Goodbye Bafana, Bille August, 2007

Goodbye Bafana, biopic de Bille August. Avec Joseph Fiennes, Dennis Haysbert, Diane Kruger, Patrick Lyster…
La note du Koala : 4/5

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Le pitch : En 1968, dans une Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid, James Gregory (J. Fiennes) prend son poste au sein de la prison de Robben Island, où est détenu Nelson Mandela (D. Haysbert). Là, il devient chef-censeur et tout le courrier émis et à destination des prisonniers passe par lui. Peu à peu, Gregory prend conscience des enjeux que soulève la révolte des Noirs dans son pays et commence à comprendre le combat que mène Mandela.

La critique : Alors que Nelson Mandela vient de nous quitter, les chaînes du groupe France Télévisions ont eu la bonne idée d’adapter leur programmation pour lui rendre au hommage. Après Invictus sur France 2, c’est France Ô qui décide de diffuser Goodbye Bafana.

Je ne connaissais rien du film de Bille August avant de le voir. Aucune idée du casting, du scénario ou du nom du réalisateur. Tout juste savais-je qu’il traitait des 27 années d’incarcération de Nelson Mandela. La découverte fut donc totale, ce qui n’est pas mal aussi parfois. Je découvre donc le scénario tout d’abord et ai la surprise de voir que le film ne se place pas du point de vue de Mandela ou de ses compagnons de lutte. C’est bien du côté de James Gregory, le geôlier, que nous nous plaçons et c’est à travers lui que nous découvrons l’histoire (l’Histoire ?). Il n’y a pas à rechigner, cela fait plaisir à voir. Enfin un film qui ose parler d’un personnage de l’envergure de Mandela (si tant est qu’il y en ait tant que ça) mais sans prendre parti dès le départ en mettant son personnage au premier plan. En quoi est-ce bien ? Et bien ça tient surtout au fait qu’il n’y a pas d’évidence dans le parti pris. Evidemment, on va vous dénoncer l’apartheid, la violence faites aux Noirs à l’époque, la ségrégation et tout ce qu’il y avait de dénonçable dans ce régime mais on va le faire autrement, en se saisissant d’un personnage qui se pose a priori de l’autre côté, dans le camps des « méchants » et des défenseurs de cette inégalité. Le fait que ce soit lui que nous suivions et que nous le voyions évoluer dans ses positionnements politiques/idéologiques/moraux (etc.) nous permet d’aborder le sujet d’une manière autre. Nous partons d’un postulat de départ où, pour le personnage principal, l’apartheid est quelque chose de censé et nous allons avec lui vers le renversement de cette vision des choses. C’est très intelligent de faire cela et on ne peut que saluer cette initiative.

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Pas franchement de la même trempe que son illustre frère, Joseph Fiennes reste toutefois un bon comédien.

Ces bases acquises, le scénario se déroule très bien, sans embûche, sans longueur. Bien écrit, il évite la lassitude que peut parfois générer un film qui raconte comment un homme évolue et transforme sa vision du monde. Néanmoins, on pourra peut-être lui reprocher d’être parfois caricatural. En dehors du personnage de James Gregory, j’ai trouvé dans ce film une sorte de manichéisme assez présent. Prenons les collègues de notre personnage principal par exemple. Ce sont techniquement des salauds étant donné ce qu’ils font subir à leurs détenus. Mais ça pourrait s’arrêter là. En dehors de leurs fonctions, ils pourraient être des hommes sympas et tout, histoire de surfer sur la difficulté de juger quelqu’un (ce n’est pas forcément parce qu’on travaille pour un régime pareil qu’on est un salaud de A à Z, si ?). Au lieu de cela, ce sont des personnages détestables. Tout le temps. Et on ne peut que ne pas les aimer. En dessinant sa galerie de personnages autrement, Bille August aurait pu jouer sur la force psychologique latente du film. On notera tout de même la façon dont le scénario réussit à émouvoir le spectateur avec assez peu de choses. Et quand il s’agit de porter des événements de l’histoire qui sont bien plus tristes, je ne vous en parle même pas. Même moi, j’ai eu la gorge serrée. Et il en faut pour me toucher à ce point, je peux vous le dire.

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Le film retrace bon nombre d’événements marquants de l’incarcération de Nelson Mandela, lequel est très bien incarné par Dennis Haysbert.

Pour ce qui est du casting, il n’y a pas à se plaindre je crois. Joseph Fiennes tout d’abord fait le job. J’aurai, je pense, toujours une préférence pour son grand frère Ralph mais Joseph ne démérite pas. S’il semble être moins à l’aise lorsqu’il s’agit de jouer sur le pathos, il arrive sans peine à incarner ce gardien de prison dont les convictions vont peu à peu être ébranlées. Le choix de Dennis Haysbert pour incarner Mandela m’a quelque peu surpris au départ mais c’était surtout une question de ressemblance physique. Or, il s’avère que l’acteur a finalement un air familier avec le jeune Madiba. Un peu moins lorsque l’on en est à des années plus proches de nous mais bon, on fait avec. En dehors de cela, je découvre ici un acteur de talent, tout en mesure et en finesse. Sans extravagance, il incarne le « Mandela archétypique » : réfléchi, engagé, respectueux et respectable… Un choix tout à fait judicieux donc.

Bille August signe donc ici un film intelligent et prenant qui arrive assez bien à s’extirper des codes habituels du biopic, sans pour autant les renier complètement. Une oeuvre délicate et intense comme j’aimerais en voir plus souvent.

Le « Oh, au fait ! » :
Ce film s’appuie sur le livre Le Regard de l’Antilope, écrit par James Gregory lui-même.

Dans le bureau du chef de la prison de Robben Island, entre 1968 et 1976, on notera que le portrait de Pieter Botha est affiché. Or, Botha est à l’époque Ministre de la Défense et ne deviendra Président qu’en 1984.. A sa place, on aurait normalement dû trouver un portrait Jacobus Johannes Fouché (Président d’Afrique du Sud de 1968 à 1975) ou alors du Ministre des Prisons de l’époque.

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