La Révolution Française, Robert Enrico & Richard T. Heffron, 1989

La Révolution Française, film historique de Robert Enrico & Richard  T. Heffron. Avec Klaus Maria Brandauer, François Cluzet, Jean-François Balmer, Andrzej Seweryn…
La note du Koala : 5/5

Sans titreLe pitch : En 1789, le peuple français crie famine. A Paris, les sujets du roi Louis XVI (J.-F. Balmer) se soulèvent, emmenés par les leaders que furent Robespierre (A. Seweryn) ou Danton (K.M. Brandauer). La Révolution Française vient de commencer.

La critique : Il n’y a pas à dire, pour le Bicentenaire de la Révolution, on a fait les choses en grand. Outre les très nombreuses célébrations qui ont eu lieu un peu partout, ce film immense (dans tous les sens du terme) constitue une sorte d’apothéose de cette fête.

Etant donnée l’ampleur des événements et la densité de cette période de l’Histoire, le risque en adaptant la Révolution Française à l’écran était de se contenter d’un format classique avec un film de deux heures ou quelque chose comme ça, ce qui n’aurait pas manqué d’amener à des éléments bâclés et autres erreurs et omissions volontaires. Fort heureusement, on ne plaisante pas avec 1789 et ce sont deux films bien conséquents qui sont proposés. Ou plutôt dirons-nous, malgré le changement de réalisateur, qu’il s’agit d’un film en deux parties. Je regarde l’arrière de la boite du DVD et je vois que la première partie dure 2h45 tandis que la seconde occupe pendant 2h50. Mais alors, pourquoi ne pas faire deux articles distincts pour ces deux films ? Et bien tout simplement parce que La Révolution Française doit absolument être vue comme un tout indivisible. Ce n’est pas parce qu’il y a deux parties que l’unité de l’œuvre n’existe pas. Bien au contraire, elle est plus grande que dans la plupart des films en plusieurs parties que j’ai vus. Voir Les Années Lumière n’est pas suffisant et il est inconcevable de ne pas aller voir Les Années Terribles dans la foulée. C’est comme si vous regardiez Star Wars – Episode III et que vous vous arrêtiez juste après la victoire d’Obi-Wan Kenobi sur le Général Grievous. Vous vous arrêteriez alors un moment clé de l’histoire mais vous louperiez tout de même l’Ordre 66 et ses conséquences. Ça n’aurait ni queue, ni tête. Enfin, ce sont donc pas moins de 5h35 de film (du moins pour la version que j’ai vue, il en existe plusieurs) qu’il faut se farcir. Enfin « se farcir », dit comme ça, on pourrait croire que c’est un calvaire. Alors que non, pas du tout, en aucun cas !

prisedelabastilleCe diptyque (les plus puristes des linguistes m’en voudront d’utiliser ce mot mais bon…) est une œuvre d’une qualité parfaitement incroyable. Ou plutôt, disons que vu le chantier que cela représente, le défi est relevé haut la main. Sur tous les plans. Historiquement parlant, il n’y a quasiment rien à redire. Les faits sont là et sont mis en scène de manière à nous les faire vivre comme si on y était. On sent d’ailleurs énormément l’influence des différents tableaux qui ont constitué un témoignage essentiel des événements. Je pense notamment à la scène du Serment du Jeu de Paume, où tout est fait (lumière, plans, jeux…) pour faire penser au tableau de David. La scène de l’exécution de Louis XVI constitue un autre exemple notable de cette volonté. Mais en dehors de ces considérations de mise en images, on appréciera énormément le travail fait comme je le disais pour livrer un film qui soit le plus fidèle possible à la réalité. Robert Enrico puis Richard T. Heffron n’essaient pas d’embellir l’image des Robespierre, Danton et autres Desmoulins. Le premier fera d’ailleurs l’objet d’une vive critique dans la seconde partie du film, ce qui est tout à fait censé vu que Robespierre est quand même (avec Saint-Just) le père de la Terreur, celui qui a fait guillotiner à tours de bras. Enrico et Heffron n’ont pas peur de montrer la Révolution sous ses plus sombres jours, ceux des exactions, des massacres, des innocents jetés en prison puis exécutés… C’est essentiel si l’on ne veut pas verser dans la fantaisie historique, ce qui aurait probablement valu à ces deux films d’être catalogués comme propagande. Sans aucun doute devra-t-on tout simplement rendre à César ce qui appartient à César et souligner le fait que la rédaction du scénario fut accompagnée par la présence bienveillante de Jean Tulard, historien français spécialiste de la Révolution et de Napoléon. Comme on dit, ça aide. Allez, puisqu’on ne peut pas toujours tout encenser, on reprochera gentiment le fait que le triste cas des Vendéens ne soit que très peu évoqué (bien que Desmoulins évoque le massacre « d’un peuple entier« ) ou encore le fait que Marie-Antoinette soit traitée un peu de la même manière qu’elle l’a été à l’époque (on nous la fait presque passer pour une lesbienne, ce qui correspond à l’image que les sans-culottes avaient dressée d’elle). Mais en dehors de ça, il ne manque rien : les Etats Généraux, la nuit du 4 Août, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’assassinat de Marat, les exécutions de Louis XVI/Marie-Antoinette/Danton/Desmoulins/Robespierre (…), la Fête de la Fédération et j’en passe. Sans compter tout ce que j’ai oublié de mes cours d’Histoire. D’ailleurs, comme beaucoup de monde de ma génération post-1989, c’est dans un de ces cours que j’ai connu ce film (en 5ème, merci monsieur Kolodziej). La qualité pédagogique du film est d’ailleurs entièrement connue et reconnue et ce n’est pas pour rien.

