This Must be the Place, Paolo Sorrentino, 2011

This Must be the Place, comédie dramatique de Paolo Sorrentino. Avec Sean Penn, Frances McDormand, Judd Hirsch, Eve Hewson…
La note du Koala : 4,5/5

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Le pitch : Cheyenne (S. Penn) est une ex-rock star qui, malgré les années, garde le style gothique de sa jeunesse. En fait, Cheyenne n’est pas vraiment adulte. Il vit de ses rentes en Irlande, traîne avec une jeune gothique et ne semble pas avoir de responsabilités. Mais un jour, Cheyenne se retrouve face à une situation qui va le conduire sur les routes des Etats-Unis où il fera des rencontres inattendues qui, finalement, le marqueront pour de bon.

La critique : Je ne connaissais pas Paolo Sorrentino avant de voir This Must be the Place mais il n’y a néanmoins plus aucun doute à avoir sur le fait que ce réalisateur est un des mes coups de cœur des dernières années.

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Sean Penn avec un look pareil, ça a de quoi surprendre.

Avec ce film, Sorrentino signe une œuvre à la fois universelle et personnelle. On sent qu’il va chercher les émotions au plus profond de lui-même. Il le faut pour savoir les retranscrire à l’écran comme il l’a fait. Mais en même temps, il touche tout le monde, non seulement via ces émotions mais aussi à travers une sorte de réflexion que tout le monde s’est peut-être déjà faite. Il s’agit de savoir quelles sont nos responsabilités, quel sens nous donnons à nos vies. Car c’est bien là ce qui tracasse le personnage de Cheyenne : il n’a plus de sens à donner à la sienne de vie. Il se sent (et on le ressent un peu comme ça aussi au début du film grâce à la mise en scène) comme une personne effacée, sans originalité, ni exceptions. Et cela va notamment éclater au visage du spectateur lors de cette scène à la fois belle et triste où Cheyenne retrouve un ancien ami et (pour la première et dernière fois) s’énerve et dit tout ce qu’il pense de lui-même. Et c’est d’ailleurs là que ce personnage prend toute sa dimension. Il devient alors beaucoup plus que l’espèce de junkie complètement à la ramasse que l’on avait l’impression de suivre dès le départ. Cette fois, il n’y a plus d’échappatoire : on va suivre Cheyenne d’un bout à l’autre. On va rire, s’étonner et s’attrister avec lui. De son côté, le scénario sert parfaitement ce personnage. Il avance tranquillement (s’accordant parfois quelques petites longueurs) mais il avance sans arrêt. L’histoire défile sans accrocs et s’organise très bien, soulevant par-ci par-là quelques thèmes, quelques réflexions qui viennent finalement étoffer l’atmosphère du film.

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Il y a une forme de solitude constante autour du personnage de Cheyenne qui le rend particulièrement touchant.

Mais c’est certainement le personnage de Cheyenne qui a fait pour moi tout l’attrait du film. Si ce dernier évolue dans une histoire qu’on suit avec envie et intérêt, il n’en demeure pas moins que cette rock star à la dérive et paumée est l’atout majeur du film. A la fois saisissant de sensibilité et stupéfiant de naïveté, il n’en est que plus attachant. Si certains se heurteront avec plus de difficultés à cet air complètement évasif et absent, je pense néanmoins que Cheyenne saura parler au plus grand monde. On pourrait avoir envie de lui mettre des claques tant il est puéril sous certains aspects mais en même temps, on en peut s’empêcher de se prendre d’affection pour lui, sans doute pour les mêmes raisons qui nous poussent parfois à le considérer comme un gamin. Mais le must réside dans cette scène, que j’évoquais plus haut, celle où Cheyenne se lâche enfin, pose des mots sur ce qui ne va pas. Un monologue relativement court mais tellement bien écrit. Comme je le disais, c’est là que le personnage prend toute son ampleur. C’est là qu’on est comme définitivement lié à lui et qu’on se dit qu’on est prêt à le suivre dans son périple. Un peu comme si on voulait l’accompagner pour le voir essayer d’aller mieux.

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L’émotion, quelle qu’elle soit, est constamment au rendez-vous.

Mais si Cheyenne est un personne si bien foutu, c’est aussi parce que Sean Penn est tout bonnement parfait. Complètement en dehors de ses rôles habituels de mecs plutôt rudes, il incarne ici un personnage emprunt de douceur et de calme. Et il le fait si bien ! C’est plutôt inattendu de le voir dans ce registre-là mais Sean Penn porte le film sur ses épaules et n’a pas droit à l’erreur. Or, il n’en commet aucune. Même cette voix qu’il donne à son personnage, alors qu’elle peut déstabiliser au début, devient un élément à part entière de l’identité de ce dernier. Sean Penn compose complètement autour de son personnage et cela fait sans doute de ce rôle l’un des plus importants de sa carrière. Mais on n’oubliera pas les différents seconds rôles du film, comme Frances McDormand ou Eve Hewson notamment. Tous sont relativement effacés derrière le personnage de Cheyenne mais cela n’empêche pas ces acteurs et actrices de s’exprimer et de jouer à jeu égal avec un Sean Penn en très grande forme.

Paolo Sorrentino offre donc à ses spectateurs une œuvre originale, quelque part entre la comédie dramatique et de le road movie. Un bon bol d’air frais et sain qui ne fait pas de mal. A voir en cas de coup de blues.

Le « Oh, au fait ! » :
David Byrne, leader du groupe Talking Heads joue ici son propre rôle.

Pour convaincre Frances McDormand d’incarner Jane, la femme de Cheyenne dans le film, Paolo Sorrentino lui a affirmé que si elle refusait, Cheyenne serait un personnage soit divorcé, soit veuf.

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