Easy Rider, Dennis Hopper, 1969

Easy Rider, road movie de et avec Dennis Hopper. Avec aussi Peter Fonda, Jack Nicholson, Luke Askew, Karen Black…
La note du Koala : 2,5/5

Easy-RiderLe pitch : Au tournant entre les années 1960 et 1970, deux amis prennent la route à moto pour rallier Los Angeles à La Nouvelle Orléans. Sur leur trajet, Wyatt (P. Fonda) et Billy (D. Hopper) vont d’étapes en étapes et de rencontres en rencontres, confrontant leurs expériences et leurs aspirations à celles de ceux qu’ils croisent.

La critique : Autant je comprends en quoi Easy Rider est la pierre fondatrice du Nouvel Hollywood et même d’un cinéma américain contestataire, autant j’ai du mal à saisir pourquoi il ne va jamais au bout des choses.

Dans le style, Easy Rider a effectivement tout pour poser les bases de quelque chose de nouveau. D’abord, il définit ce qu’est un road movie. Fil directeur ponctué d’étapes dont les contenus sont autant d’expériences, le voyage de Wyatt et Billy est dans le pur jus de ce qu’un road movie offre en théorie. Une succession de rencontres qui sont toutes censées apporter de nouvelles choses, de nouveaux point de vue… Un échange en somme, voilà ce qu’est Easy Rider, non seulement entre les différents personnages mais aussi avec vous, le spectateur ! Et, au-delà de cette première chose, Easy Rider profite de ce voyage pour poser d’autres bases que celles du road movie : les bases du Nouvel Hollywood. Pour faire simple, le Nouvel Hollywood, c’est la Nouvelle Vague aux Etats-Unis. Du coup, c’est la rupture avec les modes classiques de production et de réalisation cinématographiques, c’est l’introduction de nouveaux thèmes dans les propos, c’est le changement quoi. Et Dennis Hopper construit son film entièrement autour de cette volonté de changement, de rupture. Il casse les codes et parle de ce dont on ne parle pas : la drogue, le sexe, la révolution culturelle… Jusque dans la mise en scène, il transforme la façon de faire les choses, notamment avec ces passages un peu épileptiques de transition entre les scènes ou, tout simplement, avec la scène sous LSD au cimetière. Oui c’est certain, de ce point de vue là, il y a un avant et un après Easy Rider.

easy-riderNéanmoins, Easy Rider ne va pas au bout. Il entame, il pose des points de départ mais il laissera tout le loisir au spectateur de finir son voyage initiatique avec les films qui suivront le mouvement. Car Dennis Hopper aborde tout un tas de choses typiques de l’époque. Par exemple, il commence à nous parler des mouvements hippies. Et puis ça s’arrête là. Il plante le décor d’une communauté, où l’on peut voir (ou plutôt apercevoir) le fonctionnement de celle-ci mais ça ne va pas plus loin, il ne nous parle pas de la façon dont ça peut perdurer ou évoluer, des revendications (ou si peu). Idem lorsque le personnage de Jack Nicholson vient disserter sur sa société extra-terrestre plus évoluée que la notre. Tout ça part sur de bonnes bases, Dennis Hopper lui donne des lignes de texte fondées et intéressantes mais ça ne va pas au bout non plus. Des idées, balancées comme ça, pendant un trip dû à un joint. Et on pourrait aussi parler de tout ce qui est évoqué pendant la scène au cimetière. Le LSD aidant, les quatre personnages alors présents se laissent aller à divers propos plus ou moins cohérents mais ayant toujours une certaine résonance. Ils ne disent pas ça pour rien. Mais ça reste en vrac et, par conséquent, flou. Le rapport à Dieu, à l’amour, à la famille… Tout ça se fait l’écho d’une nouvelle façon de penser mais ça ne fait qu’effleurer la possibilité d’apporter des réponses, des pistes ou même des revendications.

easy-rider-1969-07-gLa qualité du casting en revanche n’est pas à nier. On retiendra évidemment trois noms : Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson. Paradoxalement, c’est sans doute ce dernier qui m’a le plus plu dans ce film. Je dis que c’est un paradoxe car ce n’est pas un personnage aussi important que ceux incarnés par Hopper et Fonda. Mais ça n’empêche pas Nicholson de faire son job comme il faut. Peter Fonda est en revanche celui qui m’a le moins inspiré. Il est là mais il reste relativement absent, sans grande conviction. Son personnage semblait pourtant dégager un certain charisme sur le papier mais je n’ai pas retrouvé ça à l’écran. Quant à Dennis Hopper, il est entre les deux. Il offre un jeu intéressant, qui colle au personnage, conférant ainsi à ce dernier une identité propre, mais il reste trop en retrait. Finalement, ça vient peut-être du fait que même les personnages n’ont pas une grande importance au regard du cheminement de pensée que développe Easy Rider. Ce qui compte, ce n’est peut-être pas les aventures et mésaventures de Wyatt et Billy, mais plutôt ce que vous en tirez.

Easy Rider constitue donc, au-delà d’un road movie expérimental, un élément fondateur des évolutions qu’a connu le cinéma ces 40 dernières années. Mais il reste un point de départ et les questions qu’il pose ne trouvent malheureusement pas de réponse à la fin du film. A vous de cogiter, même quand vous n’avez pas assez de pistes pour développer votre réflexion.

Le « Oh, au fait ! » :
Les motos n’ont pas eu la vie facile sur le tournage : une a été brûlée, trois ont été volées avant même la fin du tournage.

Le joint que fument Jack Nicholson, Dennis Hopper et Peter Fonda lors de leur veillée autour du feu…était vrai.

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