L’Echange, Clint Eastwood, 2008

L’Echange, drame de Clint Eastwood. Avec Angelina Jolie, John Malovich, Jeffrey Donovan, Michael Kelly…
La note du Koala : 4,5/5

echange1Le pitch : En 1928, Christine Collins (A. Jolie), opératrice téléphonique et mère célibataire, doit laisser son fils Walter (D. Conti) seul pour aller travailler alors qu’elle devait l’emmener au cinéma. Le soir, de retour chez elle, Christine découvre la disparition de son fils. Affolée, elle prévient la police et, après cinq mois d’enquête, on lui ramène son fils. Mais le garçon qu’elle trouve sur le quai de la gare n’est pas Walter.

La critique : Avec Gran Torino et Million Dollar Baby, j’avais compris que Clint Eastwood était passé à un stade supérieur de sa carrière, ou quelque chose comme ça. L’Echange en revanche, ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Jusqu’à ce que je le redécouvre hier.

J’avoue que je ne sais pas trop par où commencer. D’ailleurs, je pourrais très bien me contenter d’une phrase de ce genre : « Ce film est génial, il faut le voir ». Et je m’arrêterais là. Mais ma formation de littéraire me force à aller plus loin. Aussi, je commencerai par vous dire que L’Echange est un film dans lequel on sent que le réalisateur a cherché à y mettre tout ce qu’il pouvait. Je parle évidemment en termes de qualités bien sûr. Scénario travaillé, mise en scène léchée, casting de qualité… Difficile de trouver de quoi redire. Bon, on pourra quand même parler du fait que l’histoire semble s’étirer un peu sur la fin. Sans doute cela sera-t-il à lier avec le fait que cette fin justement souhaite un peu trop tirer sur la corde sensible. Pour cela, Clint Eastwood laisse les événements de prolonger de façon à alourdir le pathos. La technique est connue mais lassante pour le coup. Néanmoins, ce n’est pas bien méchant, et ça ne vient pas réellement ternir le tableau, ce dernier étant de toute façon exécuté de main de maître. Le scénario, pour terminer à son sujet, se laisse dérouler dans l’ensemble sans encombre. Il avance à bonne vitesse, se laissant aller à quelques ralentissements parfois, histoire de maintenir l’ambiance générale du film. Il convient forcément de noter la façon dont Eastwood arrive à faire passer cette histoire d’une genre à l’autre. Là où ce film commençait comme un polar dramatique, il arrive un moment où il passe la ligne afin de devenir un thriller haletant conjugué à un polar dramatique. Eastwood joue avec l’horreur des événements de façon à relever sa recette et l’idée fonctionne à merveille. Ce changement apporté alors apporte un second souffle à ce film qui, s’il avait continué sur sa lancée, se serait peut-être essoufflé avant la fin.

18994816.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAvec L’Echange, j’ai retrouvé un autre élément que j’apprécie dans les films réalisés par Clint Eastwood (du moins dans les plus récents) : la mise en scène. Propre, parfois pudique, elle sait se montrer à l’image de l’histoire à laquelle elle donne vie. Eastwood nous invite dans l’univers de Christine Collins et à partager ses épreuves. La photographie est dans son ensemble très agréable. On reconnaît bien cette habitude prise par Eastwood qui consiste à filmer des personnages généralement seul à travers un encadrement de porte par exemple, comme pour renforcer leur solitude justement en nous donnant à voir ces êtres dans une pièce où il n’y a personne d’autre. Eastwood reprend également ici certains thèmes qui semblent lui tenir à cœur dans ses vieilles années. Je pense notamment à la place qu’il accorde à la religion dans ses œuvres. Ici, la foi s’inscrit comme un élément fort dans la volonté d’avancer, bien que le personnage principal ne soit pas croyante ici (tout du moins, il n’y est pas fait allusion). Le personnage du pasteur en revanche, incarné par John Malkovich, illustre bien ce que je souhaite dire ici. Eastwood pose la religion comme un élément déterminant, celui qui pousse à aller plus loin. On retrouve ces questionnements dans Gran Torino et Million Dollar Baby notamment. Ne parlons même pas de Pale Rider, où Eastwood se mettait carrément en scène dans le rôle d’un pasteur qui sait jouer du colt.

l-echange-changeling-the-changeling-12-11-2008-07-11-2008-28-gEn ce qui concerne le casting, je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit à redire. Angelina Jolie joue ici un de ses plus grands rôles selon moi. Loin des personnages si mal travaillés auxquels elle m’a habitué, elle offre ici une prestation tout à fait convaincante. Peut-être en fait-elle un tout petit peu trop parfois mais cela ne pose pas de problème au regard de la globalité de son interprétation. Sensible, touchante, émouvante, Angelina Jolie semble avoir saisi tout ce qu’implique le rôle de Christine Collins. John Malkovich ne s’en sort pas plus mal. Il réussit à se hisser au rang d’un second rôle présent et efficace malgré toute l’importance que prend Angelina Jolie. Ainsi, ils forment à eux deux un duo de tête remarquable. Pour terminer, je dois dire que j’ai été plutôt emballé par Jeffrey Donovan que je ne connaissais absolument pas mais qui me semble incarner à la perfection ce flic pourri qu’est le capitaine Jones. Il le rend froid, glacial même, et lui applique une gestuelle et une expressivité au niveau du visage qui renforce le caractère détestable du personnage.

L’Echange constitue donc une œuvre tout à fait réussie du Clint Eastwood réalisateur. Si l’on peut lui reprocher quelques longueurs sur la fin et le fait que cette dernière se pose un peu trop « le cul entre deux chaises » avec son hésitation entre l’optimisme et le pessimisme, on ne peut néanmoins que constater la qualité d’ensemble de ce film.

Le « Oh, au fait ! » :
L’Echange fut nommé aux Oscars, aux BAFTA et aux Golden Globes mais ne remporta aucune des récompenses pour lesquelles il concourait.

Ce film se base en grande partie sur la véritable affaire des meurtres du poulailler de Wineville et l’histoire de Christine Collins. Les variations entre la réalité et le scénario tiennent dans les faits suivants : le meurtrier Gordon Northcott était aidé de sa mère, ce qui n’est pas le cas dans le film ; « seulement » trois enfants ont été véritablement assassinés et non presque 20 comme dans le film.

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