! Et il s’en sort bien. Comme si de rien n’était.

Joey Starr et Gérard Depardieu incarnent respectivement Franck Salek et Lionel Kasdan

Joey Starr et Gérard Depardieu incarnent respectivement Franck Salek et Lionel Kasdan

A côté de cela, on se laissera plus facilement séduire par le style général du film. Cela peut d’ailleurs sembler paradoxal puisque je regrettais plus haut le côté un peu trop conformiste de ce polar made in France qui n’utilise que trop bien les aspects les plus caractéristiques du genre. Cependant, si le fond me laisse un goût légèrement amer, la forme me séduit déjà un peu plus. Si les mécaniques typiques de ce genre de films sont trop vues et revues, je reste cependant friand de la façon dont les réalisateurs français les mettent en images. Sylvain White n’échappe pas à cela et si l’on pourra lui reprocher de ne pas oser s’aventurer plus en avant dans une recherche plus personnelle autour de tous ces schémas, on lui reconnaîtra son assez bonne application des recettes qui ont fait les meilleures œuvres. White joue alors sur les ombres, l’obscurité, la lumière, tel que l’auront fait avant lui les meilleurs metteurs en scène de polars. Il créé alors une ambiance particulière, froide mais saisissante. En cela, La Marque des Anges permet de retrouver divers éléments de mise en scène que l’on a pris l’habitude de voir et que, malgré nous peut-être, on attend de ces thrillers. Du coup, le film se présente alors à nous (à moi en tous cas) comme un gros fauteuil certes un peu usé mais dans lequel on s’installe avec aisance et la sensation de retrouver un confort qu’on croyait perdu. Le souci vient alors principalement du fait que beaucoup de monde a pris l’habitude de reproduire ce genre de fauteuil, aussi, il ne nous paraît plus aussi exceptionnel qu’il aurait pu l’être.

Ce genre de plan est éculé mais s'il n'y en avait pas eu, on se serait demandé pourquoi

Ce genre de plan est éculé mais s’il n’y en avait pas eu, on se serait demandé pourquoi

Concernant le casting, on retiendra bien évidemment les deux têtes d’affiche que sont Gérard Depardieu et Joey Starr. Si les deux acteurs forment un duo plutôt inattendu, il n’en demeure pas moins que leur échange reste une bonne surprise. Pourtant, l’un comme l’autre, ils sont complètement dans leurs registres habituels. Depardieu joue sur cette fine corde sur lesquels ses personnages se posent, à la fois doux et durs. Il exprime une sorte de fausse naïveté et de tendresse qui vient se poser en contraste par rapport à un ton et des répliques affichant plus clairement l’état d’esprit du personnage, bien plus costaud qu’il n’y paraît. Quant à Joey Starr, il rappelle ici le policier qu’il campait dans le Polisse de Maïwenn. Lui aussi à la fois rude et tendre, ce protagoniste-ci se présente comme un homme qui cherche à compenser sa douleur passée par une dureté présente particulièrement pesante. L’acteur emploie alors le temps qu’on lui connaît, rageur mais emprunt d’une certaine douleur. C’est en cela que les deux acteurs se rejoignent et forment, finalement, un duo agréable, bien qu’inégal, Depardieu l’emportant sans doute grâce à l’expérience. A mon sens Joey Starr s’affirme de plus en plus en tant qu’acteur mais il lui reste encore du chemin à parcourir avant de pouvoir réellement faire jeu égal avec des hommes de la trempe de son partenaire d’alors. Quant au reste du casting, on n’y reviendra pas trop. Porté essentiellement par son duo de flics, le film laisse très peu de place aux seconds rôles. Tout juste notera-t-on la performance de Rüdiger Vogler, qui rend son personnage encore plus détestable que sur le papier.

La Marque des Anges semble donc tenter de se hisser au niveau des meilleurs polars français. S’il use pour cela de manière inégale des ficelles du genre, il n’atteint pas son objectif à 100 % mais reste agréable à regarder. L’attention restera en tous cas principalement portée sur le coupe Depardieu/Starr.

Le « Oh, au fait ! » :
La Marque des Anges constitue la quatrième adaptation d’un roman de Jean-Christophe Grangé après Les Rivières PourpresL’Empire des Loups et Le Concile de Pierre.

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