leprocesduroiD’un point de vue plus cinématographique, je ne vois pas grand-chose à redire. Les Années Lumière et Les Années Terribles (tel que sont titrées les deux parties du film, je ne l’avais pas précisé) se construisent comme une immense fresque tout en mouvement, en son et en couleur. La mise en scène n’a franchement rien à se reprocher et il convient d’insister sur ce point. Il s’agit quand même d’un film qui dure six heures pour les versions les plus longues ! Il faut tenir le coup ! Mais Enrico et Heffron n’ont pas l’air de s’en faire pour ça et ils vous filment tout ça comme n’importe quel autre film. Enfin non, pas comme n’importe quel autre film. Ils apportent à La Révolution Française une dimension de mastodonte, de fresque pour reprendre ce que je disais, et la mise en scène participe à cela en donnant parfois un côté très théâtral aux choses. Les faits alors décrits s’imposent comme quelque chose d’inébranlable, de naturel et surtout de puissant. Et je ne vous parle même pas des décors et des costumes, dont la qualité absolue se suffirait presque à elle-même pour vous forcer à voir ce film. Après, il y a bien des choses qui passent quand même un peu moins bien. L’une d’elles est très certainement la scène de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Au cours de cette séquence, on entend La Fayette (si je ne dis pas de bêtise) énoncer les articles de ladite Déclaration en off tandis que les images nous donnent à voir différents personnages comme des paysans ou Camille Desmoulins dans les locaux de son journal se tourner vers nous pour finalement regarder quelque chose qui semblerait être quelque part au-dessus de notre épaule gauche. Le tout en se levant et en marchant lentement tous dans le même sens, bien évidemment. Si la symbolique est là, la forme est relativement étouffante et conduit à faire de ce passage-clé un des moments les plus longs du film. Certains diront que c’est carrément et profondément ridicule. En mec mesuré que je suis, je me contenterai de dire que c’était too much.

desmoulins_robespierreEt puis il y a ce casting. Ce casting de fou, ce casting immense ! François Cluzet, Jean-François Balmer, Klaus Maria Brandauer, Andrzej Seweryn, Jane Seymour et même Sam Neill, Claudia Cardinale, Peter Ustinov, Michel Duchaussoy ou encore Christopher Lee (on le voit assez peu finalement, mais nom de dieu que le choix était judicieux). Jamais je n’ai vu pareille troupe d’acteurs réunie dans un film. Tout ceci transpire le talent. Brandauer est exceptionnel bien que parfois trop théâtral ou dramatique. Mais il campe un Danton idéal. Tout comme Cluzet compose un Camille Desmoulins aussi idéaliste qu’on l’imagine tandis qu’Andrzej Seweryn offre une interprétation de Robespierre qui souligne toute l’ambiguïté/ambivalence du personnage. Jean-François Balmer quant à lui est tellement bon dans le rôle de Louis XVI qu’il semble tout simplement évident que ce rôle était fait pour lui. Qui d’autre pourrait jouer ce roi déchu ? J’ai du mal à trouver des noms tant la prestation de Balmer m’a époustouflé. Il rappelle à travers son jeu le fait que Louis XVI, bien que roi, n’en était pas moins un homme qui a vécu l’enfer. Jane Seymour incarne de son côté une Marie-Antoinette hautaine mais surtout une femme fière (bien que détestable) et contribue à renforcer l’image stéréotypée dont les révolutionnaires l’ont affublée. Je m’arrêterais là concernant ce casting inoubliable mais on pourrait continuer toute la nuit.

J’ai essayé de faire le plus court possible pour cette critique mais je la termine avec le sentiment qu’il y a encore tant de choses à dire. Mais je crois que je finirais par m’éloigner du film pour ne plus parler de la Révolution au bout d’un moment et ce n’est pas le sujet ici. En tous cas, le fait est que La Révolution Française est un film essentiel dans le monde des adaptations de faits historiques. Complet et bien fait, il est très pédagogique même s’il semblera commencer à lasser parfois (les discussions entre les chefs révolutionnaires passionnent moins que les combats sans doute). Si vous ne l’avez pas encore vu, regardez ce film. Si vous avez envie de voir une reconstitution parfaite de ce tournant de l’Histoire et d’apprendre des choses, regardez ce film. Personnellement, je ne rêve que d’une chose, c’est qu’un travail similaire soit mené sur la Révolution Américaine.

Le « Oh, au fait ! » :
Ce sont les propres enfants de Jane Seymour qui incarnent ceux de Marie-Antoinette et de Louis XVI .

Edouard Baer et Samy Naceri font de la figuration dans ce film. Il n’y a que 36 000 figurants, vous arriverez bien à les trouver…

Le texte énoncé à la fin du film avec la voix de Danton n’a jamais été prononcé ou écrit par ce dernier. Il s’agit d’une liberté prise par les scénaristes pour conclure le film.

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Une réflexion sur “La Révolution Française, Robert Enrico & Richard T. Heffron, 1989

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