Cry-Baby, John Waters, 1990

Cry-Baby, comédie musicale de John Waters. Avec Johnny Depp, Amy Locane, Susan
Tyrrell, Ricki Lake…
La note du Koala : 4/5

Cry-Baby-affiche-7679Le pitch : Cry-Baby (J. Depp) est membre du gang des « frocs moulants », jeunes rebelles assoiffés de liberté et de rock’n’roll. Allison (A. Locane), elle, est une « coincée » et fait donc partie d’une autre pan de la société guidé par la bienséance et le respect des règles établies. Mais les deux adolescents tombent amoureux l’un de l’autre et doivent outrepasser cette guerre des clans qui oppose les frocs moulants aux coincés. Evidemment, ce ne sera pas chose aisée.

La critique : Comédie musicale revival des 50’s, Cry-Baby rend hommage à la fameuse période des blousons noirs, déjà portée à l’écran avec Marlon Brando dans L’Equipée Sauvage. Mais avec John Waters, il ne faut pas s’attendre à ce que l’hommage se fasse soft.

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Mais avant d’être un hommage aux années 1950, Cry-Baby est avant tout une romance. Extravagante mais romance tout de même, dans la lignée de ce que William Shakespeare a pu établir en son temps. Car oui, il y a du Roméo & Juliette dans ce film et l’on retrouve un certain nombre de codes facilement identifiables dans l’œuvre du dramaturge anglais : deux clans qui s’opposent, un amour rendu impossible par cette lutte, des méchants qui passent pour les bons et inversement… Si l’on prend la bande de Cry-Baby, on retrouve finalement l’esprit que le personnage de Mercutio apportait au groupe d’amis du jeune Roméo Montaigu : rebelles et drôles, toujours prompts à faire valser les adversaires… D’un autre côté, les coincés de John Waters rappellent les Capulet de Shakespeare dans ce sens où, derrière leur façade constituée d’une étouffante bienséance, ils ne sont finalement pas bien recommandables pour certains d’entre eux. Le réalisateur reprend ici ce qui faisait l’ambiance et l’univers de la fameuse pièce de théâtre et le transpose avec une aisance certaine aux années 1950.

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On retrouve alors tout ce qui fait le stéréotype de cette décennie dont l’aura se fait encore sentir aujourd’hui : bananes gominées, cuirs noirs et bolides à deux ou quatre roues… Tout est là pour recréer l’ambiance des 50’s rockabilly. Et c’est bien là que l’hommage se fait. Tout fait penser à Elvis Presley (la maison de correction, c’est Jailhouse Rock, ni plus ni moins), à Brando, à James Dean… Cry-Baby inspire finalement ce que la jeunesse rebelle des années 1950 revendiquait : de la liberté. Liberté que John Waters prend de deux manières. La première réside dans le fait qu’il compose ici une comédie musicale. Rythmée et évidemment imprégnée également de ce que les années 1950 avaient à offrir dans ce domaine, la bande originale de ce film est peut-être le principal pilier de l’hommage rendu ici, devant l’histoire, devant la mise en scène et devant l’univers recomposé à l’écran. Le deuxième pan de liberté que prend le réalisateur repose cette fois sur son habituelle extravagance. Loin d’être sage, Cry-Baby est là pour transcender son propos à travers la mise en scène ici choisie : jeux d’acteurs outranciers, gouaille imparable et poussée à l’extrême (y compris en VF), gestuelle caricaturale… Tout ceci (le côté musical compris) pourra éventuellement être reproché au cinéaste (un peu too much au final) mais il est indéniable que ces choix font de Cry-Baby une œuvre unique en son genre et dont on ne peut que saluer la volonté d’oser.

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Et on ne peut pas dire que Cry-Baby a réussi son coup sans parler de son casting qui participe largement au succès de ce pari finalement assez risqué. Le risque pesait particulièrement sur les épaules de Johnny Depp, qui était alors l’idole des adolescents américains pour son rôle dans la série 21 Jump Street. Mais il ne faut pas oublier qu’on parle de Johnny Depp et qu’en lui offrant ce rôle (justement pour briser cette image de vedette juvénile), John Waters lui donne finalement l’opportunité de prouver ce qu’il a dans le ventre. Il fallait oser, ils l’ont fait et Johnny Depp apporte tout ce qu’il faut dans ce film, contribuant amplement à son ambiance, à son style et à son humour. On pourrait revenir en détail sur le reste du casting mais le résultat serait le même. Si l’on a du bon et du moins bon (comme partout ?), on ne peut que constater une qualité certaine dans les rangs des comédiens qui donnent vie à cette œuvre. On saluera particulièrement la prestation de Kim McGuire, outrageusement maquillée pour interpréter Délit-de-Faciès.

John Waters réalise donc là un coup de maître en prouvant qu’un genre (ici la comédie musicale) peut facilement s’affranchir des codes classiques qu’on lui attribue. Chapeau.

Le « Oh, au fait ! » :
En 2007, Cry-Baby a une second vie en étant portée sur les planches de Broadway. Cependant, aucun des morceaux de la bande originale du film n’est repris dans cette adaptation et le spectacle se fait descendre la critique. C’est pourquoi, 68 représentations plus tard, le tout est définitivement arrêté.

Non, ce n’est pas Johnny Depp qui chante dans Cry-Baby (il le fera plus tard dans Sweeney Todd, de Tim Burton). Il est en réalité doublé par James Intveld. Amy Locane quant à elle est doublée par Rachel Sweet.

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Une réflexion sur “Cry-Baby, John Waters, 1990

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