Les Deux Mondes, Daniel Cohen, 2007

Les Deux Mondes, comédie de et avec Daniel Cohen. Avec aussi Benoît Poelvoorde, Natacha Lindinger, Michel Duchaussoy, Arly Jover…
La note du Koala : 2/5

18823451Le pitch : Rémy Bassano (B. Poelvoorde) est restaurateur d’art à Paris. Alors que sa vie de couple explose et que son atelier est inondé, il subit un étrange phénomène. Happé dans un autre monde, il découvre une nouvelle civilisation qui voit en lui le Sauveur que leur prophétie annonçait. Rémy est d’abord effrayé puis prend goût au culte qu’on lui voue dans ce deuxième monde.

La critique : Je n’étais pas du tout enthousiaste à l’idée de voir ce film lorsqu’il est sorti en 2007. Cela explique pourquoi j’ai attendu six ans et une diffusion à la télé pour le regarder enfin. Finalement, il s’en sort mieux que ce que je pensais mais il reste entaché par les défauts que je craignais.

Concrètement, l’idée de base du film (un type qui voit sa vie sombrer devient un héros dans un monde parallèle) me séduit. Je suis plutôt client de ce genre de pitch où deux mondes se croisent, amenant avec eux un changement radical (parfois brutal) pour le personnage principal. Daniel Cohen reprend ici ces ingrédients et les dispose tel qu’on pouvait s’y attendre : le personnage de Rémy voit sa vie se dégrader peu à peu (vie familiale, vie professionnelle) et il se retrouve propulsé dans un monde où, au contraire, il est acclamé en héros/sauveur/messie (rayer la mention inutile). Sur la base de ce postulat de départ, Daniel Cohen avait champ libre pour développer tout une histoire autour de la dualité qui va se créer entre les deux « versions » alors proposées de Rémy (une bonne, une mauvaise), sur les choix qu’il va être amené à faire et les décisions qu’il va devoir prendre tout en jonglant entre les priorités qu’il a dans un monde et celles qu’il a dans l’autre… Et, malheureusement, ce schéma là n’est qu’esquissé par un réalisateur qui a plutôt voulu faire une comédie sans réellement se soucier de ces préoccupations pourtant intéressantes. Du moins, c’est ainsi que je vois les choses. Tout ce pan de réflexion que j’espérais est dessiné à gros traits (trop gros, les traits) et devient relativement caricatural par instants. Bref, ça n’est pas bien poussé et c’est même largement laissé de côté… Tout est bien trop simple, même si le réalisateur a voulu donner une impression de complexité dans cette aventure que vit Rémy.

les-deux-mondesIl faut bien reconnaître aussi que le scénario n’aide pas vraiment à créer une réflexion intéressante. Comme je le disais, Daniel Cohen a privilégié le côté comédie de son film. En cela, il use de gags redondants et déjà vus trop de fois. Et finalement, on se retrouve avec un truc plutôt banal, sans grande prétention certes mais plutôt classique. En plus, il y a des incohérences… Et puis aussi, il traîne ce scénario, beaucoup trop. Il s’étire encore et encore pour essayer de faire durer les choses mais il aurait mieux valu les raccourcir ou les combler par des éléments plus intéressants. Au lieu de cela, on va et on vient entre les deux mondes, sans grande cohérence à chaque fois et on a même plus l’impression de regarder deux films qu’un seul. Le seul lien que l’on peut faire entre ces deux univers, c’est que le personnage de Rémy est, dans l’un, l’antithèse de ce qu’il est dans l’autre. Si encore il avait été fait le choix de composer ces allers-retours dans le sens d’une mise en reflet des deux univers, on aurait pu en sortir quelque chose et créer un fil rouge de bout en bout. Mais ce n’est pas le cas. Daniel Cohen essaie mais il échoue. Et puis il y a cette fin, absolument à l’opposé de ce que le film laissait croire et attendre. Dommage.

photo-Les-Deux-mondes-2006-33Ce qui m’a un peu plus plu en revanche dans ce film, c’est son casting. Enfin, pas en entier. S’il y a énormément de seconds rôles parfaitement dispensables (Natacha Lindinger n’a rien d’exceptionnel ici, à l’instar de Michel Duchaussoy…), il y a surtout Benoît Poelvoorde. Ce dernier est un acteur qui a encore du mal à se faire une place chez moi en raison de sa (trop) grande capacité à en faire des tonnes, en particulier dans les comédies où il a pour habitude de hurler constamment, ce qui le don de profondément m’agacer. Pourtant, dans Les Deux Mondes, il compose différemment. S’il tombe finalement dans ses travers habituels et se met à hurler et à jouer les « connards arrogants » (car le personnage de Rémy en devient un au bout d’un moment, il faut bien le dire), il laisse déceler dans son jeu quelques pistes intéressantes qui prouvent qu’il a bel et bien les cartes en main pour jouer autre chose, pour aller plus loin et même se sortir du genre dans lequel je regretterais de le voir s’enfermer. Benoît Poelvoorde arrive ici à être touchant, attachant en père démuni et mari désemparé. Il me rappelle ce que j’ai vu de lui dans Quand je serai Petit (de et avec Jean-Paul Rouve), où il étalait avec talent toutes ces capacités d’acteur dramatique. Enfin je trouvais le Benoît Peolvoorde sensible que j’attendais ! Et je le retrouve ici par moments. Evidemment, ce n’est pas le propos des Deux Mondes de tomber dans des personnages trop sensibles mais il y a de ça tout de même. Et je retiendrai aussi la prestation d’Arly Jover, actrice qui me semble pouvoir faire preuve d’une certaine douceur dans son jeu, une douceur qui est particulièrement agréable. Elle joue peut-être sobrement mais je lui trouve un quelque chose d’attendrissant dans ce rôle qui me laisse croire que je passe à côté de quelque chose si je n’approfondis pas sa filmographie.

En bref, Les Deux Mondes s’offre les cartes pour abattre un jeu à la fois drôle, original et porteur de sens. Finalement, Daniel Cohen en fait une comédie pas vraiment comique et dont le sens profond n’est qu’ébauché.

Le « Oh, au fait ! » :
Le film a dépassé le million d’entrées à travers le monde (1 703 833 exactement). Le plus étonnant est que le plus gros de ces entrées ne vient pas de France, ni même d’Europe. Non, il vient de Chine, où un million de spectateurs sont allés voir ce film !

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