L’ère Schumacher ou Batman au fond du trou…

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Avec Tim Burton, je le répète, Batman a (enfin) connu la gloire au cinéma. Le cinéaste en a fait un super-héros plus populaire que jamais, les ventes vertigineuses de produits dérivés en témoignant. Face à ce succès sans précédent, les studios veulent évidemment un troisième opus. Seulement voilà, Warner ne veut plus de Burton à la réalisation, arguant encore et toujours du fait que le côté trop glauque/sombre, comme je l’évoquais dans la partie précédente de ce dossier, de Batman – Le Défi ne leur convient pas. Alors il faut trouver quelqu’un d’autre.

Le passage de flambeau.

Et cet homme providentiel qui se doit de poursuivre l’œuvre de Tim Burton en suivant plus ou moins les mêmes résultats (en particulier en termes de chiffres) sera…Joel Schumacher !

Twelve_movie_image_Joel SchumacherLe cinéaste est alors déjà connu du public. Certains de ses précédents longs-métrages ont d’ailleurs connu un certain succès. Citons notamment St Elmo’s Fire (1985), L’Expérience Interdite (1990), Chute Libre (1993) ou encore Le Client (1994), adaptation plutôt réussie du roman de John Grisham… Autant dire que cet homme là n’en est pas à son coup d’essai, ce qui lui vaut la confiance des studios. Toutefois, si Tim Burton se retrouve débarqué de son rôle de réalisateur, il ne reste pas très loin puisqu’il produira le film avec Peter MacGregor-Scott. Exit donc Denise Di Novi, qui officiait sur Batman – Le Défi, elle-même remplaçante (toujours avec Burton) de Peter Guber et Jon Peters. C’est donc tout un jeu de chaises musicales qui s’est mis en marche et il ne s’arrête pas là. Non car, même su côté des scénaristes, on a du changement : Janet Scott Bachler et Lee Bachler (2 inconnus à l’époque), accompagnés par Akiva Goldsman (scénariste du Client de Schumacher et, plus récemment de Un Homme d’Exception,  I, Robot, Da Vinci Code ou encore Je Suis une Légende…), prennent la place de Sam Hamm.
Bref, l’adage bien connu « on ne change pas une équipe qui gagne » en prend pour son grade…

Adieu Michael, bonjour les dégâts.

Mais là où le changement est le plus visible, c’est dans le casting. Michael Keaton ne remettra pas le costume de Batman, le cédant à Val Kilmer, déjà connu pour ses prestations dans Top Gun, Les Doors ou encore True Romance. A ses côtés, on retrouvera Nicole Kidman, le jeune Chris O’Donnell, Tommy Lee Jones et Jim Carrey (entre autres). Pat Hingle et Michael Gough sont donc les seuls rescapés des castings de Burton en se maintenant dans leurs rôles respectifs du commissaire Gordon et d’Alfred. Celui de Harvey Dent (devenu ici l’ignoble Double-Face) est passé de Billy Dee Williams à Tommy Lee Jones. Et puisque l’on parle de ce personnage, parlons des méchants du film.

Nicole-in-Batman-Forever-nicole-kidman-5802752-932-527Oui, il faut en parler car c’est par eux que l’on se rend le mieux compte des dégâts causés à l’univers cinématographique de Batman… Prenons par exemple Double-Face. L’ex-procureur de Gotham City est censé être un des personnages les plus tourmentés de cet univers, sans cesse tiraillé entre son bon et son mauvais côté. Or, ici, il devient un criminel sanguinaire quasiment sans la moindre forme d’intelligence. Exit alors la caractéristique pièce qui lui permet de décider de la vie ou de la mort de celui qu’il a en face de lui. Non, ici, il abat à tours de bras et on n’en parle plus. D’ailleurs, tant qu’on est dans ce dont on ne parle plus, ne parlons pas de Spice et de Sugar, les deux espèces de bimbos sexy et potiches qu’on lui a flanquées…
Malheureusement, l’Homme Mystère n’échappe pas à ce mauvais traitement. C’est ici une sorte de bouffon vert fluo à la coupe et à la gestuelle improbables… Complètement caricaturaux, ces deux méchants là perdent toute crédibilité et toute profondeur… Premier coup dur.

