12 Years a Slave, Steve McQueen, 2013

12 Years a Slave, biopic de Steve McQueen. Avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Lupita Nyong’o, Benedict Cumberbatch…
La note du Koala : 4,5/5

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Le pitch : En 1841, Solomon Northup (C. Ejiofor) est enlevé et vendu comme esclave alors qu’il était un homme libre. Renommé Platt, Solomon n’aura de cesse, de la plantation de William Ford (B. Cumberbatch) à celle d’Edwin Epps (M. Fassbender), de trouver un moyen de devenir libre à nouveau.

La critique : Je suis allé voir 12 Years a Slave sans l’avoir calculé. Je n’étais même pas parti pour le voir à vrai dire. Mais les circonstances m’ont conduit à me rendre dans la salle 6 de mon cinéma plutôt qu’une autre. Et, finalement, je ne pourrais pas dire que je le regrette.

TWELVE YEARS A SLAVE

La reproduction des décors et costumes de l’époque est parfaite.

Adapté du livre éponyme écrit par le vrai Solomon Northup, 12 Years a Slave est un formidable film. J’ai lu quelque part la critique d’un internaute qui estimait que le dernier film de Steve McQueen traitait de l’esclavage sans pour autant y apporter de réelle nouveauté, que le choix de s’intéresser à l’histoire de Solomon Northup n’évait rien d’exceptionnel en soi… S’il est vrai qu’on aurait pu parler de n’importe quel autre homme libre enlevé et devenu esclave (voire même composer une fiction sur le sujet), il n’en demeure pas moins que le fait de se baser sur un témoignage aussi précis et précieux que celui de Solomon Northup n’est en rien un choix sans audace. A travers le récit de sa propre expérience, cet homme nous a livré une vision la plus réaliste possible des faits. Mieux que n’importe quel historien. Steve McQueen a sans aucun doute saisi cet aspect de la chose. Alors oui, on tombe parfois dans le « cliché » du genre : les gentils esclaves qui cachent leur éducation, le méchant négrier qui frappe ses « biens » à moult reprises… Mais comment aurait-on pu ne pas parler de ça ? D’autant que ces éléments font partie de la véritable histoire. Et puis, c’est sans compter que ce film compte plusieurs éléments qui viennent trancher un peu avec le classicisme avec lequel on parle parfois de la traite des Noirs aux Etat-Unis. Prenons en exemple le cas de William Ford. Négrier certes, mais pas inhumain pour autant, en atteste sa volonté de protéger Solomon de l’abominable charpentier qu’il employait sur sa propriété. Non, je crois sincèrement que 12 Years a Slave, tout en restant proches des classiques du genre, s’offre la capacité d’explorer cette thématique de manière plus intéressante, plus approfondie peut-être, simplement parce qu’on y trouve selon moi une authenticité certaine.

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Benedict Cumberbatch, c’est toujours un plaisir.

Et puis la mise en scène de Steve McQueen ne dessert absolument pas un propos rondement mené. Le cinéaste, que je découvre par la même occasion (non, je n’ai pas vu Hunger, ni Shame), offre à son film une impeccable réalisation. Grâce à cet esprit cinématographique affûté, la violence de la réflexion menée par 12 Years a Slave transpire dans chaque plan, dans chaque situation. McQueen construit son film en allant crescendo, intensifiant à chaque nouvelle scène les difficultés que rencontre Solomon et, en même temps, le malaise du spectateur que je suis face à cette débauche de cruauté et d’injustice. Tout cela va en prenant plus d’ampleur jusqu’à ce point culminant, ce climax où Solomon se retrouve dans une position effroyable vis-à-vis de ses camarades esclaves et également vis-à-vis de lui-même. Dans cette scène insoutenable, dont je tâche de ne rien vous révéler afin que vous ne perdiez pas une seule once de sa force émotionnelle lorsque vous la verrez (si ce n’est déjà fait), McQueen synthétise tout ce qu’il a voulu dire et montrer au cours de ce film.

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Michael Fassbender est impressionnant.

Enfin, il ne faut pas oublier de parler du casting. Car Steve McQueen a su s’entourer d’une distribution parfaite, à commencer par Chiwetel Ejiofor, dont j’ignorais que je l’avais déjà vu dans Love Actually2012 ou encore American Gangster. A la fois puissant et fragile, le jeu de cet acteur se hisse sans mal au niveau des meilleurs que j’aie pu voir. Il confère sans conteste à Solomon une prestance qui tranche pourtant beaucoup avec sa condition d’esclave. Mais cela n’est en rien une mauvaise chose car il rappelle la fierté qu’il habite et l’envie la plus profonde qu’il a de retrouver sa liberté. Solomon devient alors un de ces héros qui tombent mais se relèvent sans cesse. Chiwetel Ejiofor semble s’être accaparé à 100 % le personnage de Solomon et il lui offre une interprétation qui n’a rien à envier à celle des acteurs plus connus qui l’entourent, comme Michael Fassbender, que j’ai trouvé ici absolument bluffant. Son interprétation de Magneto dans X-Men – Le Commencement m’avait laissé envisager que cet acteur que je connais finalement assez peu était capable de jouer des choses très dures, emplies d’émotions particulièrement négatives comme la colère, la fureur, la cruauté, la haine… Ces émotions-là, Steve McQueen lui donne l’occasion de jouer avec ici. Et il le fait tellement bien ! De la gestuelle aux expressions le plus souvent enragées du visage, il incarne Edwin Epps avec une intensité incroyable et arrive à exacerber au maximum toute l’inhumanité du personnage. Plus rapidement, et pour conclure, je dirai de Lupita Nyong’o que son jeu m’a, par rapport à ce que j’ai pu lire, quelque peu déçu. Je m’attendais à plus. Mais cela n’enlève rien à la qualité de son interprétation, que j’imaginais tout de même plus saisissante. Quant à Benedict Cumberbatch, chacune de ses apparitions est des plus délectables. J’en viens à regretter que son personnage ne soit pas présent plus longtemps à l’écran.

Steve McQueen signe donc là une oeuvre particulièrement prenante. Maîtrisant son sujet et la manière de le mettre en image, le cinéaste construit un film saisissant et dur qui ne laissera personne insensible, à l’exception peut-être de ces quatre crétins d’adolescents assis au premier rang qui n’ont pas cessé de parler tout le long du film. Pas faute de m’être levé pour leur dire de la fermer…

Le « Oh, au fait ! » :
Depuis sa sortie, 12 Years a Slave a d’ores et déjà été nommé pour 440 récompenses différentes. Sur cette somme incroyable, il a déjà remporté 153 prix. Rappelons que ce film est nommé 11 fois aux BAFTA (qui ont lieu ce soir) et 9 fois aux Oscars (2 Mars prochain).

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2 réflexions sur “12 Years a Slave, Steve McQueen, 2013

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