batman-forever-1995-24-gDeuxième coup dur : Batman et Robin… Le héros de la nuit n’est plus ce qu’il était. Oubliés tous les tourments dont il est censé faire preuve. Là, Bruce Wayne n’est qu’un milliardaire solitaire, certes, mais loin d’être mal dans sa peau (ou si peu…). Tout le schéma qui avait auparavant été élaboré par Burton concernant le jonglage entre les deux personnalités de Wayne/Batman est effacé d’un revers de la main. Quant à Robin, c’est un jeune homme à l’attitude de sale gosse arrogant qui donne l’impression de croire qu’on lui doit tout.
Même jusque dans l’approche de Gotham, Schumacher se plante. Là où, fidèle au comic, Burton avait fait un ville très noire et grise, son successeur préfère créer un espace urbain beaucoup plus coloré et finalement bien trop flashy. Cet aspect se retrouve jusque dans les costumes des personnages. Batman et Robin héritent de costume en silicone absolument moches et qui veulent affirmer une virilité que les deux héros sont censés imposer naturellement. On atteint progressivement le superflu…

Massacre au Schumacher, épisode 2…

Hélas ! Joel Schumacher ne s’arrête pas là ! Non, fort de ses 336 531 112 $ récoltés dans le monde (pour un budget de 100 000 000 $), le réalisateur en remet une couche avec Batman et Robin… Val Kilmer, qui a eu l’intelligence de partir quand le bateau prenait l’eau, laisse sa place à un George Clooney complètement inattendu dans ce rôle. Chris O’Donnell est toujours de la partie en revanche. Tim Burton a également fuit cette galère et laisse Peter MacGregor-Scott se débrouiller tout seul.

george-clooney-et-michael-gough-batman-et-robin_5077e3552aaa0Mais cette fois, c’est le coup de trop porté à la face de Batman et, surtout, à celle des fans du monde entier (osons le dire). Je parlais de caricature un peu plus haut pour qualifier les méchants de Batman Forever. Et bien, le terme est toujours approprié ici. Caricature de film, Batman et Robin offre une caricature de Batman avec une caricature de ses ennemis dans une caricature de Gotham City. En fait, Schumacher a pris ce qu’il y avait de plus mauvais dans son précédent film pour le transposer ici de manière encore plus grossière. Toujours plus flashy, toujours plus grotesque, l’univers de Batman vu par Joel Schumacher n’en finit pas de détruire le mythe. Avec ses dialogues pitoyables, ses libertés scénaristiques et ses acteurs complètement à côté de la plaque, cette ultime aventure de Batman avant longtemps laisse un souvenir particulièrement amer dans les mémoires des fans et spectateurs non-fans.

mister_freeze_portrait_w532 Et pous Warner aussi, la pilule est difficile à avaler. Si le retour sur investissement est assuré (238 207 122 $ de recettes pour un budget de 110 000 000 $), le succès n’est pas assez grand. Pourtant, cela n’empêche pas de tout de suite envisager une suite. Si Joel Schumacher n’est jamais cité pour cette hypothétique continuation (et ça se comprend aisément), le projet Batman Triumphant a un titre évocateur : Warner a fait une énorme bourde et il faut la réparer !

Ainsi, après les deux succès que furent les oeuvres de Tim Burton, celles de Joel Schumacher déçoivent plus que tout. Batman est désormais au fond d’un trou dont on a longtemps pensé que personne ne le sortirait… Ridiculisé, il est visiblement voué à l’oubli pour un bon bout de temps. Et pourtant, nous le savons aujourd’hui, l’histoire ne s’arrête pas là et la légende a réussi à renaître des ses cendres. Quant à Joel Schumacher, il a su passer à autre chose et a depuis réalisé un certain nombre de succès comme 8mm – Huit Millimètres (1999), Phone Game (2002)…

Lire la suite : Christopher Nolan, l’homme qui a sauvé Batman.

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Une réflexion sur “L’ère Schumacher ou Batman au fond du trou…

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